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L'État est dépassé par la grande distribution

Alors que le gouvernement essaie d’aider les commerçants à digitaliser leur offre, la grande distribution pourrait bien donner une nouvelle leçon à l’État qui apparaît complètement dépassé. L’annonce de la prise en charge des frais d’expédition des librairies indépendantes en est l’exemple.
Jean Castex
Jean Castex

"N’achetez pas de livres sur les plateformes numériques ! " invectivait Roselyne Bachelot en début de semaine. Première prise de conscience de l’absurde décision de Jean Castex ? Surement, puisqu’elle complétait "Amazon se gave, mais à nous de pas les gaver". C’est donc sur la responsabilité individuelle que l’exécutif misait pour ne pas faire subir sa décision tant aux commerçants indépendants français qu’à la grande distribution, deux acteurs qui attendaient des précisions sur la poursuite de leur activité.

Pour la grande distribution, c’est mardi matin qu’un communiqué de Bercy a précisé les produits interdits à la vente. Il y est précisé que, dans les grandes surfaces de plus de 400 mètres carrés, "tous les produits vendus dans des commerces qui sont aujourd’hui fermés pour des raisons sanitaires ne peuvent plus être commercialisés ". Ainsi, les produits culturels, les fleurs ou encore les jouets ne peuvent être qu’uniquement proposés à la vente en ligne ou en drive alors les produits de quincaillerie peuvent continuer à être proposés.

Pour les commerçants, TPE et PME en plus de l’indemnisation mensuelle du fonds de solidarité de 10 000 euros qu’un commerçant fermé administrativement peut recevoir, l’État a lancé "un appel à projets auprès d’offreurs de solutions numériques prêts à s’engager pour accompagner les petites entreprises, notamment les commerces, artisans, restaurateurs et les PME dans la mise en place de services permettant la vente en ligne, tels que des offres de livraison de proximité, de paiement ou des solutions de places de marché locales", nous apprenait mardi un communiqué. Plus précisément, dans le cahier des charges, on apprend que "les solutions retenues dans le cadre de l’appel à projet feront l’objet d’une labellisation par le gouvernement et pourront ensuite à ce titre être promues sur les sites d’informations du MEFR ". Ce pari pris sur la digitalisation a même poussé l’État à mettre en place "la prise en charge des frais d’expédition de livres des libraires indépendantes pour favoriser la vente à distance ". Dans les faits, les libraires indépendants pourront déposer auprès de l’agence de service et de paiement une demande de remboursement de telle sorte que les libraires pourront facturer seulement 0,01 euro les clients pour les frais de port.

Des solutions et une communication loin des besoins

Mais, derrière ces clarifications et aides, se cachent plusieurs choses. D’abord, le communiqué spécifiant les rayons fermés ou non ne participe pas vraiment à simplifier le travail pour les grandes enseignes. Comme le témoignent plusieurs sources à WanSquare, on peut, de manière très terre à terre avoir les couverts/assiettes/vaisselle considérés comme quincaillerie chez l’un et comme décoration chez l’autre alors que le premier rayon est autorisé mais pas le second. Celles-ci, déjà confrontées aux coûts liés à la réorganisation entraînée par les interdictions, doivent aussi gérer des équipes qui sont parfois désœuvrées. Ainsi, d’après les informations de WanSquare, si des groupes devraient réussir à redéployer leurs équipes, d’autres devraient bien avoir recours à l’activité partielle, tout cela au frais des finances publiques.

Concernant les commerçants, PME et TPE, les aides à la digitalisation cachent une non-préparation. Car l’appel à projets, qui devait initialement donner lieu à une première publication des projets retenus dès jeudi, doit se terminer le 13 novembre. Étonnant, car le temps de mettre en place cette digitalisation, le reconfinement, initialement prévu jusqu'au 1er décembre, devrait en théorie prendre fin. Naïf faudrait-il donc être pour envisager qu’il ne durera pas plus. Déjà, la digitalisation et la livraison/Click & Collect subissent leur première bévue. La livraison et la vente à emporter de plats et de boissons seront interdites dès vendredi à Paris à partir de 22 heures. Mais, plus grave, toute la communication menée jusqu’à la décision qui consistait à laisser croire qu’il était impossible qu’une telle période revienne, a sûrement différé les investissements de ces acteurs dans ce mode de distribution. Et comme le rappelle une porte-parole de Cdiscount "200 000 commerces ont fermé boutique et 32 % ont un site internet".

Une solution gagnant-gagnant 

D’ailleurs, le groupe, qui met en avant "sa responsabilité" en tant que leader français, n’a pas tardé à annoncer dans la semaine un dispositif spécial de soutien aux commerçants indépendants à travers "la gratuité de l’abonnement pour 6 mois, la gratuité du taux de commission sur les ventes et les commandes en Click and Collect, en cas de livraison à domicile une division du taux de commission et la concentration d’une équipe pour les accompagner". Carrefour aussi, avec le soutien de son partenaire Mirakl, a rendu gratuite l’utilisation de sa market place aux vendeurs de produits alimentaires, d’hygiène de soin et de beauté, d’animalerie ou de puériculture. C'était au tour d'Intermarché d'annoncer hier lancer un "drive solidaire" "proposant aux commerces locaux, les libraires dans un premier temps, de mettre leurs produits en vente dans la place de marché numérique des supermarchés du groupe". Ainsi, ironie de la chose, après avoir dû dépenser pour se réorganiser, ce sont les enseignes de grande distribution qui mettent la main à la pâte pour aider les plus touchés. Bien sûr, il ne faut pas non plus être naïf, les grandes enseignes ont aussi à gagner d'une telle coopération (hausse d'audience). Mais si une solution gagnante-gagnante semble se dessiner, ces groupes y avaient déjà pensé bien avant. 

Dès vendredi dernier, et donc en amont de l’annonce de Jean Castex, Alexandre Bompard indiquait que "Carrefour mettrait à disposition des libraires indépendantes des espaces de vente dans ses hyper". Solution qui n’était pas une décision isolée puisque WanSquare est en mesure de dire que plusieurs enseignes étudiaient et avaient même pris des décisions allant dans le sens d’une solidarité avec ces libraires, aux dépens même de leurs propres rayons pour la majorité. Pire, sur l’appel à projets, qui devait d’ailleurs donner lieu à une première publication des candidats retenus jeudi mais qui a été retardé, les enseignes de grande distribution devraient être bien présentes. Bercy n'avait toujours pas communiqué sur le sujet à l'heure de la publication. Ainsi, plutôt que de laisser la coopération des acteurs résoudre les conséquences de leurs décisions, l’exécutif préfère miser sur la dépense publique (prise en charge des frais postaux, activité partielle). Un choix étonnant qui soulève des questions : a-t-on vraiment les moyens de prendre en charge avec l'argent public ce que le privé se propose de faire par la coopération ?

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