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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Retour à la case « Social »
par Yves de Kerdrel

La fin de l’année approchant, avec à la clé de nouvelles hausses de prix (énergie, alimentation, transport, …) les préoccupations sociales reviennent sur le devant de la scène après une bonne séquence internationale pour le Chef de l’État. D’autant plus que la négociation sur les retraites, qui se poursuit, touche aux sujets sensibles. Reste à savoir si la multiplication des mouvements de grève – pour l’heure sporadiques – va s’accentuer pour les fêtes de fin d’année.

04/12/2022 - 06:30 Temps Lecture 13 mn.

 

Commencée par le voyage au Vatican à la fin du mois d’octobre – où il a été beaucoup question d’Ukraine - la grande séquence internationale d’automne d’Emmanuel Macron s’est terminée par sa visite à Washington et à La Nouvelle Orléans. Les Américains avaient naturellement mis "les petits plats dans les grands" pour cette première visite d’état du mandat de Joe Biden. Avec le désir de réparer la vaisselle ébréchée entre les deux alliés historiques lors de l’annonce en septembre 2021 par Washington de l'alliance Aukus avec l'Australie et le Royaume-Uni qui avait suscité la colère de la France, privée d'un méga contrat de sous-marins avec Canberra. Mais aussi vexée d'avoir été tenue à l'écart dans une région clé, "l'Indo-pacifique".

Joe Biden a su charmer son jeune interlocuteur et apaiser les tensions en lui répétant qu’il était son relais principal en Europe dans le soutien apporté par les Occidentaux à l’Ukraine, mais aussi dans la recherche d’un éventuel dialogue avec Moscou lorsque les Ukrainiens le jugeront utile et possible. De fait, le seul sujet de friction de la semaine passée a porté sur les subventions massives proposées aux industriels européens dans le cadre de "l'Inflation Reduction Act". Emmanuel Macron a pu toucher du doigt la faible probabilité d’obtenir des "exemptions" pour quelques industries européennes. En revanche il en a tiré des leçons pour construire une parade "ad hoc" avec ses partenaires européens.

 

Une cote de confiance plutôt satisfaisante

 

Le Président Français estime que le déplacement à La Maison Blanche valait donc bien la peine. Et à son retour sur le sol hexagonal il a découvert que sa cote de confiance venait de remonter de 3 points selon le sondage mensuel réalisé par Elabe pour Les Échos et Radio Classique. Pour la dernière mesure de l’année 2022, la confiance accordée au président est donc supérieure d’un point à celle enregistrée au début de son second mandat. Elle s’inscrit dans la moyenne des mesures réalisées depuis plus de deux ans. Même si l’on enregistre un retour du clivage professionnel : 47 % des cadres font confiance à Emmanuel Macron (+ 10 points). À l’inverse, le Président enregistre une baisse de 4 points auprès des catégories populaires (28 %).

La confiance accordée à la première ministre, Élisabeth Borne, est également en hausse à 29 % (+2 points). Surtout, la défiance à laquelle elle doit faire face, si elle reste majoritaire, est en baisse de 5 points sur un mois, à 55 %. La confiance accordée par les Français est donc supérieure de 2 points à celle mesurée à sa prise de fonction ; la défiance a augmenté de 4 points sur la même période. Il reste que si Édouard Philippe se maintient à la tête du classement des personnalités politiques inspirant le plus confiance, c’est Marine Le Pen qui est en deuxième position. Plus grave : elle est la personnalité politique qui bénéficie du taux le plus élevé d’image "très positive".

 

Les dépenses des ménages baissent sévèrement

 

Tout cela nous ramène à la préoccupation principale actuellement en France : l’inflation. D’autant plus qu’à l’approche de la fin de l’année les annonces se multiplient sur des hausses de prix réglementés (énergie, transport, …). Au moment précis où les industriels et les distributeurs entament le marathon annuel des négociations tarifaires pour les produits qui seront dans les linéaires et les caddies en 2023. Avec à la clé des augmentations qui approchent souvent les 15 % pour un grand nombre de produits alimentaires de base.

Cette ambiance lourde pèse sur l'économie française qui a enregistré une faible croissance au troisième trimestre 2022, tandis que les dépenses des ménages ont chuté plus que prévu en octobre et que l'inflation est restée à un sommet de 7,1 % en novembre. Les dépenses de consommation ont diminué de 2,8 % en octobre en glissement mensuel contre des attentes d'une baisse de 0,6 %, reflétant notamment une baisse de 7,9 % de la consommation d'énergie dans un contexte de prix élevés de l'énergie aggravés par la guerre en Ukraine. Les prix à la consommation français ont augmenté de 6,2 % en glissement annuel en novembre, sans changement par rapport à octobre, reflétant la hausse des prix des produits alimentaires et un léger ralentissement des prix de l'énergie.

 

Signaux positifs à l’international sur l’inflation

 

D’un côté, le ressenti de la hausse des prix est très négatif chez la plupart des Français. Pour preuve : selon le nouveau baromètre Odoxa, l’inflation perçue par les Français est désormais de 16% (2,5 fois plus que le niveau enregistré par l’Insee)Mais de l’autre, les indicateurs macroéconomiques venus de la zone Euro et même des États-Unis sont plutôt rassurants. En novembre, la hausse annuelle des prix à la consommation de la zone euro s’est affichée en recul pour la première fois depuis juin 2021, montrent les données publiées par Eurostat. L’indice des prix à la consommation a progressé de 10 %, contre 10,6 % en octobre. Alors que la croissance économique mondiale ralentit, la diminution de l’inflation des Dix-neuf trouve son origine dans la dynamique des prix de l’énergie. Ils sont en baisse de près de 2 % par rapport au mois d’octobre. La baisse de l’inflation globale n’est sans doute pas l’information la plus cruciale parue cette semaine. Il s’agit plutôt de la stabilisation de l’inflation sous-jacente à un niveau élevé. Cette composante de l’inflation qui exclut les éléments les plus volatils que sont l’énergie et l’alimentation est à un niveau record de 5 %. Son étiage est de première importance car il permet aux banquiers centraux de se faire une idée du point d’arrivée de l’inflation globale une fois que les tensions sur les composantes volatiles se seront dissipées. Dans le détail, l’inflation des services atteint 4,2 % tandis que celle des biens non énergétiques s’établit à 6,1 %. Naturellement la première éclaircie sur le front de l’inflation ne va rien changer au fait que la Banque centrale européenne est certaine de relever ses taux d'au moins 50 points de base en décembre. Mais le "mieux" commence peut-être à arriver, à un moment où il est évidemment imperceptible par les Français.

 

Une musique plus rassurante venue des États-Unis

 

Et ce qui se passe de ce côté-ci de l’Atlantique ressemble curieusement à la "petite musique" que la finance américaine commence à faire retentir. À l’occasion d’un discours tenu devant l’Economic Club of New York, le président de la Réserve fédérale américaine, a déclaré que le moment de modérer le rythme des hausses de taux pourrait survenir dès la réunion de décembre (13 et 14 décembre). Pour mémoire, la Fed avait augmenté ses taux d’intérêt de 75 points de base lors de chacune des quatre dernières réunions du Comité de politique monétaire (FOMC) – aujourd’hui le taux d’intérêt directeur est dans une fourchette comprise entre 3,75 % et 4 %. Évidemment ces propos ont fait bondir les marchés la semaine passée.

Mais il paraît clair que la politique monétaire affectant l'économie et l'inflation selon des délais toujours aléatoires, cette fois-ci le pic d’inflation semble être passé aux États-Unis (sur un an elle s’affichait à 7,76 % en octobre contre 8,99 % lors du plus haut en juin). Concentrant son analyse sur l’inflation sous-jacente (celle qui exclut les composantes les plus volatiles que sont l’énergie et l’alimentation et que les banquiers centraux ont particulièrement à l’œil), Jerome Powell a précisé que les prix des biens "cœur" devraient commencer à exercer une pression à la baisse sur l'inflation globale dans les mois à venir ; une détente permise grâce à l’atténuation des tensions sur les chaînes d’approvisionnement qui avaient émergé lors de la reprise économique mondiale post-confinements. Il reste que les salaires nominaux progressent à 7 % par an, soit un rythme très supérieur à celui qui serait compatible avec une inflation de 2 %.

 

La concertation sur les retraites rentre "dans le dur"

 

La question du pouvoir d’achat revient donc en force en ce début de mois de décembre. Et avec un aspect d’autant plus sensible que les partenaires sociaux sont engagés dans une longue concertation – si sensible ! – sur la réforme des retraites. Et ce n’est qu’au cours des tous derniers jours qu’ils ont commencé à aborder le sujet "qui fâche" : celui de l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans, promesse de campagne d'Emmanuel Macron. Cette borne n'est toutefois pas figée dans le marbre et pourrait être modifiée au fil des discussions, explique-t-on à Matignon à quelques jours de la présentation du projet de réforme. Pour le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, le gouvernement maintient sa feuille de route. Tout en ajoutant que "l'âge de 65 ans a été donné, ce qui ne veut pas dire que la concertation ne sera pas utile, nécessaire, et qu'elle ne peut pas faire changer les choses".

Du côté de la CGT – toujours à la table des négociations - on craint qu'une autre piste soit envisagée, celle d'un mix entre une augmentation de l'âge légal à la retraite à 64 ans et une accélération du calendrier de la réforme des retraites de 2014 qui doit porter la durée de cotisation à 43 ans. Cette proposition a été portée par le groupe Les Républicains au Sénat dans un amendement au Projet de loi de financement de la sécurité sociale qui a été rejeté. De manière à aborder cette dernière ligne droite sur un front commun les organisations syndicales doivent se réunir demain, lundi, pour décider d'éventuelles actions communes. FO et la CGT ont déjà mobilisé leurs troupes pour descendre dans la rue en janvier. Quant à Laurent Berger, toujours perché sur son Aventin, il prédit que "sortir un âge légal de départ à la retraite à 64 ou 65 ans fin décembre et début janvier, c'est mettre beaucoup de conflit dans le pays". Pour l’heure seules des grèves sporadiques frappent la SNCF et menacent le secteur aérien pour la période des fêtes. Le Social est bel et bien de retour.

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