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Maison de retraite / Orpea / Prise en charge de la dépendance
Le nouvel Orpea est déjà beaucoup moins rentable
De mal en pis. Dans le scandale provoqué par la sortie en début d’année du livre-enquête Les Fossoyeurs (Editions Fayard) dénonçant de graves pratiques dans les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) du groupe, les actionnaires d’Orpea ne sont sans doute pas les victimes inspirant le plus de sollicitude. Force est de constater en tout cas qu’ils n’ont pas fini de manger leur pain noir.
L’action du numéro un de la prise en charge de la dépendance en Europe plonge lundi de plus de 20%, sous 17 euros, une première depuis 2005, sachant que l’entreprise s’était introduite en Bourse en 2002 (à 12,80 euros). Les plus de 8 milliards de capitalisation boursière atteints au plus haut en 2020 sont loin. A l’heure actuelle, Orpea ne vaut plus qu’un milliard d’euros.
Une destruction de valeur massive qui fait écho au changement de modèle économique découlant du scandale et des enquêtes menées par le gouvernement, qui sera donc, a priori, davantage tourné vers le bien-être des pensionnaires et la qualité de ses prestations, au détriment de la rentabilité. Ce que les résultats du premier semestre de l’année en cours ne permettent d'ailleurs pas encore totalement de mesurer, bien qu’ils préfigurent déjà une année plus difficile que prévu.
Effets inflationnistes
Le groupe a publié lundi des indicateurs financiers semestriels préliminaires montrant un recul de sa marge d’excédent brut d’exploitation avant loyers (Ebitdar) passée de 24,9% au premier semestre 2021 à 18,5% un an plus tard. Deux tiers de cette baisse provenant de la non réduction des compensations relatives au Covid-19 et la non reconduction de "produits non spécifiques" perçus l’an dernier. Le tiers restant provient d’une augmentation des autres coûts dans un environnement fortement inflationniste sur les achats. Dans le même temps, les tarifs pratiqués pour les patients et résidents sont demeurés quasi stables à court terme, les dommages importants subis par la réputation d’Orpéa ne favorisant pas les relèvements de tarifs.
"Les effets inflationnistes les plus marqués ont porté sur les denrées alimentaires et surtout sur l’énergie", a souligné l’entreprise. Un point qui risque de continuer à peser sur ses finances au cours de la seconde partie de l’année. La société n’est que partiellement couverte sur ses achats d’énergie sur l’exercice 2022 et ne dispose notamment pas de couverture sur l’électricité.
Autre élément à prendre en compte, le groupe a annoncé fin août qu’il rembourserait 25,7 millions d'euros aux pouvoirs publics sur les 55,8 millions d’euros qui lui sont réclamés. Cette somme correspond notamment aux remises de fin d'années octroyées par ses fournisseurs pour des achats qui avaient été financés par la Sécurité sociale, les fameuses "rétrocommissions" ou "marges arrière".
Un important programme d'embauches
Surtout, sous la pression médiatique et étatique, le groupe, dont la faiblesse des effectifs a été pointée dans le cadre du scandale, a commencé à embaucher à tour de bras. Il prévoit de recruter de 550 personnes par mois jusqu’à fin 2022, dont la moitié d’aides-soignantes, puis 800 par mois à partir de 2023, ce qui ne sera pas sans effet sur sa profitabilité. Orpea prévient d’ailleurs que "la baisse de la performance financière observée au premier semestre se prolongera au second, et pourrait le cas échéant être amplifiée par la volatilité additionnelle observée récemment sur les marchés de l’énergie". La marge d’Ebitdar de l’année risque ainsi de s’inscrire sous les niveaux déjà très bas du premier semestre. Idem pour la marge opérationnelle, tombée à 3,6%, contre 11,1% à la même période il y a un an.
"Orpea se mobilise pleinement pour engager la transformation de l’entreprise et le retour à des pratiques durablement restaurée", a commenté Laurent Guillot, le nouveau directeur général du groupe. Une mutation qui ne devrait pas créer beaucoup de valeur actionnariale dans l’immédiat, sans choquer grand monde.
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