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Le difficile retrait de la cote d'EDF
Bruno Le Maire et Barbara Pompili, respectivement ministre de l'Économie et des Finances et ministre de la transition écologique, ainsi que Jean-Bernard Levy – P.-D.G. du groupe EDF - se sont réunis ce mardi avec les organisations syndicales du groupe EDF afin de trouver un terrain d’entente sur la réforme de l'énergéticien baptisée "Hercule", en discussion depuis maintenant près de deux ans.
Ce dont l'État est convaincu et ce qu'il fait valoir auprès des syndicats, c'est qu'il est incontournable de réformer EDF, dont la rente nucléaire a des avantages, mais aussi des inconvénients puisque ses 58 réacteurs lui valent de provisionner des sommes astronomiques en prévision de leur démantèlement. Si bien que repenser la structure du groupe est devenu nécessaire, c'est ce qui a fait éclore le projet de réforme, soit la renationalisation des activités nucléaires du groupe et sa scission en plusieurs entités.
Les pouvoirs publics doivent, dans un premier temps, obtenir le retrait de la cote des 16,3 % du capital qui avait été introduit en Bourse. L'État aurait finalement décidé – aux dires des syndicats - d'indemniser les actionnaires minoritaires de l’énergéticien à hauteur de 10 milliards d'euros. Cela reviendrait à offrir près de 19,80 euros par action selon les analystes de la banque Morgan Stanley, puisque le capital de la société comporte un peu plus de 3 milliards d'actions (fin 2020) dont 505 millions sont détenus par des investisseurs privés.
Un analyste d’Alpha Value joint par Wansquare estime que cette offre de 10 milliards représente un premium "très élevé" d'environ 70 %. Le marché a bien réagi à cette annonce puisque le titre a gagné plus de 10 % depuis ce matin. Mais l'analyste estime que compte tenu de la teneur de la prime, la Bourse a fait montre de prudence, ce qui témoigne du peu de crédit qu'elle accorde à une rumeur loin d'être confirmée. En effet, elle a été partiellement démentie par Bruno Le Maire qui juge qu'il est trop tôt pour donner une estimation, et n’a pas été suivie de déclaration de la part de EDF. Par ailleurs, l'analyste estime que rien n'est acquis tant que Bruxelles n'aura pas donné son aval pour le projet de réforme.
La suite dépend donc de la Commission européenne, vigilante quant aux règles de concurrence qui doivent s’appliquer à l’entreprise française qui détient le monopole des activités nucléaires. Mais le temps est compté si le gouvernement espère que cette réforme aboutira avant les élections présidentielles de 2022. Pour avancer, l'État prévoirait de se réunir tour à tour avec chacun des syndicats dans les prochains jours. Pour l’instant, tout est figé. Les syndicats ont unanimement appelé à la grève ce jeudi 8 avril, jour du 75e anniversaire de la nationalisation du groupe.
Si finalement le gouvernement parvient à racheter les parts des minoritaires et obtient l'accord de Bruxelles, l'État pourra procéder à la scission du géant du nucléaire en trois entités distinctes, puis introduire à nouveau en Bourse une partie de l'activité du groupe. Dans le détail, les activités des centrales nucléaires et les provisions pour démantèlement seraient regroupées sous une entité "EDF Bleu", les barrages hydroélectriques sous une autre, "EDF Azur", et enfin, les énergies renouvelables, la vente d’électricité, et le réseau de distribution Enedis formeraient la seule entité qui serait partiellement cotée, "EDF Vert", à hauteur de 30 % de son capital.
Cette réforme permettrait d’une part, de coter des actifs de EDF sans faire porter à la Bourse le poids des activités nucléaires, et d'autre part, de mieux rémunérer la vente d’électricité produite par les réacteurs du groupe : une source syndicale indique que le tarif du mégawattheure aujourd’hui fixé à 42 euros pourrait passer à 49 euros.
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