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Revoilà, enfin, la « mère des réformes »
par Yves de Kerdrel

La Première Ministre va dévoiler en fin de semaine les contours de la réforme des retraites avec une mesure d’âge qui braque d’emblée la totalité des syndicats. Et avec la perspective d’une forte mobilisation sociale dès le 11 janvier. Pendant ce temps-là, l’économie française termine l’année mieux que prévu avec une détente des prix de l’énergie.

11/12/2022 - 06:30 Temps Lecture 12 mn.

C’est donc jeudi prochain – en principe – qu’Élisabeth Borne présentera les grands points de la réforme des retraites sur laquelle Olivier Dussopt travaille depuis plusieurs semaines en ayant toujours maintenu le fil de la négociation avec les partenaires sociaux. À l’heure qu’il est nul ne connaît encore la manière choisie par la locataire de Matignon pour faire cette présentation très attendue. Édouard Philippe avait choisi de s’adresser aux membres du Conseil Économique Social et environnemental. C’était le 11 décembre 2019. Il y a trois ans jour pour jour.

De manière à déminer le terrain autant que possible, Élisabeth Borne – à laquelle il faut reconnaître la qualité de bien connaître le champ du social ; elle a été une bonne Ministre du travail – a reçu jeudi et vendredi les patrons de toutes les centrales syndicales. Et demain comme mardi, elle recevra les présidents de tous les groupes parlementaires. De son côté, le Chef de l’État a organisé mercredi soir à l’Élysée une réunion de "calage" avec les patrons des partis composant la majorité présidentielle, suivi d’un dîner de travail élargi à des personnalités comme Richard Ferrand (ex-Président de l’Assemblée) ou Aurore Bergé (patronne du groupe Renaissance à l’Assemblée).

 

Arbitrage final à l’Élysée

 

Lors de ce dîner - avec des fruits de mer en entrée - Emmanuel Macron a pris le temps d’écouter les tenants des deux lignes. Ceux qui sont plutôt sur une ligne dure, tant sur le contenu de la réforme, avec un âge légal porté à 65 ans, que sur la manière dont elle devra être discutée au Parlement, avec l’utilisation du 49-3 grâce au recours d’un projet de loi de financement de la sécurité sociale rectificatif. Et ceux qui souhaitent éviter l’épreuve de force. Avec la possibilité de "cranter" l’âge légal plutôt à 64 ans, comme le Chef de l’État en avait laissé entrevoir la possibilité lors de plusieurs de ses interventions.

Si ces deux rendez-vous vespéraux au Palais n’étaient pas destinés à être conclusifs, Emmanuel Macron a laissé entendre aux participants que son but était de tenir le plus longtemps possible sur la ligne des 65 ans. Avec sans doute – mais cela n’a pas été dit au cours du dîner – la possibilité de lâcher du lest en repassant à 64 ans, si l’épreuve de force, la mobilisation intersyndicale et les mouvements de grève devaient dégénérer. En revanche il semble que personne n’a exprimé le moindre état d’âme sur le recours au 49-3. Il faut dire que son usage s’est déjà largement banalisé. Comme Élisabeth Borne en a encore fait la démonstration en fin de semaine avec un huitième recours de manière à faire adopter définitivement le Projet de Loi de Finances par l’Assemblée nationale.

 

Bayrou met son grain de sel

 

De manière à assurer "la pédagogie" de cette réforme, François Bayrou, ès qualités de Haut-Commissaire au plan, a opportunément fait publier le lendemain de ce dîner à l’Élysée, une note de ses services sur les retraites proposant plusieurs leviers, dont un report de l'âge de départ et un allongement de la durée de cotisation. Se basant sur les analyses déjà publiées par le Conseil d'orientation des retraites, le Comité de suivi des retraites et France Stratégie, cette note rappelle qu’au cours des 25 prochaines années, "sans perspective de réformes, l'évolution démographique des différents régimes de retraite conduit, avec les hypothèses économiques proposées par le COR (7 % de taux de chômage et 1 % de gain annuel de productivité), à un déficit moyen annuel de 2,1 % du PIB". Ce qui "pose, de fait, la question de la soutenabilité" des régimes.

Fort de ce constat, le Haut-Commissariat au plan évoque plusieurs leviers. Avec notamment un report de l'âge de départ – deux scénarios à 64 ou 64,2 ans sont cités – et un allongement de la durée de cotisation. Ce qui permettrait de générer seraient "un puissant levier d'amélioration de l'équilibre financier des régimes", entre 10 et 20 milliards d'euros de recettes supplémentaires, représentant environ un tiers du besoin de financement annuel d'ici à 2047. L’autre piste évoquée consisterait à augmenter d'un point les cotisations patronales retraite, qui passeraient de 16,5 à 17,5 % du salaire brut, apportant 7,5 milliards d'euros, soit environ 15 % du besoin de financement. Cela, sans compter les facteurs macroéconomiques. En particulier, le retour au "plein-emploi", avec 1,5 million d'emplois supplémentaires. Ce qui produirait 10 milliards d'euros, soit 20 % du besoin de financement.

 

Les gros "à-côtés" de la réforme

 

Au-delà de la seule question de l’âge légal, les contours de la réforme doivent comprendre des points essentiels, comme la remise à plat des régimes spéciaux, la fixation d’une pension minimale à 1 200 euros, le sort des carrières longues et les facteurs de pénibilité Actuellement les personnes ayant commencé à travailler très jeunes peuvent partir deux ans avant l'âge légal ; c’est-à-dire 60 ans au lieu de 62 ans. À condition d'avoir rassemblé tous leurs trimestres. Le problème, c'est que si l'âge légal est porté à 65 ans, par exemple, ces mêmes personnes ne pourront partir qu'à 63 ans. Avec le risque que des salariés ayant commencé à 17 ans, soient obligés de travailler 46 ans. La piste actuellement sur la table, c'est de permettre un départ anticipé. Non pas deux ans avant, mais quatre ans avant le futur nouvel âge légal (donc 61 ans, par exemple, si l'âge légal est reporté à 65 ans).

L'autre sujet que surveille de très près le patronat, c'est la prise en compte de certains facteurs de pénibilité dans le privé. Il y en a trois : les postures pénibles, le port de charges lourdes et les vibrations mécaniques. Avant 2017, les salariés exposés cumulaient des points qui leur permettaient de partir plus tôt à la retraite. Désormais, ils doivent attendre d'être malades pour bénéficier d'un départ en retraite, après avis médical. Le gouvernement ne veut pas revenir à l'ancien système. À défaut, il envisage de favoriser le nombre de départs anticipés pour incapacité ou invalidité. Tout cela reste à arbitrer.

 

Éclaircie de fin d’année

 

L’annonce de cette "mère des réformes" intervient à un moment où la conjoncture hexagonale semble s’améliorer. L'économie française est en passe de terminer l'année avec une croissance légèrement positive au quatrième trimestre, a annoncé jeudi la Banque de France dans ses perspectives mensuelles. Nous devrions donc enregistrer un rythme de progression du PIB de 0,1 % au dernier trimestre 2022 par rapport aux trois mois précédents, après avoir enregistré une croissance de 0,2 % au troisième trimestre.

Dans l'enquête mensuelle de la banque auprès de 8 500 entreprises, les entreprises de services ont fait état d'une amélioration de l'activité tandis que l'activité était stable dans les entreprises industrielles et reculait dans la construction. L'enquête a également indiqué que les tensions de la chaîne d'approvisionnement s'étaient atténuées à leurs niveaux les plus bas depuis la flambée de l'année dernière, avec seulement 41 % des entreprises signalant des problèmes dans l'industrie et 36 % dans la construction.

 

La sagesse du Gouverneur

 

Par ailleurs la détente lente mais progressive se poursuit sur les prix de l’énergie. Les prix du pétrole sont tombés à leur plus bas niveau de l'année mercredi matin, signe clair d'un sentiment baissier. Même si Standard Chartered affirme que la baisse du pétrole est limitée car les fondamentaux sont favorables et qu'aucun catalyseur baissier majeur ne se profile. De son côté Fitch Ratings a réduit ses hypothèses 2022-2023 pour les prix du gaz TTF européen reflétant une baisse de la demande de gaz en Europe principalement en raison d'une consommation industrielle plus faible et d'un approvisionnement abondant en GNL. Quant aux factures d'électricité de l'industrie française, elles devraient bondir de 3,5 milliards d'euros l'année prochaine selon le syndicat français des industries consommatrices d'énergie.

Lors d’une intervention faite jeudi à la Toulouse School of Economics, à l’invitation de Jean Tirole, le Gouverneur de la Banque de France a fait un exposé très pointu concernant l’ampleur et la distribution des chocs sur l’énergie et sur les échanges commerciaux dans la zone euro et en France. À cette occasion il a chiffré à 47 milliards d’euros le coût du choc énergétique de cette année pour l’économie française. Ce qui équivaut à 1,9 % du PIB. Plus tôt dans la semaine, la Direction générale du Trésor avait fait part d’un chiffrage de 85 milliards d’euros. Mais avec une année de référence différente (2019 au lieu de 2021) et des hypothèses de prix plus élevées pour les quatre derniers mois de 2022. Ce qui a conduit François Villeroy de Galhau à affirmer qu’il pouvait être possible de tabler sur une estimation moyenne de 60 milliards d’euros, 2,5 % du PIB. Surtout, notre "grand argentier" a profité de cet auditoire influent pour réaffirmer que "les politiques publiques ne peuvent supprimer durablement la perte de revenu réel subie par l'économie nationale". Avant de rappeler que leur objectif doit être de se confronter au monde tel qu’il est et de surmonter des difficultés qui ne sont pas près de disparaître.

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