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Eric Monnet ; EHESS ; Paris School of Economics ; Économiste ; Banque de France

Feuilleton de l'été / Eric Monnet / EHESS / Paris School of Economics / Economiste

Feuilleton de l'été
Eric Monnet / EHESS / Paris School of Economics / Economiste

exclusif Ils et elles vont construire le monde d’après – Eric Monnet

EXCLUSIF. À 39 ans, Eric Monnet, directeur d’étude à l’EHESS et professeur à l’École d’économie de Paris, est un économiste déjà reconnu et récompensé à de multiples reprises. Titulaire d’une double licence, de deux masters et d’un doctorat, l’universitaire passé par la Banque de France reste convaincu que l’histoire peut apporter énormément à la discipline.
Eric Monnet (DR)
Eric Monnet (DR)

"J’ai la conviction qu’il est beaucoup plus aisé de comprendre l’économie en la replaçant dans une perspective historique".

Eric Monnet, 39 ans, directeur d’étude à l’EHESS et professeur à l’École d’économie de Paris, se présente lui-même comme un historien de l’économie et un macroéconomiste. Il s’intéresse à la manière dont "l'évolution de la finance, les interventions de l'État dans les marchés de crédit, l'action des Banques centrales et le système monétaire international ont façonné les économies depuis le XIXe siècle".

"Mon travail vise à être interdisciplinaire et à montrer comment les méthodes historiques peuvent informer et remettre en question la pensée économique", résume-t-il.

Dans la lignée d’Agnès Bénassy-Quéré (2000), de Thomas Piketty (2002) ou encore d’Esther Duflo (2005) il est lauréat du Prix du meilleur jeune économiste de France 2022, décerné chaque année par le journal "Le Monde" et le Cercle des économistes. Il est récompensé pour ses travaux sur le rôle des banques centrales dans la politique économique générale.

 

Un parcours académique brillant

 

À la sortie du lycée, Eric Monnet intègre les classes préparatoires puis l’École normale supérieure (ENS) de Lettres et Sciences humaines à Lyon où il étudie notamment la philosophie, la sociologie, l’histoire et l’économie. "J’ai eu la chance de suivre une formation interdisciplinaire. Je n’ai jamais eu de révélation soudaine, ma vocation pour l’économie découle plutôt d’une interrogation générale sur le fonctionnement du monde", confie l’économiste à WanSquare.

En 2007, Eric Monnet saisit l’opportunité de partir aux États-Unis, accueilli dans le cadre d’un échange par la prestigieuse Université de Columbia à New York. Il y continue son parcours multidisciplinaire tout en enseignant aussi le français pour les préparations des concours d’entrée à l’ONU. "Cette étape à Columbia représente pour moi une forme de continuité dans ce parcours très interdisciplinaire mais avec une vision américaine, différente de celle que l’on retrouve dans l’enseignement français", explique-t-il.

 

La frustration comme moteur

 

À son retour en France, Eric Monnet, entame son doctorat auprès de l’École d’économie de Paris, bien décidé à remettre de l’histoire dans l’économie. "On parlait des crises financières et des réponses des Banques centrales comme si elles étaient arrivées d’un coup. On ne questionnait pas non plus les causes profondes de ces évènements. En bref, je me demandais pourquoi le système financier et les politiques monétaires ressemblent-ils à ce qu’ils sont aujourd’hui ? L’absence de réponses à ces interrogations me frustrait vraiment", se rappelle le chercheur.

En thèse, il commence alors véritablement à faire de l’histoire économique, combinant une approche de long terme historique avec des outils quantitatifs. "L’histoire permet de remettre de la complexité dans la théorie économique et l’analyse des crises. L’originalité de cette approche, certes risquée, m’a servi de rampe de lancement pour le reste de ma carrière", souligne l’universitaire.

 

Un crochet par la Banque de France

 

Une fois son doctorat achevé, c’est presque une forme de rejet qui pousse Eric Monnet à rejoindre la Banque de France en 2013, en qualité d’économiste chercheur rattaché à la direction des prévisions. "L’économie à l’Université reste tout de même assez éloignée du fonctionnement réel des entreprises et des marchés financiers, je voulais voir autre chose sans pour autant couper complètement les liens avec la recherche", explique-t-il.

Là, le jeune économiste, plongé dans les analyses de conjoncture et les prévisions, découvre véritablement le fonctionnement du monde économique dans toute sa complexité. "Cette expérience m’a permis de voir le fonctionnement de l’économie de manière très concrète, au plus proche du terrain. Ces années à la Banque de France ont été très intéressantes, j’y ai beaucoup appris", se remémore-t-il.

 

Retour à l’Université

 

Après six années passées à la Banque de France, c’est à nouveau la frustration, mais jamais la déception, qui motive Eric Monnet à retourner vers ses premières amours. Depuis 2019, ses postes d’enseignant chercheur à l’École d’économie de Paris mais surtout à l’EHESS lui permettent effectivement de renouer avec l’interdisciplinarité de ses études. "Je me suis retrouvé, presque dix ans après, dans mon environnement originel. C’était une manière pour moi de pouvoir travailler à nouveau sur des sujets plus historiques sur les questions monétaires et financières", témoigne-t-il.

L’importance de l’histoire pour décrypter l’économie semble encore aujourd’hui lui tenir particulièrement à cœur. "On retrouve tout un tas d’études économiques, et c’est très bien, mais elles oublient malheureusement trop souvent de prendre du recul. Or, ce travail de mise en perspective sur le temps long est très utile ! C’est souvent plus intéressant de faire de l’histoire plutôt que d’empiler les études économiques sur le présent", insiste-t-il.

En parallèle, le trentenaire continue de rédiger des articles pour différentes revues universitaires, dont Tracés et Vie des Idées, une passion qui ne l’a jamais véritablement quitté depuis ses années étudiantes. "Ce travail de vulgarisation scientifique est très consulté et particulièrement important pour faire en sorte que les recherches universitaires en sciences sociales et humaines soient accessibles au plus grand nombre", avance Eric Monnet.

 

Des projets plein la tête

 

Des projets pour le futur, Eric Monnet ne semble pas en manquer et il les énumère sans hésiter. L’universitaire de 39 ans espère bientôt terminer une ambitieuse histoire complète des Banques centrales, un travail qui retracera 200 ans d’existence de ces institutions. Il prépare aussi un autre livre sur l’investissement de long terme.

Mais ce n’est pas tout puisqu’à part ces sujets, sur lesquels il travaille depuis une dizaine d’années déjà, Eric Monnet espère en outre revenir plus en profondeur sur les questions européennes qu’il avait brièvement abordées lors de son doctorat. "S’il y a peut-être une frustration aujourd’hui, c’est bien de ce côté-là. J’espère vraiment pouvoir m’y consacrer d’ici quelques années", confie-t-il.

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