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EDF / ADP / Emmanuel Macron

La réorganisation sous très haute tension d’EDF

Le joyau d'antan est devenu un gouffre financier pour ses propriétaires qui réfléchissent à une scission. L'échec, vu a posteriori, de l'ouverture du capital d'EDF, n'est pas sans conséquence sur la privatisation d'ADP.
Source : EDF
Source : EDF

Électricité de France est en pleine controverse. L’entreprise doit à la fois investir massivement pour la rénovation de son parc nucléaire vieillissant et maintenir des prix stables pour contenir la révolte des Gilets jaunes, sur fonds d’un endettement à 33,4 milliards d’euros au titre de 2018. Loin le temps où EDF faisait la fierté des Français à la libération du Pays, lorsque le groupe public a su rationaliser les efforts et moderniser les structures d’une économie exsangue. Et soutenir massivement et pendant des décennies la consommation d’une France en reconstruction.

Dans le contexte du premier choc pétrolier de 1973, le Premier ministre d’alors Pierre Messmer lance un vaste programme électronucléaire, un effort colossal qui s’appuie sur le soutien de tous les gouvernements successifs et gratifie aujourd’hui la France de la première place européenne en termes d’exploitation nucléaire, une énergie 100 % propre en ces temps durs de réveil écologique. Près de trente ans plus tard, le gouvernement Villepin organise un revirement stratégique, un crédit colossal que les Français vont commencer à rembourser d’ici quelques mois. Car l’exécutif cède 16,3 % du capital d’EDF, qui se partage aujourd’hui entre des investisseurs de toutes sortes et de toute nationalité et dont le seul objectif est le profit. Ils vont être déçus.

La manne financière que représentait le groupe s’est transformée en fardeau. D’abord parce que le mécanisme de l’Arenh - accès régulé à l’électricité nucléaire historique - voté en 2011 par le gouvernement Fillon et qui réserve 25 % de la production à des fournisseurs alternatifs pour le bien des lois concurrentielles à des prix fixes et bas, a plombé une partie des comptes d’EDF. Ensuite parce qu’Emmanuel Macron veut ramener la part du nucléaire dans la production d’ici à 2035 à 50 %, contre plus de 70 % l’an dernier, avec à la clé la fermeture de 14 centrales. EDF estime le coût du démantèlement à 75,5 milliards d’euros, soit plus du double de sa dette actuelle. Un montant par ailleurs largement sous-évalué par un rapport parlementaire.

Car dans l'Histoire, il a souvent fallu compter plus que prévu pour fermer une centrale. Le coût du démantèlement de la centrale bretonne morte vivante de Brennilis, qui devrait être achevé en 2038, soit près de 50 ans après sa mise en arrêt, a été estimé en 2001 à 254 millions d’euros. Le dernier devis de la Cour des Comptes le fait monter à 482 millions d’euros. Ce qui explique aussi la promesse trahie de François Hollande sur la fermeture de la centrale de Fessenheim en 2016, contre qui s’était aussi érigée toute une commune, dont les emplois dépendent encore fortement de sa marche. Dans la foulée, le directeur financier Thomas Piquemal remettait sa démission au PDG Jean-Bernard Levy, gage de son désaccord avec la construction d’un réacteur EPR en Grande-Bretagne, dont il jugeait là aussi le coût trop important.

Concrètement et maintenant que le mal est fait, il va falloir trouver une solution réfléchie pour la bonne gestion de ces futures dépenses, tout en maintenant des prix compétitifs pour les Français. D’autant plus que 70 % d'entre eux disent préférer que l’on attende la fin de vie des centrales, quitte à ce que cela prenne du temps, plutôt que l’on démantèle trop rapidement au détriment du coût de l’électricité. En (re)nationalisant les activités de production nucléaire existantes et futures et peut-être hydrauliques (la France est le second producteur européen d’hydroélectricité derrière la Norvège), les contribuables devront bien sûr soutenir l’investissement. Mais c’est préférable à la prolifération de cadavres industriels sur les bras de la France.

Pour convaincre la Commission européenne d’un retour massif de l’investissement public dans la production nucléaire, il faudra probablement scinder le réseau et privatiser l’autre partie d’EDF, celle des énergies renouvelables, des services, des réseaux et de la fourniture d’électricité. On devrait y voir plus clair d'ici à la fin de l'année puisque Jean-Bernard Levy, opposé à la scission, vient d’être reconduit à la tête d’EDF et devra proposer plusieurs solutions viables au gouvernement Philippe d’ici 2020.

Un débat qui tombe mal pour l’exécutif qui doit déjà gérer une discussion analogue, celle de la privatisation polémique d’Aéroports de Paris. Le parallèle est frappant : dans les deux cas, il s’agit de “donner” un marché monopolistique à son acquéreur et lui faire bénéficier de la gestion d’une industrie extrêmement stratégique.

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