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Ce que l’État veut faire d’EDF
Le "en-même-temps" macronien s’applique à beaucoup des décisions du Chef de l’État. Il semble aussi devoir s’appliquer à l’avenir que l’État entrevoit pour EDF. L’électricien français dirigé de main de maître par Jean-Bernard Lévy est dans une situation assez insupportable. Puisque ce n’est pas lui, mais son actionnaire qui entend décider de la manière dont il doit gérer son outil de production, en l’occurrence ses 58 réacteurs nucléaires. Et par ailleurs depuis plus d’une dizaine d’années, le groupe est coté en Bourse et 17 % de son capital appartient à des investisseurs de toute sorte et de toute nationalité qui sont là pour gagner de l’argent et non entendre les discours sur l’écologie du Chef de l’État.
Si l’on se fie aux déclarations du Président de la République, ce sont donc 14 réacteurs de 900 mégawatts qui devront être arrêtés d'ici à 2035. Ce mouvement commencera à l'été 2020 avec l'arrêt définitif des deux réacteurs de Fessenheim, dont les radiers ont pourtant été complètement rénovés il y a peu de temps. Il restera alors à organiser la fermeture de 12 réacteurs entre 2025 et 2035 : 4 à 6 réacteurs d'ici 2030, le reste entre 2030 et 2035, d’après ce qu’a expliqué Emmanuel Macron. Selon les spécialistes, les arrêts de réacteurs devraient avoir lieu parmi les plus anciens sites, c’est-à-dire : Tricastin, Bugey, Gravelines, Dampierre, Blayais, Cruas, Chinon et Saint-Laurent Des Eaux, dans le Loir-et-Cher. D’après ce qu’a dit le Chef de l’État, c’est EDF qui proposera, sous le contrôle de l’Agence de sûreté Nucléaire, la liste des réacteurs à arrêter. Mais Emmanuel Macron a tenu à rassurer la CGT, très attachée à cette filière nucléaire, en expliquant qu’il n’y aura aucune fermeture complète de site. Toujours le "en-même-temps" : on arrête les réacteurs, mais on garde la centrale.
Tout cela ne nous dit pas s’il y aura démantèlement ou pas et donc recours au fonds de placement constitué depuis des années pour financer le moment venu ces démantèlements qui se révèlent être des opérations beaucoup plus complexes et coûteuses que prévu, compte tenu des normes de dépollution, et du problème des déchets nucléaires.
Toujours concernant l’outil de production d’EDF, Emmanuel Macron a expliqué que la France, qui compte parmi les championnes de l’énergie nucléaire dans le monde, en termes de savoir-faire ne va pas décider dans l'immédiat la construction de réacteurs nucléaires de nouvelle génération EPR supplémentaires, et attendra au moins 2021. L'exécutif veut ainsi se donner du temps pour décider après le démarrage de l'EPR de Flamanville, le seul en construction actuellement en France, qui a pris beaucoup de retard.
On admirera tout de même l’exercice assez insolite d’un Président qui affirme lutter contre le carbone et qui "en-même-temps" oblige une société qui compte des actionnaires minoritaires à fermer le quart de ses réacteurs, alors même que l’énergie qu’ils produisent est totalement décarbonée. Et comme un bon élève le Premier ministre - ancien salarié d’Areva - a poursuivi dans cette démarche paradoxale en expliquant que l'État décidera "courant 2019" d'une possible montée au capital du groupe, une fois que la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) aura été arrêtée. Actuellement il détient 83,7 %. Ce qui représente un actif de 35 milliards. S’il remonte au capital le seul intérêt est de renationaliser à 100 %, avec un coût de 6 milliards d’euros, dont il n’a pas le moindre centime.
Mais c’est sans doute ce qui se prépare, car plusieurs notes ont été demandées au Trésor, visant à isoler l’activité nucléaire d’EDF dans une structure à part. Ce qui affecterait la structure fondamentale de la société, et obligerait l’AMF à contraindre l’État à lancer une OPA sur la totalité du capital. Jean-Bernard Lévy fait tout ce qu’il peut afin d’éviter ce démantèlement qui est l’idée fixe de François de Rugy. L’ancien patron de Thales et de Vivendi a en tout cas beaucoup de mérite à diriger EDF, coincé entre le marteau d’un actionnaire incohérent et l’enclume de ses actionnaires minoritaires.
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