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Orpea / résultats annuels / résultats semestriels / crise
Les créanciers et les actionnaires d’Orpéa mis à contribution
Le mea culpa ne sera pas suffisant à redorer son blason et il le sait. En introduction de la présentation des résultats annuels 2021 et du chiffre d’affaires du premier trimestre, vendredi dernier - soit avec six semaines de retard - le président-directeur général d’Orpéa, Philippe Charrier, ne pouvait faire autrement que de prendre la mesure de la crise que traverse son groupe depuis la publication du livre “Les Fossoyeurs” en janvier. “Nous assumons pleinement nos responsabilités. Nous considérons avec la plus grande gravité les allégations portées à notre encontre ainsi que les dysfonctionnements avérés sur lesquels nous continuerons de faire une totale transparence. Je m’engage à ce que nous tirions les leçons de cette crise pour rétablir la confiance que nous accordent nos parties prenantes depuis toujours”, a-t-il tenu à préciser dans un communiqué de presse.
En attendant, le mal est fait : le groupe a perdu, en 2021, 59,3% de son bénéfice net, celui-ci ressortant à 65 millions d’euros. Cette chute spectaculaire est due à l’intégration de 83 millions d’euros de provisions pour “charges relatives aux risques estimés au titre des années 2017-2021", selon le communiqué. Cette provision est la conséquence des inspections administratives dont l’exploitant de maisons de retraite fait l’objet - près de 50 millions d’euros de fonds publics auraient ainsi été indûment perçus par le groupe selon l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) et celle des finances (IGF)- et des 48 millions d’euros de charges liées à des dépréciation de valeurs d’actifs. Par ailleurs, sa dette financière a fortement augmenté. Elle s’élève, en 2021, à 7,9 milliards d’euros, soit une augmentation de 1,2 milliard d’euros sur un an en raison, selon le groupe, “à une politique soutenue de développement immobilier”, 900 millions d’euros ayant été engagés en 2022 et 2023.
Mais alors que le groupe traverse une succession de crises sans précédent dans son histoire : réputationnelle, financière et juridique (l’État a porté plainte contre Orpéa en mars dernier et s’octroie la possibilité de demander restitution de dotations publiques présumées détournées sans compter les 80 plaintes de familles de résidents devant le parquet de Nanterre pour mise en danger d’autrui et homicide involontaire), il a décidé, pour survivre, de mettre en place un plan d’actions... qui risque toutefois de ne pas plaire à tout le monde.
Les banquiers mettent au pot
D’abord, plutôt que de réduire sa dette - le groupe est tenu par un échéancier strict dont 850 millions d’euros au second semestre et 983 millions d’euros en 2023 - l'exploitant de maisons de retraite a décidé au contraire de demander un effort supplémentaire à ses créanciers. Pour cela, il a obtenu auprès de ses principaux partenaires bancaires (BNP Paribas, Crédit Agricole, Crédit Mutuel Alliance Fédérale, BPCE, La Banque Postale et Société Générale), la signature d’un accord de principe dans le cadre de la procédure amiable de conciliation dont le groupe fait l’objet au tribunal de commerce de Nanterre depuis le 20 avril dernier, afin de prévenir des difficultés à venir.
Ainsi, l’accord, portant sur un montant total de 3,2 milliards d’euros, comprend un crédit-syndiqué sécurisé de 1,73 milliard d’euros composé d'un financement à moyen terme de 600 millions d’euros et d’un financement à court terme de 900 millions d’euros. La mise en place d'un prêt optionnel, pouvant atteindre jusqu’à 1,5 milliard d’euros et destiné à refinancer les facilités bancaires non sécurisées, figure également dans l’accord de principe.
Zéro dividende
Certes, pour rembourser une partie de ses nouveaux financements, le groupe a prévu la vente de ses actifs. L’exploitant d’Ehpad, disposant de 8,2 milliards d’euros d’actifs immobiliers, espère ainsi réaliser plus de 3 milliards d’euros de cessions d’ici à fin 2025 dont au moins un milliard dès la fin de l’année prochaine.
Mais ce n’est pas tout. Pour faire des économies, Orpéa a annoncé que ses actionnaires allaient devoir se serrer la ceinture. “Pour faire face à des charges exceptionnelles liées à la gestion de la crise et de ses conséquences, le conseil d’administration ne proposera pas à la prochaine générale le paiement d’un dividende au titre de l’exercice 2021”, précise le communiqué de presse. L’an dernier, au titre de l’exercice 2020, la société avait versé à ses actionnaires un dividende de 0,90 euro par action.
Si le groupe se dit confiant sur la dynamique de croissance de son chiffre d’affaires pour cette année - celui-ci est en hausse de 9%, à 1,12 milliard d’euros au premier trimestre-, il n’est pas sûr que les marchés adhèrent à sa stratégie. “ En attendant la première rencontre entre Laurent Guillot, le nouveau directeur général d’Orpéa à compter du 1er juillet prochain, et la communauté financière, nous pensons que le titre a encore besoin de plusieurs étapes pour reconstruire son statut boursier”, estime le courtier Oddo. Pour preuve, le titre perdait 9,22% sur Euronext à 31,60 euros ce lundi soir.
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