Feuilleton de l'été / Le Minor / nature / Entreprenariat
Feuilleton de l'été
Le Minor / nature / Entreprenariat
Ils et elles vont construire le monde d'après – Jérôme Permingeat
"C’est en vivant les responsabilités que l’on développe ses capacités de prise de décision."
Sans que ce soit intentionnel, Jérôme Permingeat s’est très jeune retrouvé dans un cadre dans lequel il a obtenu des responsabilités. Ce fils de magistrat explique qu’il "a grandi dans un environnement dans lequel on lui a vite confié des responsabilités dans la mesure où il était l’aîné d’une famille nombreuse, d’autant plus que ses parents ne se sont jamais arrêtés de travailler".
Une jeunesse qui voit le futur dirigeant développer un profond attachement à la nature, ce qui va façonner sa personnalité: " j’ai toujours apprécié les choses concrètes et transmissibles et tout ce qui touche à la nature".
Le grand bleu
Il a ainsi "rêvé devenir agriculteur de 5 à 18 ans ", un âge où il côtoie le milieu agricole lors de ses vacances chez ses grands-parents. L’enfant puis l’adolescent grandit surtout au bord de la mer à Toulon puis à Marseille.
Le grand bleu dont il ne pourra bientôt plus se passer et constitue encore aujourd’hui un des piliers de son équilibre: " La mer permet de vous évader et de vous détendre, d’arrêter de penser et de vous décharger mentalement " nous a confié celui qui ne se prive pas de "faire un tour de bateau après le boulot quand il fait beau".
Un élément qui va également être l’occasion d’avoir ses premières responsabilités en dehors du cercle familial à travers l’expérience du scoutisme marin. Rétrospectivement il se remémore avec aisance à quel point cet "univers du scoutisme est le seul endroit dans la société où on ose vous confier des responsabilités d’encadrement aussi jeune".
Arrive également le temps de quitter ses parents avec l’entrée au lycée, puisque ces derniers décident de l’inscrire au sein du prestigieux lycée Lacordaire à Marseille. Ce qui ne manque de forger son autonomie notamment en se retrouvant interne, "lorsque l’on est seul tout une semaine on développe des réflexes comme celui de l’organisation".
Pour lui qui se définit aisément comme un "hypersociable", il est comme un poisson dans l’eau à l’internat et "ça m'a permis de construire des amitiés très puissantes". Une constante pour celui qui va s’épanouir en classe préparatoire à Versailles puis en école de commerce à Reims avec à chaque fois "l’aspect amical comme une composante assez forte de ces épisodes de vie".
L’âme du chef
Alors qu’il n’a pas 20 ans et pas encore achevé sa classe prépa, il prend déjà des responsabilités et montre que cette capacité à s’entourer n’est pas une façon de se dédouaner des prises de décisions.
Il accepte malgré la charge de travail de sa seconde année de classe préparatoire de prendre la responsabilité d’un groupe scout de plus de 60 jeunes pendant trois années. Il s’aperçoit très vite à quel point cela implique "une prise de responsabilités morales et juridiques assez fortes – qui nous dépassent lorsque l’on a 19 ans, surtout lorsque l’on emmène camper des jeunes de 12 à 17 ans pendant trois semaines en alternant périodes en mer et activités terrestres". Cette expérience lui permet dès lors de ne pas "avoir peur" devant les prochains choix de vie qui se présentent à lui. Sa vision de chef s’affine peu à peu également : "si j’écoute beaucoup, je décide souvent seul : je ne suis pas un fan de la réunionite . Le rôle du chef c’est de trancher vite et bien en ayant écouté les points de vue de chacun pour imiter au maximum ses erreurs".
Les années passent et son parcours académique touche à sa fin, et avec lui "la chose la plus intelligente que j’ai faite dans mon école c’est probablement mon mémoire de fin d’étude sur l’impact de la personnalité des dirigeants sur la performance de leurs entreprises". Cela va lui permettre de " rencontrer un certain nombre de dirigeants plus ou moins inspirants et surtout de constituer un réseau". Les personnes qu’il rencontre alors vont jouer un rôle majeur dans son parcours : notamment Philippe Le Roux le président de Key People. En effet après une année de business developer chez Beijaflore où il va " sympathiser très rapidement avec mon associé d’aujourd'hui, Sylvain, qui travaillait là-bas", il se voit proposer de rejoindre Key People, une opportunité en or pour celui qui sort depuis peu d’école. Chez ce spécialiste de l’accompagnement des dirigeants et des états majors d’entreprise, Philippe Le Roux va lui confier le développement commercial de l’entreprise.
Impossible de refuser de rejoindre cette entreprise puisque " le contenu du job m’intéressait parce qu’il m’imposait très jeune de côtoyer les problématiques stratégiques et humaines des dirigeants, ce que je trouve passionnant ". Il avoue s’être posé "à 24 ans, la question de la légitimité d’être en lien direct avec des PDG de grands groupes car à 24 ans on a pas l’expérience et la crédibilité nécessaire mais Philippe Le Roux a su me faire confiance". En travaillant énormément en duo avec celui qui l’a recruté, il va alors emmagasiner "beaucoup de savoir être, de culture et de réseau".
L’entrepreneur vole de ses propres ailes
Au moment où il rejoint Key People, pour maintenir un lien régulier avec Sylvain qu’il avait rencontré chez Beijaflore, ils décident de "créer leur première boite, Le Flageolet". Avec Sylvain, ils partageaient le même constat, celui assez ennuyeux de devoir " avoir la même tenue la semaine au travail et le week-end aux mariages auxquels on se rendait. Pour proposer un accessoire plus frais que la traditionnelle cravate, on a ainsi commencé à coudre nos premiers noeuds papillons". Et avec leurs "10 € en poche, en 2012 on fait une collection, on n’avait pas particulièrement à ce moment précis l’idée d’en faire une start-up scalable, mais plutôt d’avoir un side project drôle avec un produit sympa." Or, "Le projet nous a un peu dépassé, car en 2012 on est tombé à un moment où il y a eu un ras-le-bol généralisé de la cravate : assez rapidement on est submergé et on va même aller jusqu'à lancer d’autres accessoires."
Ce fut une époque où "on bossait comme des fous, le soir, y compris le week-end pour arriver à mener de front notre vie perso, notre vie pro et cette aventure ". Néanmoins cette dernière arrive au bout de 3 ans à un tournant nécessitant que Sylvain s’y consacre à plein temps et Jérôme à mi-temps.
Arrive alors l’année 2017 au cours de laquelle ils apprennent qu’un de leurs fournisseurs est à vendre, Le Minor spécialisé dans les vêtements d'inspiration marine. Avec le soutien et les conseils précieux d'Alain Sourisseau, spécialiste dans le retournement d’entreprise patrimonial possédant un actif industriel et une marque commerciale, qui leur certifie que leur projet peut marcher (il prendra même 10 % du capital de l'entreprise) ils décident de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale et vont quitter la vie parisienne pour Lorient.
Ils s'étaient rendu compte "en tant que client de la marque Le Minor qu’il y avait de gros soucis de gestion, avec des délais de livraison non tenus, et un certain nombre de problèmes assez symptomatiques d’une entreprise en fin de vie ".Néanmoins elle dispose d’atouts indiscutables: "une veille marque ( 100 ans), qui fait de beaux produits, qui dispose d’un modèle de production unique en France et qui n’a jamais délocalisé son savoir faire français". Un projet qui "m’a très vite parlé reconnaît Jérôme : il y avait ce côté patrimonial, l’existence d’une marque historique française et un savoir faire quasi séculaire".
En mai 2018, les voilà donc aux commandes de l’entreprise. Depuis 4 ans, ils s’y investissent à 3000%, déménageant même avec leurs familles à Lorient pour être au plus près des équipes et des deux sites de production.
Garder le cap
Un choix rendu possible aussi grâce au soutien de leurs épouses respectives qui leur ont permis de "s’investir autant et de quitter notre boulot à Paris". Ce "vrai risque, on l’a pris en ayant le soutien psychologique de nos femmes et grâce à la confiance que nous a témoignée Alain Sourisseau qui nous a accompagné dans cette reprise" .
Soutien qui les conforte encore aujourd’hui quotidiennement dans leurs choix et avec lequel ils s'entretiennent "tous les lundis à 11H30, et une fois par mois durant une journée complète : cela nous permet de sortir la tête de l’eau et d’envisager les orientations stratégiques avec la sagesse d’un mentor qui a une forte expérience dans le retournement d’entreprises patrimoniales".
Coup double pour l’amoureux de la mer, qui trouve en "Lorient un pool incroyable pour la navigation". Avec son associé ils se démènent pour réussir pas à pas leur stratégie de retournement et aujourd’hui ils " arrivent à un moment où on a sécurisé le savoir faire technique : nous sommes passés de 22 salariés avec une moyenne d’âge de 58 ans, c’est-à-dire assez proches de la retraite à 72 employés âgés en moyenne de 34 ans". En plus d’avoir rénové cette année l’ensemble du site immobilier de Guidel, ils estiment désormais avoir " réussi à organiser l’entreprise tant en terme de gouvernance que de techniciens spécialisés pour pouvoir continuer à développer des nouveaux produits sans stress".
Ils espèrent bien rendre à la marque sa grandeur atteinte lors de son apogée dans les années 70 où elle ne produisait pas moins de 3 000 pulls par jour. Pour se faire Le Minor va faire tout son possible pour continuer à se différencier en étant " plus innovant sur les coupes, en travaillant des matières plus nobles et en continuant à fabriquer des vêtements désirables durables et éternels en sauvegardant des savoir faire textiles traditionnels en Bretagne".
L’amour de la terre
Épanoui dans une entreprise presque centenaire, le dirigeant ne se montre pas pour autant fermé aux opportunités qui pourraient se présenter à lui. À ses yeux être la personne idoine aujourd'hui pour diriger Le Minor ne garantit pas qu'il le sera dans le futur. La principale certitude en échangeant avec lui est qu'on le retrouvera toujours avec cette volonté de faire des choses qui soient concrètes et belles à la fois. Il n’exclut pas ainsi de revenir un jour à ses amours d’enfance pour la vie parmi les vaches. Un projet qui touche à la nature ou aux vieilles pierres serait également de nature à le séduire.
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