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Amazon peut remercier Jean Castex
"Là, ce n’est pas un problème de santé, ni d’économie, mais de justice. Et cela, je l’entends". C’est par ces mots que Jean Castex a rendu officielle l’interdiction pour la grande distribution de vendre des produits qui ne sont pas de première nécessité, entendez par là les livres, les vêtements, l’électroménager, la vaisselle ou encore les fleurs. Dans le détail, le premier ministre a indiqué qu’il a "décidé d’ajouter, dans le décret régissant le confinement, une disposition rentrant en vigueur mardi matin, interdisant les ventes de produits dans les supermarchés qui ne peuvent être vendus dans les petits commerces". Cela fait suite à un communiqué de presse commun des cabinets de l’économie et de la culture, partagé vendredi soir, qui annonçait déjà que "les rayons livres et culture des grandes surfaces alimentaires et spécialisées seraient momentanément fermés". Le ministre délégué chargé des Petites et moyennes entreprises, Alain Griset, d’aller encore plus loin ce matin : "les produits d’hygiène seront gardés, le maquillage non, les grandes surfaces les retireront". L’exécutif a donc entendu les plaintes des petits commerces en leur donnant raison. Pour autant, plus qu’une décision juste, ce choix s’avère être un véritable jugement de Salomon pour les entreprises françaises et une aubaine pour les géants américains, Amazon en tête.
Les grands groupes français côtés vont perdre des parts de marché contre Amazon
Car ces interdictions ne concernent en aucun cas le géant américain de la vente en ligne. C’est tout juste si Jean Castex a tenu à appuyer le thème de la taxation des GAFA et l’interdiction d’une campagne de publicité durant son intervention pour calmer les critiques émanant de tous côtés contre le groupe de Jeff Bezos. Mais les craintes peuvent bien être là, et les marchés ne s’y trompent pas puisque, par exemple, FNAC-DARTY perdait 3,4 % à l’ouverture ce matin et Carrefour 1,3 %, malgré de bons résultats au troisième trimestre. Comment, en effet, imaginer que les consommateurs ne commandent pas sur internet si les produits ne sont pas accessibles en grande surface et dans les petits commerces ? La situation est d’autant plus ubuesque que ces groupes avaient largement misé sur le développement de leur e-commerce et segment Click & Collect, avec les investissements qui vont avec, pour préparer un deuxième confinement, renforçant par-là la sécurité sanitaire des consommateurs. Et si FNAC -DARTY a déjà annoncé que ses magasins resteraient ouverts contrairement au premier confinement, toutes les parts de marché correspondant à la culture devraient par exemple disparaître pour le distributeur spécialisé français, grignoté par les géants en ligne. À tel point que l’hégémonie d’Amazon pourrait atteindre un pic historique fin novembre avec le "black Friday". Il a annoncé attendre un bénéfice opérationnel compris entre 1 milliard et 4,5 milliards de dollars pour le dernier trimestre, alors que dans le même temps la prudence règne chez les Français de l’omnicanal. Déjà, au troisième trimestre, la firme créée en 1996 a vu ses ventes augmenter de 37 % (96 milliards de dollars) et son bénéfice tripler pour dépasser les 6 milliards de dollars. Mais, au-delà des conséquences sur les groupes, c'est sur les finances publiques que le coût de cette décision devrait être la plus lourde. En effet, cela "entraînerait la mise au chômage partiel de plusieurs dizaines de milliers de salariés, sans aucune justification réelle" selon la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). Une nouvelle fois, un coût supplémentaire pour les finances publiques, sans même parler des conséquences sociales...
La décision ne profite même pas aux petits commerces, encore moins aux consommateurs
Pire, initialement prise pour défendre les petits commerces, la décision ne les concerne en aucun cas puisque le premier ministre a défendu que "ce n’est pas le moment pour revenir sur les mesures annoncées. Il est beaucoup trop tôt pour parler d’une réouverture", donnant rendez-vous dans 15 jours "pour voir, si la situation s’améliore, s’ils pourront progressivement rouvrir". Alors qu’on nous prédit un pic d’hospitalisation atteint d’ici deux semaines dans les hôpitaux, difficile de croire que l’exécutif lâchera du lest. D’ici là, le ministre de l’Économie, de la Finance et de la Relance, Bruno Le Maire, a tenu à mettre en avant hier les mesures pour soutenir les commerçants : "il faut accélérer la digitalisation des commerces français. Nous allons mettre 100 millions d’euros sur la table pour ça". Par ailleurs, il a précisé que "le Click & Collect ne sera pas pris en compte dans le chiffre d’affaires des commerçants". Des mots et des chiffres qui paraissent toutefois loin des besoins de ces commerçants, la digitalisation des activités étant un métier à part entière auquel l’exécutif, qui ne semblait même pas avoir de plan établi pour un deuxième confinement, n’avait pas préparé ces commerces. Bref, en voulant aider les petits commerces, l’exécutif punit les grandes enseignes et, par ricochet, les consommateurs pour qui la concurrence n’existe plus et le monopole, déjà grandissant, d’Amazon se précise. Comme le résume Jacques Creyssel, délégué général de la FCD, "on est totalement sur un accord perdant-perdant, perdant pour le petit commerce perdant pour le grand commerce, perdant pour les consommateurs".
C’est demain matin, une fois le décret paru, que les rayons fermés seront précisément connus. De quoi alimenter une nouvelle ruée vers les magasins aujourd’hui. En somme, c’est même manqué du côté sanitaire.
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