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Entreprises / Actions / Orpea / laurent guillot / maisons de retraite / Ehpad

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Plus humain, le nouvel Orpea n’est toutefois pas sorti du tunnel

Orpea a entamé sa mue vers une entreprise prenant davantage soin de ses résidents et collaborateurs que de ses performances financières, ce qui n’est pas sans soulever des questions sur la profitabilité de son futur modèle économique.
Laurent Guillot, le nouveau directeur général d'Orpea
Laurent Guillot, le nouveau directeur général d'Orpea

A quoi ressemble le nouvel Orpea en pleine reconstruction après la déflagration provoquée en début d’année par le livre enquête "Les Fossoyeurs" sur un "système qui maltraite nos aînés" ? L’onde de choc politique et médiatique provoquée par l’ouvrage sur la façon dont sont gérés les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) du pays avait rapidement conduit au limogeage du précédent directeur général du numéro un des maisons de retraite en France, Yves Le Masne. La tâche assignée à son remplaçant, en place depuis le 1er juillet, est considérable.

Ancien directeur financier de Saint-Gobain, Laurent Guillot s’est fixé pour mission de "refonder Orpea en [s’]assurant de pratiques éthiques, reposant sur la qualité du soin, en ayant également pour priorité l’amélioration de la sécurité et de la qualité de vie de nos collaborateurs", souligne-t-il à WanSquare. Trois priorités énoncées qui tournent, de fait, totalement le dos à la gestion passée qui a conduit au scandale.

Le rapport de plus de 500 pages commandé par le gouvernement à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et l’Inspection générale des finances (IGF), dont les conclusions avaient été rendues publiques il y a six mois, obligeait à une remise en question de fond en comble.

Dans la foulée, le groupe a mené avant l'été une grande consultation dans une cinquantaine de ses établissements, un débat qui a réuni 1800 personnes, des résidents, des familles, des collaborateurs du groupe, professionnels de santé et de soins à domicile, des partenaires, ou encore des élus. L’initiative, conduite par Philippe Charrier, le président non exécutif d’Orpéa depuis 2017, qui a assuré l’intérim de la direction générale entre le départ d’Yves le Masne et l’arrivée de Laurent Guillot, a produit quantité d'enseignements. La restitution de ce que le groupe appelle ses "états généraux du grand âge" s’est faite la semaine dernière.

 

Des recrutements massifs

 

Sans que cela constitue une grande surprise étant donné les carences de la gestion passée de l’entreprise, la mesure phare annoncée à l’issue de cette restitution est un large programme de recrutement et de formation interne. Orpea compte opérer 550 recrutements par mois d’ici la fin de l’année avec l’objectif de monter à 800 recrutements par mois l’année prochaine.  

Et, face aux tensions sur le marché du travail qui se sont fortement accrues au cours des deux dernières années, à cause du Covid, puis de la sortie du Covid, qui a renforcé les besoins de personnels de toutes les entreprises du secteur, le groupe entend actionner plusieurs leviers. 

"Nous allons travailler à une politique salariale plus attractive avec des mesures de revalorisation de salaires et un travail sur les avantages sociaux que nous sommes en train d’engager avec les représentants du personnel", explique Laurent Guillot. Également, Orpea compte se structurer différemment. "Nous allons parallèlement  travailler sur une organisation de proximité en intégrant des équipes de ressources humaines dans chacun des bassins d’emplois afin qu’elles soient plus proches du terrain", poursuit le dirigeant.

Cependant, alors que la gestion conduite pendant des années sous l’ancienne direction de l’entreprise était tout entière dictée par un objectif de performance financière au détriment du reste, il serait logique de s’attendre à ce que les changements opérés pèsent à présent sur la rentabilité. Plus largement, ils posent la question du modèle économique dans lequel évoluera désormais l’entreprise et du niveau de profitabilité qu’elle affichera, nécessairement plus faible.

 

Les marges sous pression

 

Les résultats définitifs du premier semestre, publiés le 28 septembre, ont montré une perte nette de 269 millions d’euros, largement due à des dépréciations d’actifs de 186 millions d’euros, tandis que la marge d’excédent brut d’exploitation (Ebitda) est tombée à 18,1% (contre 24,1% un an plus tôt), sous l’effet de l’augmentation des dépenses d’exploitation dans un environnement inflationniste. Ce niveau bas de marge "contribue, avec l’absence de prévisions, à limiter la visibilité que le consensus des analystes peut se faire de la profitabilité normative future", note ainsi le courtier Oddo BHF, qui n’exclut pas que la marge d’Ebitda tombe autour de 14 à 15% au second semestre. Le groupe prévient en effet que la tendance baissière de ses performances financière "pourrait être amplifiée au second semestre compte tenu de la volatilité additionnelle observée sur les prix de l’énergie".

La dégradation des marges présente d’ailleurs un risque sur la structure financière même de l’entreprise, certaines de ses émissions obligataires étant soumises au respect d’engagements, appelés "covenants bancaires", qui pourraient être rompus d’ici la fin de l’année. En cas de risque avéré, le groupe devra se "rapprocher des créanciers concernés pour renégocier les covenants financiers impactés", prévient-il déjà. Ce qui, note Oddo BHF, laisse présager "encore [d’ ]une période d’aléas, de recours et de restructuration avant d’entrer dans une phase plus positive". 

 

Prochain plan de transformation

 

Au bout du tunnel cependant, il y a "la conviction qu’il est possible pour une entreprise privée d’exercer ce métier en dégageant une croissance et une rentabilité pérenne dans le temps", souligne Laurent Guillot. Refonder Orpea sur des valeurs d’éthique, de qualité du soin, et de bien-être des collaborateurs sera "la seule façon de parvenir aux conditions d’opérer de façon rentable et soutenable sur le long terme", ajoute le dirigeant. 

Après les premières mesures prises cet été, le groupe prépare un plan de transformation qui sera présenté à l’automne et devrait permettre de se faire une idée plus précise du futur équilibre financier de l'entreprise. Une chose est certaine, son nouveau modèle économique "sera davantage recentré sur le soin et les collaborateurs et moins focalisé, comme cela a pu être le cas précédemment, sur une croissance immobilière et internationale trop rapide", garantit Laurent Guillot.

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