ESG / Banque de France / NGFS / François Villeroy de Galhau / Klaas Knot / biodiversité / ESG / risques
ESG
Banque de France / NGFS / François Villeroy de Galhau / Klaas Knot / biodiversité / ESG / risques
Les risques financiers liés à la nature passés au crible du NGFS / De la nécessité de créer un langage commun pour contrer des effets systémiques
Le chemin vers la transition écologique, pour les acteurs financiers, a plusieurs branches. Le travail sur la réduction des émissions carbone pour contrer le réchauffement climatique est enclenché, mais il existe aussi d’autres sujets sur lesquels les opérateurs devront se pencher pour contenir les risques financiers liés à la dégradation de l’environnement. Parmi ceux-ci : la préservation de la nature et la biodiversité.
En témoigne, notamment, le lancement ce jeudi matin d’un nouvel indice lié à ces thématiques par Euronext. Une journée résolument placée sous le signe de la biodiversité puisqu’au même moment, mais cette fois au siège de la Banque de France, était lancé un nouveau cadre conceptuel pour guider l’action des Banques centrales et des autorités de surveillance. Au sujet, donc, des risques financiers liés à la nature.
Le travail a été mené par le "Réseau pour le verdissement du système financier" (Network of Central Bank and Supervisors for Greening the Financial System, NGFS), soit un réseau de banques centrales et d'autorités de surveillance. "Ce nouveau cadre conceptuel marque une étape importante. Il nous permettra de créer une compréhension et un langage communs. Nous sommes parvenus à un résultat scientifique pour l’évaluation des risques financiers liés à la nature. Il ne s’agit pas d’une sorte de "flower power", mais d’économie fondamentale", a ainsi souligné le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, à l’occasion de la conférence organisée pour le lancement du rapport.
Définir, identifier, évaluer et prévoir
En clair, cette publication vise à atteindre trois objectifs : définir les risques financiers liés à la nature, proposer un cadre pour les identifier et les évaluer et décrire les prochaines étapes à franchir. Sur le premier, soit la définition des risques et des concepts nécessaires à leur meilleure appréhension, le rapport cite par exemple la dégradation de la biodiversité. Le NGFS considère qu’elle est guidée par cinq facteurs prédominants, soit les changements dans l’utilisation des terres et des mers, la surexploitation des matières vivantes et non vivantes, le changement climatique, la pollution et la prolifération des espèces envahissantes.
Les différentes définitions une fois éclaircies, le NGFS s’est par la suite attaqué au deuxième but du rapport. Il consiste en la proposition d’un cadre pour aider les Banques centrales et autorités de surveillance à identifier et à évaluer les risques financiers liés à la nature. Et ceux-ci sont nombreux, tant d’un point de vue microéconomique que macroéconomique. Du premier côté, les dommages causés aux actifs du fait de certains risques, comme les glissements de terrain, peuvent notamment causer la destruction du capital.
Des actifs pourraient aussi être dépréciés prématurément, au regard de nouvelles réglementations ou d’évolutions des préférences des consommateurs, explique le rapport, "par exemple parce qu’une usine est située dans une zone qui devient protégée". Entre autres, il y a également la perturbation des processus de production et des chaînes de valeur liée à des augmentations de coûts. Celles-ci peuvent résulter d’une perturbation temporaire des entreprises et des ménages, à l’instar d’une suspension de services en raison d’une inondation.
Rien n'est isolé
Autant de risques financiers qui se mesurent à l’échelle des acteurs économiques individuels, qui ne laissent pour autant pas en reste la macroéconomie : augmentation des prix des matières premières, de l’énergie et de l’eau qui créent des pressions inflationnistes ; réduction du Produit intérieur brut (PIB) à cause d’une baisse de la productivité pénalisée par de fortes chaleurs ; ou encore des effets négatifs sur le commerce et les flux de capitaux. Ils pourraient par exemple être le résultat de chocs dans la fourniture de services écosystémiques, "potentiellement amplifiés par les chaînes de valeur, ce qui affecte les taux de change et les notations de crédit souveraines", pointe le cadre conceptuel.
Car, de fait, les menaces micro et macro ne sont pas isolées. Les dangers microéconomiques peuvent se transformer à plus grande échelle, tandis que les risques macroéconomiques produisent aussi leurs effets sur les ménages et les entreprises. Et les acteurs économiques ne sont pas seulement exposés aux risques naturels, au travers des impacts qu’ils produisent sur la biodiversité. Ils contribuent également aux risques qu’ils ont besoin de contenir, rappelle le rapport du NGFS.
D’où l’importance de créer un cadre de compréhension et de langage commun, afin de mieux les identifier et les prévenir : "La dégradation rapide de la nature menace l’ensemble de l’écosystème. En nos qualités de superviseurs des banques centrales, il est illusoire de penser que nous pourrions garantir la stabilité financière sans préserver la biodiversité. Et tout ce qui est sous notre supervision est une des causes de l’appauvrissement de la nature. Par conséquent, il est clairement inclus dans notre mandat d’utiliser les leviers dont nous disposons pour lui permettre de passer d’un mode de dégradation à un mode de restauration", a ainsi fait valoir, ce matin, le président de la Banque centrale des Pays-Bas, Klaas Knot.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

