Entreprises / Actions / Ehpad / Orpea / investisseurs / isr / Gouvernance / Scandale
Entreprises / Actions
Ehpad / Orpea / investisseurs / isr / Gouvernance / Scandale
Des investisseurs réclament du changement à la tête d’Orpéa
A la suite des différents scandales (sanitaires, financiers, juridiques) révélés depuis la publication du livre "Les Fossoyeurs" du journaliste Victor Castanet, en janvier dernier, la future assemblée générale d’Orpéa, prévue en juillet, s’annonçait déjà houleuse. Voilà désormais que des investisseurs actuels ou passés, voire futurs, du groupe spécialisé dans l’hébergement des personnes âgées, lui demandent des comptes.
Un collectif de 14 investisseurs, actionnaires et porteurs obligataires, parmi lesquels Ecofi, Ofi Asset Management, Edmond de Rothschild, coordonné par Sycomore A, vient en effet, ce jeudi, d’adresser une lettre à Philippe Charrier, président-directeur général d’Orpéa. Il exige, par cette missive rendue publique, une réforme profonde de la gouvernance du groupe et de sa culture : "Un prérequis à l’amélioration de sa performance sociale et pour reconstruire la confiance vis-à-vis de l’ensemble du secteur", peut-on lire dans la lettre.
Une désertion des acteurs ISR au capital
La création de ce collectif fait suite au lancement de " Investor Initiative for Responsible Care ", une initiative d’engagement collaboratif fondée en mars 2021 et regroupant plus de 130 investisseurs internationaux représentant 3 800 milliards de dollars d’actifs sous gestion. "La base de cette initiative est une déclaration d’investisseurs co-écrite avec une fédération de syndicats internationaux et par laquelle nous nous engageons collectivement à utiliser notre pouvoir d’influence vis-à-vis des entreprises et notre participation actionnariale afin d’améliorer les conditions de travail des salariés et la qualité des soins dans le secteur des maisons de retraite ", explique à WanSquare Sara Carvalho de Oliveira, analyste ESG chez Sycomore AM.
Certains signataires de la lettre ne sont même plus investisseurs d’Orpéa. C’est le cas par exemple de Sycomore AM. D’autres ont cherché à réduire leur exposition compte tenu des dysfonctionnements mis en lumière depuis plusieurs mois. " Il faut bien comprendre que l’affaire Orpéa a eu un tel retentissement qu’elle a impacté l’ensemble de l’écosystème des investisseurs et en premier lieu les investisseurs ISR. Dans ce contexte, nous estimons, malgré notre retrait financier du groupe, qu’il n'est pas souhaitable à long terme pour un des principaux acteurs d’un secteur répondant à un besoin de prise en charge de la dépendance que la plupart des acteurs ISR ne soient plus représentés à son capital ", observe Sara Carvalho de Oliveira.
Silence radio de la part d’Orpéa
Déjà, l’année dernière, le collectif avait, par deux fois, rencontré les dirigeants du géant français des Ehpad. Ces entretiens visaient alors à obtenir des précisions sur les mesures prises en matière de dialogue social en raison des litiges récurrents entre Orpéa et des représentants du personnel. Ils tendaient également à transmettre leurs exigences en matière de transparence et de gouvernance. "Mais depuis la sortie du livre Les Fossoyeurs, le groupe ne donnait plus suite à nos demandes de rencontres avec la direction ", regrette Sara Carvalho de Oliveira.
C’est donc dans ce contexte que le collectif a décidé d’adresser une lettre publique à Philippe Charrier. "L’idée de la publication de nos propositions est aussi de donner l'opportunité à d’autres acteurs de se saisir de ces sujets et soutenir nos propositions s'ils s'y retrouvent. Si le groupe n’apporte aucune solution crédible quant à sa transformation aux investisseurs, son problème d’accès au marché financier va indéniablement perdurer et s’aggraver ", ajoute Sara Carvalho de Oliveira.
Des états généraux inutiles ?
Et pour être réellement impactant, le choix de la date d’envoi de ce courrier n’a pas été choisi au hasard par le collectif. "Les états généraux d’Orpéa, annoncés par le groupe à la suite de la révélation de graves dysfonctionnements, ont démarré à la fin du mois de mai. Ils sont censés être un exercice de consultation large des parties prenantes : des réunions ouvertes au public sont tenues pour donner la parole en particulier aux résidents, de leurs proches, des employés. Nous pensons donc que les actionnaires ont toute leur place dans cette démarche et cette lettre constitue aussi notre contribution à ces travaux. Par ailleurs, le timing est pertinent puisque l’assemblée générale du groupe doit avoir lieu à la fin du mois de juillet et son ordre du jour devrait être bientôt publié ", explique Sara Carvalho de Oliveira. À ce titre, Orpéa a d’ores et déjà annoncé qu’il comptait nommer trois nouveaux administrateurs non exécutifs sans toutefois en dévoiler les noms. Par ailleurs, le groupe a pris acte, dans un courrier daté de ce vendredi, des propositions formulées par les investisseurs.
Pour l’heure, le collectif s’intéresse également à l’autre géant français des Ehpad, le groupe Korian, visé lui aussi par une trentaine de plaintes. "Nous avons un dialogue constructif avec Korian sur des problématiques sectorielles impactant tous les acteurs notamment concernant la gestion du personnel et de ses conséquences sur la qualité de vie des résidents ", assure Sara Carvalho de Oliveira. En attendant, les deux groupes français continuent toujours de dévisser en bourse. L’action Orpéa était à son plus bas, ce vendredi matin, depuis la sortie du livre de Victor Castanet, à 23,16 euros (contre 91,02 euros le 3 janvier 2022). L’action Korian était, quant à elle à 16,28 euros, perdant 2,77%.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

