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Environnement / NGFS / nature / biodiversité

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NGFS / nature / biodiversité

Biodiversité : régulateurs et Banques centrales s’attaquent à la question des scénarios / La complexité du sujet nécessite une approche sur-mesure

Après avoir proposé un cadre permettant une compréhension commune des risques financiers liés à la nature, le groupe de travail réunissant Banques centrales et autorités de surveillance et œuvrant au verdissement du système financier (NGFS) a publié, ce mercredi, son second rapport. Objectif : proposer des clés de réflexion et formuler des recommandations afin de créer des scénarios naturels qui permettront d’évaluer cette problématique.
(Photo by IGOR STEVANOVIC / SCIENCE PHOTO / IST / Science Photo Library via AFP)
(Photo by IGOR STEVANOVIC / SCIENCE PHOTO / IST / Science Photo Library via AFP)

Si les risques pour la stabilité financière que fait courir la dégradation de l’environnement ne sont plus à expliquer, certaines de ses composantes restent encore à mettre en lumière. "Le changement climatique n’est qu’une facette de la dégradation subie par la nature du fait des activités humaines", a en effet tenu à rappeler Romain Svartzman, économiste à la Banque de France et co-coordinateur du dernier rapport du "Réseau pour le verdissement du système financier" (Network for Greening the Financial System, NGFS).

Ce groupe de travail réunissant diverses Banques centrales et autorités de surveillance a publié ce mercredi un nouveau document. Le premier, paru au mois de septembre, visait à poser un cadre conceptuel sur les risques financiers liés à la nature. Objectif : créer un langage commun pour appréhender (et contrer) un enjeu systémique. Cette trame une fois créée, le NGFS est passé à la deuxième étape. Soit celle de formuler des recommandations qui permettront aux Banques centrales et autres autorités de supervision d’évaluer, avec le plus de précision possible, les risques économiques et financiers liés à la nature en créant des scénarios crédibles.

Le sujet est complexe, car il comprend de multiples particularités à intégrer. Ces projections reliées à la nature comprennent des caractéristiques spécifiques de risques (difficulté de prendre une seule mesure en compte, ou encore l’importance d’apprécier la granularité dans l’évaluation en fonction des régions ou des secteurs). Et les modèles existants et actuellement utilisés pour les scénarios climatiques ne sont pas tout à fait adaptés à la prise en compte de toutes les questions relatives à la nature, qui nécessitent aussi un arbitrage entre une vision locale et globale de la question.

 

De l’importance d’identifier les aléas

 

Le changement climatique et la perte de biodiversité sont intimement liés. Mais certaines politiques visant à atténuer le premier peuvent pénaliser la seconde : une installation abusive de panneaux photovoltaïques au sol peut perturber leur régénération des sols, tandis qu’une politique de reforestation qui ne tiendrait pas compte des écosystèmes locaux peut produire un effet inverse.

D’où l’intérêt de créer des modèles et des approches supplémentaires aux approches climatiques déjà établies par le groupe de travail. Par exemple, Jean Boissinot, adjoint à la direction de la stabilité financière de la Banque de France et secrétaire général du NGFS a illustré : "Une émission de CO2 est une émission de CO2, indépendamment de l’endroit ou de la manière dont elle est émise. Sur la question de la nature, il n’y a pas d’équivalence".

Dans le détail, le travail de ce rapport se sera organisé en deux parties. Tout d’abord, celui d’envisager des récits cohérents qui permettront d’identifier les aléas physiques et de transition qui pourraient devenir des sources de risques, relatifs aux mêmes catégories. Les risques physiques concernent ceux liés aux impacts économiques générés par la perte de nature, tandis que les seconds sont ceux qui résulteraient d’un désalignement des acteurs économiques par rapport aux actions visant à réduire les impacts négatifs sur la nature. "L’objectif est de faire ressortir les risques et les aléas les plus pertinents et partagés possibles", a expliqué Emmanuelle Assouan, directrice générale de la stabilité financière et des opérations à la Banque de France et co-chair du NGFS Taskforce on Biodiversity.

 

Évaluer les options alternatives

 

Puis, la seconde partie du travail aura consisté à évaluer les approches de modélisation des impacts économiques et des risques liés à la nature. Et en passant les modèles existants en revue, le NGFS est arrivé à la conclusion qu’une partie des risques physiques ou de transition identifiés par le groupe de travail n’y étaient pas représentés et qu’ils ne tenaient pas toujours compte de l’ensemble de la gamme de risques potentiels. D’une part, nombre de modèles ont été construits historiquement avec "des facteurs de production [capital et travail] sur lesquels il est possible de poser un prix. Quand ce n’est pas le cas, ils sont souvent ignorés", a remarqué Emmanuelle Assouan. D’autre part, d’autres modèles ont été construits "en considérant que les ressources naturelles étaient infinies", a ajouté Jean Boissinot. Autant de problématiques qui tendent à atténuer les conséquences économiques de la perturbation des écosystèmes et des politiques liées à la nature.

"Compte tenu des limites structurelles des modèles examinés pour évaluer les risques financiers liés à la nature, il est nécessaire d’évaluer les approches alternatives qui peuvent être utilisées ou développées. Il convient d’accorder une attention particulière aux modèles capables de représenter plusieurs aléas (ou chocs) dans plusieurs secteurs et de saisir les impacts indirects (en cascade) de ces aléas tout au long des chaînes de valeur", souligne ainsi le rapport.

À court terme, deux options pour les Banques centrales et superviseurs : construire des scénarios à cet horizon, qui pourraient conduire à identifier les expositions sectorielles aux aléas naturels ou à cartographier ces derniers, ou construire des projections à plus long terme en prenant les précautions nécessaires et identifiées par le rapport. À plus long terme, l’analyse dynamique devrait être soutenue par l’émergence de modèles économiques reliés à la nature. "À l’heure actuelle, les défis sont d’ordre méthodologiques", a pointé Emmanuelle Assouan, tout en soulignant : "A court terme, les instruments existants ne sont efficaces que lorsque l’on sait identifier les aléas".

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