Politique économique / ADP / Bruno Le Maire
Politique économique
ADP / Bruno Le Maire
Avec le RIP, la privatisation d'ADP est-elle remisée au hangar ?
C’est une première. Dans une procédure inédite, les parlementaires des deux chambres du Parlement ont uni leurs forces politiques - malgré les désaccords - pour faire émerger un "R.I.P.", (référendum d’initiative partagée), pour tenter d'empêcher la privatisation d'Aéroports de Paris. Ainsi, 197 députés et sénateurs de tous bords politiques (communistes, socialistes, Les Républicains ; Liberté & Territoires à l’Assemblée nationale) ont déjà accepté de signer cette demande de référendum. C’est donc validé pour le côté parlementaire, la loi exigeant au minimum 185 signatures.
Mais tout est encore loin d’être gagné. Car cette procédure longue, politiquement difficile à mettre en place et complexe dans son fonctionnement, n’en est qu’à ses débuts. C’est pourquoi la proposition parlementaire de mise en place d’un référendum doit être désormais examinée par le Conseil constitutionnel. Une fois que les sages du Conseil valident, il faudra encore que la proposition soit signée par 10 % du corps électoral, soit environ… 4,5 millions de Français ! Et, enfin, si tout cela est bon, il faudra… organiser ledit référendum, avec toute la logistique lourde et complexe qui suit.
Même si politiquement, le trajet semble encore long, le coup politique est là : les oppositions se sont fédérées, et cette initiative a permis de faire une conférence de presse commune mêlant députés communistes et Républicains. De quoi faire réfléchir le ministre de l’Économie Bruno Le Maire qui, au fil des semaines, semble de plus en plus mal à l’aise pour défendre cette privatisation. En "off", des marcheurs doutent aussi. Ce "RIP" est une épine dans le pied de Bercy (une de plus), qui voit désormais les oppositions rassemblées contre ce projet aventureux.
Côté économie aussi, les défenseurs de cette privatisation ont du pain sur la planche. Le groupe Aéroports de Paris a publié d'excellents résultats en 2018, avec un gros dividende pour l'État. Le concessionnaire des aéroports de Roissy-CDG et Orly a publié un résultat net en hausse de 6,9 %, à 610 millions d'euros en 2018, avec 281,4 millions de passagers (en hausse de 7,6 %), devenant par ailleurs le numéro un mondial de la gestion aéroportuaire. Le groupe a décidé de fixer son dividende à 3,70 euros par action au titre de 2018 (contre 3,46 euros en 2017) et s'est engagé à continuer à verser 60 % de son résultat net en dividendes en 2019 et 2020. Dès lors, priver l'État de ces cash flows serait une grossière erreur, comme celle initiée par le gouvernement Chirac-Jospin en 2002 lorsqu'il a entamé la vente au privé des autoroutes françaises, qui affichent aujourd'hui une rentabilité exceptionnelle.
Cette privatisation donnerait par ailleurs à ses nouveaux propriétaires le fruit injustifié d'un pur monopole pour cette activité qui n'a pas de concurrents en France. L'État, qui cherche à vendre l'un de ses biens les plus chers pour combler son découvert, pourrait en fait dilapider son patrimoine. Nul doute que l'opinion française rejettera la vente à des investisseurs privés car l'oeil du gouvernement sur ce fleuron industriel rassure, pendant que l'alliance Renault-Nissan sombre dans les scandales.
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