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Régulation / Concurrence / AMF / Etat / investissement / épargne salariale

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AMF / Etat / investissement / épargne salariale

Les Français sont-ils prêts à investir ?

La frénésie d’épargne prudente des Français fait grincer des dents Bercy qui préférerait voir ces milliards d'euros placés dans le secteur privé. C'est pourquoi le ministère de l'Économie lance aujourd'hui une campagne de communication, le jour même où l'AMF dévoile les résultats inédits d'un baromètre sur les attitudes frileuses des Français.
France - Paris - drapeau français en berne - Elysée
France - Paris - drapeau français en berne - Elysée

Les Français sont averses au risque. La collecte du Livret A atteint un sommet historique au moment où sa rémunération est la plus mauvaise. Avec un taux de rendement de 0,5% à partir de février, le Livret A rapportera deux fois moins que l'inflation, de l'ordre de 1%, et perdra donc 0,5% de sa valeur chaque année, à inflation constante. Le plus paradoxal, c'est que les Français qui ont placé 300 milliards dessus - voire 411 milliards si on le cumule avec son petit frère le LDD - , ne sont que 37% à connaître son taux de rendement, selon un sondage de l'AMF, publié ce jour. Chez les moins de 35 ans, ils pensent en moyenne que la rémunération va au-delà de 2%.

Les attitudes prudentes des Français en matière de placement font grincer des dents Bercy, qui n'a plus un sou pour relancer la machine économique de la France - le déficit budgétaire a atteint 92,8 milliards d'euros en 2019 selon le ministère de l'Action et des comptes publics - et aimerait bien que ces centaines de milliards d'euros servent au secteur privé. Dans un pays qui offre l'une des meilleures protections sociales du monde, la précaution à la française est empirique, sans que cela ne sache s'expliquer véritablement. D'autant plus que, toujours selon le baromètre du gendarme boursier, s'agissant de leur épargne sans risque, les Français estiment en moyenne que le taux de rémunération satisfaisant devrait se situer à 3,3%, c'est 2,8 points de pourcentage de plus que ce Bercy va devoir faire accepter aux Français dans un contexte de conflit social d’envergure, d'ici dix jours, en ayant diminué le taux du Livret A.

Il y a dix ans, le taux du Livret A valait 2,25% et pourtant, les montants collectés n'ont eu de cesse de gonfler, de sorte que l'on observe une décorrélation étonnante entre la collecte et les taux de rémunération de ce placement, comme d'ailleurs des livrets ordinaires. Et c'est pourquoi, le gouvernement Philippe devra faire davantage pour lancer, en France, une culture de l'investissement populaire, que de miser sur un simple abaissement du taux, dont n'ont que faire les Français qui le connaissent. C'est aussi pour cela que le ministère de l'Économie et des Finances lance aujourd'hui une campagne de communication sur l'intéressement, dont l'objectif assigné est d'atteindre à la fin de l'année 3 millions de salariés dans les PME qui bénéficient d'un dispositif de partage de la valeur, tel qu'un accord de participation ou d'intéressement. Pour atteindre cet objectif, la loi PACTE a supprimé la taxe de 20% sur les sommes versées au titre de l'intéressement pour les entreprises de moins de 250 salariés, ainsi que sur la participation pour les entreprises de moins de 50 salariés. En parallèle, Bercy a fait un travail de simplification pour inciter les sociétés à mettre en place des accords, dits les "accords clés en main".

Mais c'est un travail de titan sur lequel se lance le ministère. En effet, les performances affichées depuis dix ans par les marchés actions et la faible rémunération des placements sans risque n'y changent rien. La proportion des Français pouvant envisager un investissement en actions, vaut 19% en 2019, contre 22% en 2018 et 18% en 2017. En fin d'année dernière, ils sont près de la moitié à répondre "Certainement pas", et pour ceux qui l'envisagent, ils estiment qu'un placement risqué est satisfaisant dès lors qu'il est au moins rémunérateur à hauteur de 7%. Le succès récent de la privatisation de la Française des Jeux n'aura pas eu les effets escomptés, car la Bourse ne connaît toujours pas un regain durable d'attractivité.

Les nouvelles phases de communication du gouvernement Philippe pour que les Français adoptent un rôle croissant dans les entreprises arrivent aussi au moment d'un débat houleux autour de ce que certains appellent la retraite par capitalisation, où chacun épargne lui-même pour sa propre retraite plaçant l'argent dans un produit financier. Le soupçon est là depuis que le gestionnaire d'actifs américain BlackRock, numéro un mondial du secteur, a publié une note manifestant son intérêt pour le marché français dans le cadre de la loi Pacte, et que le président de sa branche française, Jean-François Cirelli, a été promu officier de la Légion d'honneur le 1er janvier dernier. C'est pourquoi, les obstacles à l'intéressement sont encore nombreux, et il est permis de douter que le gouvernement Philippe parvienne, en ces temps de disette budgétaire, à se servir de l'épargne infructueuse des Français pour booster la start-up nation.

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