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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Macron s’en va t’en guerre !
par Yves de Kerdrel

Le Chef de l’État entame mercredi une visite d'état aux États-Unis. L’occasion, bien sûr de parler Ukraine, avec Joe Biden et son Secrétaire d’État, le très francophile Anthony Blinken. Mais aussi de mettre « les points sur les i » à l’occasion de cette nouvelle guerre commerciale et industrielle déclenchée par l’allié américain contre l’industrie Européenne avec « l’IRA » et ses milliards de dollars de subventions.

27/11/2022 - 06:30 Temps Lecture 13 mn.

 

Dans les médias et la presse économique, c’est encore ce que l’on appelle un sujet "à bas bruit". En revanche au sein des cercles de dirigeants, des organisations patronales, à Bercy, à Bruxelles, mais aussi lors de la récente réunion de la Trilatérale à Tokyo, la question des aides massives contenues dans "l’Inflation Reduction Act" ne cesse d’enfler. Car certains gros industriels, notamment allemands, ont déjà annoncé leur intention de délocaliser des usines. Même Stellantis serait sur le point de suivre le même chemin.

C’est la raison pour laquelle Emmanuel Macron a reçu à dîner à l’Élysée, lundi dernier une large délégation des patrons de l’European Round Table, le principal lobby industriel européen. Étaient présents Jean-Paul Agon de L’Oréal, Pierre-André de Chalendar pour Saint – Gobain, Jean-Pierre Clamadieu, le président d’Engie, Guillaume Faury, le CEO d’Airbus, Paul Hermelin de Capgemini, Christel Heydemann, la nouvelle CEO d’Orange, Florent Menegaux gérant de Michelin, Benoît Potier, président d’Air Liquide et Patrick Pouyanné pour TotalEnergies. Cornaqué par Thierry Breton et Bruno Le Maire, Emmanuel Macron a demandé à ces grands patrons de ne pas céder aux sirènes américaines et les a suppliés de continuer à investir en Europe et surtout en France.

 

Bruxelles se mobilise face à "l’IRA"

 

Plus l’administration de Bercy se penche sur ce sujet, plus elle découvre l’ampleur des dégâts que ces subventions pourraient produire sur les implantations industrielles européennes. Car si l’Inflation Reduction Act n’affiche qu’une enveloppe officielle de 370 milliards de dollars d’aides pour toutes les entreprises désireuses de traverser l’Atlantique, en fait la cagnotte réelle s’élève à près de 2 000 milliards de dollars si l’on inclut les effets de la loi bipartite sur les infrastructures et ceux de la loi sur les puces et la science.

Comme Thierry Breton l’a confié à La Lettre de L’Expansion qui sera publiée demain matin, Bruxelles ne reste pas inactive. Avec la préparation d’un package en plusieurs chapitres. D’abord l’un sur les prix de l’énergie. Mais pour l’heure l’Allemagne freine toujours la fixation d’un prix plafond d’achat du gaz indexé sur la référence du marché de Rotterdam. Ensuite avec des mesures ponctuelles à destination notamment des futures usines de fabrication de véhicules électriques. Cela résulte de discussions entre Bruno Le Maire et son homologue allemand, le libéral Christian Lindner. Enfin avec la préparation du "Raw Material Act" qui garantira l’accès des entreprises européennes aux matières premières stratégiques.

 

Visite déterminante à Washington

 

C’est dans ce contexte plutôt difficile qu’Emmanuel Macron décollera mardi soir pour Washington avec une importante délégation politique et économique, dont de nombreux patrons. Bien sûr il sera question de la situation internationale et des crises géopolitiques. D’où la présence du ministre des Armées, Sébastien Lecornu. D’autant qu’à la crise ukrainienne s’ajoutent maintenant l’offensive insupportable d’Erdogan - membre de l’OTAN - contre les kurdes de Syrie, qui étaient nos alliés dans la guerre contre l’État Islamique et l’annonce par l’Iran de l’atteinte d’un taux d’enrichissement inédit de son uranium.

Mais une grande part des discussions, tant avec le Secrétaire d’État au commerce qu’avec celui à l’énergie évoqueront ces milliards de subventions promises aux entreprises européennes. Et cela au moment même où après vingt années de désindustrialisation massive, l’Europe est parvenue enfin à relocaliser sur son territoire des sites stratégiques. Grâce aux effets des réformes Hartz décidées quand Gerard Schröder était chancelier allemand, et grâce à la politique de l’offre déroulée en France à partir de la mise en place du CICE, sans compter les efforts de Titan déployés par Nicolas Dufourcq avec Bpifrance, la part de l’industrie dans le PIB du pays a cessé de chuter.

 

Multiplication des feux orange sur la conjoncture

 

Tout cela intervient à un moment où un certain nombre de clignotants économiques passent à l’orange. Bien sûr, l'indice de confiance des ménages en France a très légèrement progressé en novembre, selon l'enquête mensuelle de conjoncture publiée vendredi par l'Insee. Cet indicateur a augmenté pour s'inscrire à 83 après 82 points en octobre. Mais à ce niveau, la confiance des ménages reste bien au-dessous de sa moyenne de longue période qui se situe à 100, ainsi que l’a rappelé l’Insee.

La crise énergétique, dont il est question chaque jour, est à l’origine de ce pessimisme ambiant. Selon la dixième édition de l'étude sur les dépenses et les habitudes de Français et des Européens réalisée chaque année par Intrum, 76 % des Français interrogés affirment que les dépenses énergétiques augmentent plus vite que leur revenu, contre 68 % à l'échelle de l'Europe. Une inquiétude qui peut s'expliquer en partie par une moins bonne connaissance financière et une plus grande difficulté à épargner, selon l'étude.

 

La précarité énergétique atteint les Français en profondeur

 

Avec un taux d'inflation de 5,8 % en 2022 selon la Banque de France, la hausse des prix n'a jamais été aussi élevée en France depuis les années 1970. Une conjoncture qui pèse lourdement sur le moral des Français. De fait, 81 % des Français affirment que la hausse des prix a fortement impacté les finances de leur ménage. Et si 16 % indiquent qu'ils n'en ont pas encore subi les conséquences, ils s'attendent à ce que cela soit le cas dans les mois à venir.

Des difficultés qui se matérialisent particulièrement au moment de régler leurs factures. Ainsi, au cours des 12 derniers mois, 17 % des consommateurs interrogés n'ont pas honoré le paiement d'une facture. Pour 41 % d'entre eux, la raison principale est le manque de moyens. Par ailleurs, 30 % confient qu'ils seront contraints de prioriser le règlement de certaines factures au détriment d'autres jugées moins prioritaires, pour faire face aux dépenses essentielles de leur ménage. Enfin, 38 % des répondants anticipent le fait qu'ils n'auront pas les ressources suffisantes pour honorer au moins une facture énergétique dans les mois à venir.

 

Villeroy reste confiant sur la maîtrise de l’inflation

 

François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France sait bien à quel point les préoccupations liées à l’inflation peuvent être mortifères pour l’économie, notamment en 2023. Si bien qu’il amplifie ses moments de pédagogie économique, comme il l’a fait en allant il y a quelques jours, à une heure de grande écoute, chez France 5. Pour y déclarer que l'inflation devrait atteindre son pic en France et en Europe d'ici le premier semestre de l'année prochaine.

Pour notre "grand argentier" : "Il est hors de question de laisser l'inflation s'installer, c'est une maladie de l'économie (...) l'inflation devrait culminer en France et en Europe d'ici le premier semestre de l'année prochaine". François Villeroy de Galhau a donc affirmé que l'inflation devrait revenir à environ 2 % - ce qui est l'objectif de la BCE - d'ici deux ou trois ans contre un taux d'inflation de 10,6 % en glissement annuel en octobre.

 

Nette contraction de l’activité en novembre

 

Comme l’a révélé WanSquare il y a quelques jours, l’activité économique privée de l’Hexagone se serait contractée ce mois-ci, d’après les résultats préliminaires de l’enquête de S & P Global conduite auprès des directeurs d’achat (PMI). Cela n’était plus arrivé depuis 20 mois (février 2021), la France était alors en train de se remettre de son deuxième confinement et nombre de mesures de restriction étaient encore en vigueur. L’indice PMI s’est établi à 48,8 points, contre 50,2 points en octobre (en dessous de 50 points, l’économie est dite en recul d’un mois sur l’autre).

Si la production manufacturière a diminué pour un sixième mois consécutif, c’est le retour à la baisse de l’activité dans le secteur des services qui a fait chuter l’activité globale rapporte cette passionnante enquête, qui pointe que les niveaux d’activité des entreprises privées françaises ont baissé sous l’effet d’un nouvel affaiblissement de la demande. Si contrairement à l’enquête de S & P Global, la Banque de France prévoyait – dans son dernier point de conjoncture - une croissance de l’activité en novembre, elle faisait également état d’un niveau record d’incertitude depuis de nombreux mois au sein du secteur des services (léger reflux dans le bâtiment et l’industrie). Ce brouillard explique en partie pourquoi les perspectives d’activité des entreprises à douze mois se sont détériorées en novembre, pour atteindre leur plus faible niveau depuis deux ans.

 

Les "gros yeux" du FMI vers Paris

 

Et pour finir de "plomber" l’ambiance économique de la semaine, le FMI a appelé la France à resserrer sa politique budgétaire dès 2023. L’institution de Washington estime que notre Pays doit commencer dès l'an prochain à assainir ses finances après la multiplication des dépenses "extrabudgétaires" prises dans le cadre du soutien au pouvoir d’achat et qui sont estimées à plus de 2 % de son PIB. Celles-ci ont pesé sur des finances publiques déjà très dégradées par la pandémie de Covid-19 durant lesquelles le gouvernement a notamment financé le chômage partiel et les fermetures de commerces au titre du "quoi qu'il en coûte".

Dans son document, le FMI, qui table toujours sur une croissance de 0,7 % l'an prochain en France, craint "un léger creusement du déficit" en 2023, citant la prolongation des mesures énergétiques et la poursuite de la suppression d'impôts de production pour les entreprises. Pourtant, un ciblage des aides en matière énergétique pourrait "en grande partie" permettre un resserrement budgétaire d'un quart de point de PIB, calcule le FMI, citant aussi un éventuel report des réductions d'impôts de production. Seule bonne nouvelle, dans ce ciel un peu sombre d’automne : le projet de loi sur la trajectoire des finances publiques qui a été malmené tant à l’Assemblée qu’au Sénat pourrait bientôt trouver une issue favorable en Commission Mixte Paritaire.

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