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Ehpad / maisons de retraite / Orpea / plan de transformation / plan stratégique / Les Fossoyeurs / Scandale
Le nouvel Orpea commence aujourd’hui / A condition que sa restructuration financière soit menée à bien
Trois heures pour convaincre. Très attendu, le plan de transformation d’Orpea a été présenté ce mardi matin aux investisseurs. "La refondation commence aujourd’hui", a déclaré en introduction, Guillaume Pepy, le président du conseil d’administration du groupe. Une matinée au cours de laquelle Laurent Guillot, le nouveau directeur général du numéro un européen des Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) depuis le 1er juillet dernier, a eu le temps de dévoiler la nouvelle stratégie de son groupe et faire ainsi table rase du passé. Intitulé "Orpea Change ! Avec vous et pour vous", le plan vise à permettre à Orpea de redevenir l’acteur de référence du secteur en se recentrant sur la qualité des soins et l’accompagnement et le développement des collaborateurs. Surtout, il doit lui offrir la possibilité de "renouer avec la rentabilité et retrouver une structure pérenne", a-t-il martelé.
Rupture avec le passé
Rappelons effectivement que si le chiffre d’affaires du gestionnaire de maisons de retraite a progressé de 9,3% à 3,5 milliards d’euros sur les neufs premiers mois de l’année, le groupe a accusé une perte nette de 269 millions d’euros au cours du premier semestre. Surtout, il croule sous une dette de 9,5 milliards d’euros au 30 septembre pour une trésorerie de 854 millions d’euros. Une dette qui a conduit Orpea à redemander une nouvelle procédure de conciliation le 25 octobre dernier, après celle du mois de mai, afin de restructurer sa dette et "pour privilégier l’intérêt collectif sur les stricts intérêts financiers particuliers ", a souhaité préciser Guillaume Pepy.
Une situation financière due essentiellement, selon le groupe, à des pratiques de gestion dysfonctionnelles et notamment dans le domaine immobilier. "Au début de l’année 2022, il n’existait pas d’inventaire précis des 8,2 milliards d’euros d’actifs immobiliers détenus par le groupe. La croissance des dernières années (depuis 2013, ndlr) a été beaucoup trop rapide, basée sur l’immobilier (Orpea est entré dans quinze pays en huit ans, ndlr), lui-même basé sur la dette. Celle-ci a augmenté de 6,2 milliards d’euros entre 2013 et 2021 ", a déploré Laurent Guillot.
Plan de cessions immobilières
Aussi, pour parvenir à ce redressement financier, le gestionnaire d’Ehpad doit donc se réinventer. "L’immobilier ne doit pas être au centre de l’entreprise", a expliqué le directeur général. Et cela passera, outre un accent sur les ressources humaines et la qualité de soins donnée aux patients, par une stratégie de cessions "Capex Right", dont l’objectif à moyen terme est une détention d’actifs en propre limitée de 20 à 25% du portefeuille, contre 47% à fin 2021. Pour ce faire, si la direction procède actuellement à une revue stratégique de ces actifs, "un portefeuille d’actifs immobiliers estimé à plus d’un milliard d’euros et prêt à être cédé dès que les conditions de marchés le permettront a été identifié", a expliqué Géry Robert-Ambroix, nouveau directeur immobilier d’Orpea.
De plus, le groupe prévoit, à moyen terme, la création d’une foncière dédiée dont il serait l’actionnaire principal et l’opérateur. "Cette structure permettrait d’ouvrir le capital à des investisseurs de long-terme et porterait le développement immobilier à venir du groupe", a ajouté Géry Robert-Ambroix. Un développement immobilier qui se ferait sur la base de critères très sélectifs, en privilégiant les marchés sur lesquels l’entreprise dispose déjà d’une position de leader, "et où les opérations financières sont saines, c’est-à-dire en visant un taux de marge d’Ebitda (excédent brut d’exploitation) à deux chiffres et une marge de promotion proche de 10% ", a précisé le directeur immobilier.
Des investissements indispensables
Pour cela, le groupe a indiqué qu’il disposait encore d’un plan d’investissement d’un montant total de 2,5 milliards d’euros sur la période 2022-2025. 63% de ce plan, soit 1,6 milliard d’euros, sera consacré à la rénovation et l’extension du parc existant et à la construction de nouveaux établissements, dont 78%, déjà engagés, seront dépensés d’ici 2023. Ainsi, d’ici 2025, le nombre d’établissements devrait également avoir crû de 4% pour passer de 1053 à 1173 établissements et le nombre de lits de 3%. "Nous prévoyons également d’investir environ 370 millions d’euros pour effectuer une refonte globale de nos services informatiques", a expliqué Laurent Lemaire, directeur financier du groupe qui a également précisé que le groupe se concentrerait désormais sur les pays les plus attractifs et n’hésiterait pas si besoin à engager des plans de restructuration ou de cession.
Dans l’attente de la restructuration financière
Grâce à cette stratégie, Orpea se fixe une croissance moyenne de son chiffre d’affaires de 9% par an, pour atteindre 6,1 milliards d’euros en 2025. "Ainsi, qu’une marge d’Ebitdar (excédent brut d’exploitation avant loyer, ndlr) au-dessus de 20% en 2025 (soit une progression moyenne de 16% sur la période et une Ebitdar de 1,25 milliard d’euros en 2025, ndlr), dont 75% proviendra de l’amélioration de la France", a précisé Laurent Guillot.
Mais l’atteinte de ces objectifs repose encore sur une condition et pas des moindres. "Nous sommes dans une situation financière intenable, la réussite de ce plan stratégique dépend de la bonne mise en œuvre de la restructuration financière de l’entreprise ", a rappelé Laurent Lemaire. Alors que le fonds historique Mirova (4% du capital) a quitté le navire, la Caisse des dépôts pourrait entrer au capital, ce qui pourrait inciter d'autres actionnaires à investir pour accompagner la refondation du groupe. En attendant, comme annoncé lors de son placement en procédure de conciliation le mois dernier, la restructuration financière passerait notamment par une conversion de la dette non sécurisée d’Orpea SA en capital, une augmentation de capital en numéraire, tandis que le groupe prévoit également, pour ses besoins de liquidités, de lever 800 millions d’euros de nouvelles dettes (via un nouveau prêt de 600 millions d’euros gagés sur les actifs immobiliers que le groupe détient) et de lever entre 1,3 milliard d’euros et 1,5 milliard d’euros de capital. "Il est important de souligner que la mise en œuvre de ces opérations entraînerait une dilution massive pour les actionnaires existants qui décideraient de ne pas y participer", a précisé Laurent Lemaire.
Reste à savoir désormais si l’opération reconquête de ce mardi réussira à convaincre les investisseurs. Le titre perdait en début d’après-midi 3,80% à 7,90 euros dans un marché haussier.
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