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La psychose de l'État à l'égard d'EDF
L'État français, encore actionnaire à 83% du capital d'Électricité de France (EDF), a décidé de fixer la stratégie du premier électricien du pays, tout en demandant à l'entreprise d'établir seule un plan d'action pour remédier aux difficultés que pose l'énergie nucléaire, tant sur le plan de la sûreté que sur celui du climat. Le patron du groupe Jean-Bernard Lévy a bien heureusement un avis sur l'avenir du Groupe, mais qui diffère sensiblement de celui du gouvernement, incarné depuis quelques semaines par la ministre Élizabeth Borne.
Réfléchi, le PDG d’EDF avait déclaré il y a un mois qu'il est clair que la France se prépare à construire de nouvelles centrales nucléaires. Dimanche sur les ondes de France Inter, la ministre de la Transition écologique a rappelé que c'était à elle de définir la politique énergétique du pays et a invité l'homme qui en est à son deuxième mandat de réfléchir à des options écologiques. L'objectif affiché de l'État, c'est de réduire la part du nucléaire à 50% d'ici 2035, pour abaisser significativement les déchets des sites, dont on ne sait que faire. Mais c'est aussi la même Elizabeth Borne qui a exigé de Jean-Bernard Lévy au mois de septembre dernier l'évaluation d'un scénario de constructions de six nouveaux réacteurs nouvelle génération. En effet, la France le sait, pour répondre aux besoins énergétiques croissants de ses occupants tout en satisfaisant à ses obligations climatiques, elle devra compter sur le nucléaire auquel la majorité des Français se dit opposée. L'énergie nucléaire n'est pas une énergie renouvelable c'est vrai, car l'uranium, employé aujourd'hui pour la fission reste une ressource limitée. En revanche, c'est une énergie entièrement décarbonée.
Dans un rapport secret dévoilé ce week-end, la facture totale chiffre à plus de 45 milliards d'euros le projet. C'est-à-dire peu ou prou le chiffre d'affaires d'EDF sur les neuf premiers mois de l'année et dévoilé ce matin - à 50,9 milliards, en hausse de 2,9% et essentiellement porté par la hausse des tarifs réglementés (!). C'est aussi 14 milliards de moins que la dette d'EDF, qui se trouve actuellement dans une situation inextricable. Ce qui est évident, c'est donc que l'État n'a pas le moindre sou pour payer cet investissement et a décidé que la décision serait prise en 2022 quand le chaotique programme de Flamanville serait terminé. Comme si deux années allaient changer quelque chose. D’autant plus qu'il est tout de même paradoxal de prendre pour point de départ à la construction de nouveaux réacteurs la fin d'un chantier qui a une décennie de retard et dont le coût final est plus de quatre fois ce qui avait été initialement envisagé, soit 12,4 milliards d'euros.
Finalement, l'État est schizophrène pour deux raisons. D'abord dans ce qu'il requiert d'EDF, lui priant à la fois de travailler sur un scénario 100% renouvelable - ce que souhaite entendre l'opinion - tout en lui exigeant en silence de réfléchir à la construction de nouvelles centrales. Ensuite, sur la façon dont il conduit le groupe, feignant de le laisser autonome dans sa stratégie de peur d'effrayer en Bourse les derniers investisseurs, tout en lui enjoignant d'agir dans la direction énergétique qu'il a choisie. Des choix qui ne sont pas bons pour l’entreprise, pour ses actionnaires, pour ses salariés et pour les Français.
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