Feuilleton de l'été / Romain Deleforge / Bain
Feuilleton de l'été
Romain Deleforge / Bain
Ils et elles vont construire le monde d'après - Romain Deleforge
"Je fais un métier de détective où l’énigme s’approfondit à chaque fois et où les outils pour la résoudre n’ont de cesse d’évoluer".
Le cheval, son dada
Fils de vétérinaire et passionné d’équitation depuis l’enfance, Romain Deleforge se voyait bien s’inscrire dans le sillage de son paternel. Oui mais voilà, des discussions avec ses professeurs le persuaderont de choisir une autre voie : celle des classes préparatoires scientifiques. Une décision prise contre l’avis d’une partie de sa famille qui voyait là une montagne trop haute à gravir. "Un cousin échaudé par l’expérience assimilait la prépa à un coup de couteau : c’est rapide et ça fait mal’", indique-t-il à WanSquare.
Toujours est-il qu’il réussira l’ascension avec brio puisqu’il sera reçu à l’Ecole polytechnique à l’issue de deux années au lycée du Parc à Lyon. Un détail avait suscité son attention alors qu’il découvrait le campus de Palaiseau lors des concours. "Je suis tombé sur le club d’équitation et me suis dit ‘comment se fait-il que l’on trouve des chevaux sur un campus ?’. L’on m’a alors appris que certains élèves montaient trois fois par semaine, cela ne m’a pas laissé indifférent", se souvient-il.
Le natif de Roubaix n’avait également pas mesuré l’ampleur de la dimension militaire de l’X ; huit mois durant, il rejoindra le commando parachutiste de Villacoublay. "Cela fut incroyable et exigeant. J’y ai notamment fait l’expérience d’une mixité sociale réelle et difficile à trouver aujourd’hui et qui a forgé mes convictions actuelles", avoue Romain Deleforge.
A côté de l’organisation, entre autres, de concours d’équitation internationaux et de spectacles de cirque, Romain Deleforge profitera de ses quatre années à l’X et de son année d’application aux Mines pour réaliser plusieurs stages dont l’un à Londres où il aidera un entrepreneur à monter un réseau social. "Cette expérience outre-Manche m’a fait goûter à l’entrepreneuriat, c’était formidable. Je me suis toutefois rendu compte de mon besoin d’élargir mes horizons et approfondir ma connaissance des entreprises", explique-t-il.
Saut dans le grand Bain
Séduit par le conseil en stratégie après un stage passé chez Bain, il fait son retour dans le cabinet américain lors de son entrée dans la vie professionnelle en janvier 2010. "La diversité des missions et l’exigence m’avaient plu et m’ont donc incité à revenir ", explique-t-il.
Peu après ses débuts, il fait une escale à Boston où il découvre le private equity, puis, promu Manager dans la foulée, il s’expatriera de nouveau, en Angleterre à compter de 2015 ; le capital-investissement devient alors son cœur de métier pendant cinq ans et demi. "J’ai beaucoup aimé travailler sur des sujets d’hyper-croissance, ces boîtes dont sont friands les fonds d’investissements. Très peu de données sont disponibles sur ces sociétés, aussi il est peu aisé d’identifier lesquelles sont amenées à cartonner dans les années à venir", indique-t-il.
Nommé associé à l’été 2020, le père de deux enfants connaît une épreuve personnelle le conduisant à quitter le Royaume-Uni peu de temps après ; il signe alors son retour dans la Ville Lumière. En parallèle du private equity, il se spécialisera, d’un point de vue sectoriel, dans la grande consommation.
L'ESG entre en piste
Par ailleurs, "ces deux dernières années, l’une de mes problématiques majeures a été de parvenir à persuader les fonds d’investir dans les entreprises qui seront des agents de la transition écologique", explique celui qui a pris la responsabilité du développement des due diligence ESG au niveau mondial chez Bain. "Etre au service de cette transition est quelque chose qui me passionne profondément tant au plan philosophique que pratique ", ajoute-t-il.
Romain Deleforge se souvient notamment d’une entreprise européenne dans le secteur de l’enfance commercialisant des produits à destination des nouveaux-nés, que lui et ses équipes ont accompagnée. "Nous avons poussé une forte réduction de l’empreinte carbone, entre autre liée à la réalisation de produits recyclables, louables, et non plus achetables, ce qui constituait un modèle économique en avance de phase dans cette industrie. Personne n’y croyait, or l’entreprise a rempli ses objectifs : créer de la valeur tout en baissant son empreinte environnementale", rapporte-t-il.
Et dans dix ans ? Si le cavalier ne se ferme aucune porte, il reconnaît que "[son] impatience [le] rapproche plus d’un investisseur que d’un entrepreneur, ce qui ne [l]'empêche pas de les épauler". "Les missions que je porte chez Bain sont diverses et a fort impact, et je jouis d'une grande liberté pour recruter et investir. Peut-être y ai-je trouvé une manière d'entreprendre qui me correspond", juge-t-il.
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