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Entreprises / Actions / EDF / Actionnaires salariés

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EDF / Actionnaires salariés

Mobilisation historique des actionnaires salariés d'EDF

Le projet d'OPA à 9,7 milliards d'euros de l'Etat sur EDF indigne les actionnaires salariés et anciens salariés de l'opérateur historique d'électricité, qui se préparent à porter l'affaire en justice.
Les actionnaires salariés et anciens salariés d'EDF veulent porter plainte contre l'Etat - Laurent GRANDGUILLOT/REA
Les actionnaires salariés et anciens salariés d'EDF veulent porter plainte contre l'Etat - Laurent GRANDGUILLOT/REA

Les actionnaires minoritaires d’EDF ne se laisseront pas tondre la laine sur le dos sans réagir. Notamment les actionnaires salariés et retraités de l’opérateur historique d’électricité, qui détiennent 1,54% du capital de l’entreprise détenue à 84,1% par l’Etat. Au nombre de 100 000 environ, ceux-ci se préparent à aller en justice pour défendre leurs droits qu’ils estiment bafoués. Une première. "Nous visons un dépôt de plainte au pénal d’ici la fin du mois", indique à WanSquare Hervé Chefdeville, le secrétaire général d’Energie en actions, l’une des associations d’actionnaires salariés du groupe. Il y en a d’autres, notamment l’ADAS (Association de Défense des Actionnaires Salariés d'EDF), "qui nous soutient dans cette action", ajoute-t-il.

L’association reproche de nombreux griefs à l’Etat. Le fameux mécanisme de l’Arenh (Accès Régulé à l'Electricité Nucléaire Historique), qui contraint EDF à vendre à ses concurrents au moins un quart de sa production nucléaire d’électricité à prix inférieur aux coûts de production, et ce depuis 2010, concentre bon nombre des griefs que la future plainte mettra en avant. Notamment parce que le tarif de vente de l’Arenh fixé depuis 2012 à 42 euros le mégawatt-heure n’a jamais été réévalué, contrairement à la loi et une décision de la Commission Européenne. S’il a, effectivement, favorisé le développement de la concurrence, le dispositif a privé EDF de 7 milliards d’euros de recettes en dix ans selon la Cour des comptes. Un déficit encore accentué cette année, avec l’augmentation de 20 térawatt-heures du volume de l’Arenh vendus aux fournisseurs alternatifs imposée par l’Etat.

L’association Energie en actions compte bien aussi mettre en avant la fermeture imposée pour des raisons purement politiques des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim en Alsace, en parfait état de fonctionnement selon l’Autorité de Sûreté qui avait validé la poursuite d’exploitation après que des investissements importants eussent été réalisés. Et dont on mesure d’autant plus le manque alors que la moitié du parc nucléaire de l’opérateur est à l’arrêt depuis des mois, en raison d’importants problèmes de corrosion. Energie en actions reproche aussi la politique d’acquisitions du groupe, toujours imposée par l’Etat, qu’il s’agisse de la pression exercée en 2012 pour la reprise de Photowatt en redressement judiciaire, de la participation au sauvetage d’Areva en quasi-faillite, où du fait qu’EDF s’est vue récemment obligée de faire une offre d’acquisition de l’activité turbines nucléaires de General Electric.

 

Opération blanche

 

"Nous allons aussi pointer les pressions qui ont amené le groupe à verser un dividende conséquent en numéraire et à le maintenir lorsque que le cash-flow est devenu négatif à partir de l'exercice 2008, ce qui s’est donc traduit par des décaissements importants en espèces qui ont conduit pendant plusieurs années à augmenter la dette", ajoute Hervé Chefdeville.

Avec sa plainte, l’association souhaite en premier lieu "mettre l’Etat devant ses responsabilités", explique le secrétaire général de l’association. Puisque "c’est tout de même l’Etat qui avait décidé d’ouvrir le capital en 2005 en en faisant une grande opération d’actionnariat populaire et salariés, et c’est le même Etat qui veut maintenant racheter l’action à prix bradé". Car, si le prix offert de 12 euros pour chaque action EDF représente une prime d’un peu plus de 50% sur le cours de bourse de clôture du 5 juillet 2022, veille de l’annonce par la Première ministre de l’intention de l’Etat de renationaliser le groupe historique d’électricité, les actionnaires de la première heure, entrés lors de l’introduction en bourse à 32 euros en 2005, en sont pour leurs frais, quand bien même les salariés avaient obtenu une décote à 25,60 euros par action.

"Si l’Etat maintient son intention de déposer son offre sans relever significativement le prix, si notre plainte est jugée recevable, alors nous irons demander une indemnisation pour tous les actionnaires minoritaires à hauteur de leur perte dans l’opération", prévient Hervé Chefdeville. D’ailleurs, bien que les statuts de l’association ne le prévoient pas explicitement, beaucoup d’actionnaires individuels lui ont apporté leur soutien dans cette contestation. Un combat dans lequel s’est également jetée Colette Neuville, l’emblématique présidente de l’Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam). L’activiste avait adressé il y a quelques semaines un courrier au président de l’Autorité des marchés financiers (AMF), proposant que le juste prix devrait s’établisse à partir du prix d’introduction de 32 euros, déduction faite des 15,42 euros dividendes reçus par les actionnaires sur dix-sept ans. Le calcul aboutit à un prix de l’offre de 16,58 euros qui permettrait que le passage de l’Etat dans le capital d‘EDF "se solde effectivement par une opération blanche". Car, souligne Colette Neuville, "il ne serait pas équitable que la privatisation ait été finalement une bonne affaire pour l’Etat et une catastrophe financière pour les minoritaires".

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