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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Y a-t-il un pilote dans l’avion ?
par Yves de Kerdrel

La réforme des retraites est sur la table depuis maintenant un mois. Et le gouvernement continue de l’expliquer en semant davantage le doute qu’il ne lève les ambiguïtés à chacune de ses interventions. Le texte arrive demain dans l’hémicycle. Mardi, une nouvelle journée de mobilisation a lieu. C’est un moment important. Et pourtant tout donne le sentiment qu’il n’y a plus personne aux commandes. 

05/02/2023 - 06:30 Temps Lecture 14 mn.

 

Où est passé Emmanuel Macron ? À l’Élysée on fait dire que le Président travaille et soutient sa Première Ministre. Mieux que cela : il ne craint pas les Français et ira donc le 25 février prochain passer douze heures à leur contact au Salon de l’Agriculture. Comme si de rien était. Avant de s’envoler pour une tournée africaine qui l’emmènera dans quatre capitales importantes du continent noir. Entre-temps il passe beaucoup de coups de téléphone sur le dossier du Stade de France qu’il souhaite voir acquis par le PSG, donc les Qataris, et se prépare à recevoir l’émir de ce petit état pour en parler de visu. Bref le message est "business as usual".

Invité il y a quelques jours d’une matinale, un pilier de la Macronie débriefe son intervention avec les journalistes politiques d’une grande radio d’information autour de la machine à café. Son pronostic est clair. "Cette réforme ne peut pas passer. Soit c’est le scénario de 1995 avec un blocage du pays puis un retrait du texte et une dissolution. Soit c’est 2006 avec le CPE et un texte qui est voté à l’arraché mais n’est pas promulgué". Inutile de dire que ce ministre est assez peu visible dans les médias actuellement pour soutenir la réforme des retraites.

 

Pour les Français la réforme n’est ni juste ni nécessaire

 

Envoyée au feu jeudi dernier sur France 2 face à Caroline Roux pour défendre une fois encore son projet de réforme des retraites, Élisabeth Borne faisait pitié. Comme à son habitude elle était venue avec ses réponses qui ne correspondaient pas nécessairement aux questions de la journaliste politique du Service Public. Son but faire de la pédagogie. Sans comprendre que ce temps-là est dépassé. Et qu’aujourd’hui chaque temps d’antenne consacré à expliquer les tenants et les aboutissants de cette réforme est perdu, ou se retourne contre le texte. Tant les adversaires officiels et la lâcheté de certaines voix autorisées (comme le COR) ont réussi à faire croire que cette réforme n’avait rien d’impératif.

Déjà depuis quelques semaines, les Français ont pris conscience que la réforme n’était pas aussi équitable que ce qui avait été annoncé, à cause d’un problème concernant les femmes ayant élevé des enfants, voire de certaines carrières longues. Désormais ils s’auto-persuadent avec l’aide de prétendus experts que cette réforme n’est pas nécessaire. Ou encore c’est l’entre-deux de Marisol Touraine ou de François Hollande. C’est-à-dire que l’on peut poursuivre le passage à 43 années de cotisations, mais sans toucher à l’âge légal. Ce qui déforme toute l’équation financière de la réforme.

 

Deux hommes clés : Éric Ciotti et Laurent Berger

 

Du côté des opposants à la réforme, c’est-à-dire l’intersyndicale, ils savent que désormais le sort politique du pays commence à être dans leurs mains. Surtout après les manifestations records du 31 janvier qui ont fait descendre dans la rue le plus grand nombre de Français depuis trente ans. Le rôle de la CFDT et de son leader, Laurent Berger, y est pour beaucoup. D’où sa volonté de faire en sorte que ce mouvement de grèves et de marches reste sous contrôle. En essayant d’éviter une grève – impopulaire à la SNCF – le samedi 11 février, premier jour des départs de sports d’hiver.

Le patron de la CFDT, que l’on dit déterminé à faire échouer ce texte, ne se satisferait même pas de la seule modification envisagée actuellement à Matignon et qui porte sur un aménagement du dispositif des carrières longues. C’est-à-dire un abandon de l’âge légal à 64 ans pour ceux qui ont commencé à travailler entre 20 et 21 ans. Une demande faite notamment par Les Républicains les plus opposés au texte, comme Aurélien Pradié. Toute la question est de savoir si – après avoir dit que l’âge légal de 64 ans n’était pas négociable – la locataire de Matignon peut céder sur ce point avec un coût politique à la clé et un coût économique d’environ 1 milliard d’euros pour l’ensemble de la réforme sans être certaine pour autant que toutes les voix LR viendront bien sur le texte. Dans le Journal du Dimanche de ce matin, la Première Ministre a décidé de franchir le Rubicon et de donner satisfaction à Eric Ciotti. Il n'est pas certain pour autant que ce geste - contraire à son engagement de ne pas toucher aux 64 ans - suffise à calmer la Rue. La salle des quatre colonnes, au mieux. Mais pas davantage...

 

Emmanuel Macron semble ailleurs

 

Dans l’entourage d’Élisabeth Borne, une chose est certaine, on s’étonne beaucoup de la distance prise par Emmanuel Macron sur ce sujet. Comme si le Chef de l’État s’inscrivait déjà dans une forme "d’après". Il a fait part à certains de ses proches de son intention de dissoudre, quelle que soit l’issue du texte. Mais avec un scénario plus proche de 1997 que de 1968 ou de 1962 à la clé. Un remaniement est également évoqué. S’il était normal que le Président de la République laisse la cheffe du gouvernement porter cette réforme, il l’est tout autant qu’à un moment il reprenne les choses en mains, surtout si l’on se dirige vers une impasse.

Mais le problème, c’est qu’il n’en a aucune envie. Son intérêt ne se porte que sur les questions internationales. Surtout, il nourrit désormais une espèce de désillusion à l’égard de ses propres amis, des députés Renaissance qui ne veulent pas de cette réforme, de François Bayrou et d’Édouard Philippe qui lui savonnent la planche ou de ministres trop bavards et trop inconsistants. De fait, il est condamné à attendre que quelque chose se passe dans le Pays. Il a donc perdu la capacité de surprendre et celle de prendre une initiative. Ce qui est très dangereux dans le cadre institutionnel de la cinquième République.

 

Grande lassitude du Pays

 

La solution la pire pour l’exécutif serait que cette réforme passe finalement en force au parlement grâce aux facilités offertes par l’article 47.1 et par l’article 49.3 de la constitution. Et qu’elle soit appliquée à des Français exténués par quatre années ininterrompues de crises (gilets jaunes, Covid, inflation, guerre, énergie et sécheresse). Beaucoup d’entre eux n’auraient plus rien à perdre à "bordéliser le Pays" comme l’a si élégamment déclaré le Ministère de l’Intérieur ou à jouer la carte de l’extrême-droite.

Voilà pourquoi l’indicateur le plus surveillé, tant par les syndicats que par la Police, ou le renseignement territorial, c’est l’importance des manifestations dans les sous-préfectures. Là s’y exprime un ras-le-bol qui dépasse la seule hostilité à la réforme des retraites. Or c’est aussi de cette France des Invisibles qu’est partie la révolte des bonnets rouges sous François Hollande, puis celle des Gilets Jaunes.

 

La croissance tient le coup

 

Au chapitre économique, l’actualité est restée dense ces derniers jours. La croissance de l’économie française a continué de ralentir au quatrième trimestre tandis que l’inflation a légèrement accéléré en janvier, du fait, notamment, d’un net recul de la consommation des ménages couplé à une hausse des prix de l’alimentation et de ceux de l’énergie. Selon les estimations provisoires publiées mardi par l’Insee, le produit intérieur brut de la France n’a augmenté que de 0,1 % sur les trois derniers mois de l’année après 0,2 % au troisième trimestre. Pour l’ensemble de l’année 2022, l’activité économique a progressé de 2,6 %, contre un PIB à 6,8 % en 2021, année marquée par un rebond de l’activité après la pandémie.

Ces premières estimations sont cependant meilleures que celles des économistes interrogés par Reuters, qui anticipaient une stagnation sur le trimestre, ou de l’Insee lui-même, qui tablait dans sa note de conjoncture publiée en décembre sur une contraction de l’activité de 0,2 % au quatrième trimestre et une croissance de 2,5 % sur l’ensemble de l’année. L’acquis de croissance pour 2023, à savoir l’évolution du produit intérieur brut si l’activité stagnait sur le reste de l’année, s’établit à 0,3 %, conforme aux estimations de la Banque de France, qui tablait également sur une croissance de 2,6 % du PIB en 2022.

 

L’inflation reste soutenue

 

L’inflation harmonisée selon les normes européennes, qui permet les comparaisons avec les autres pays de la zone euro, a atteint 7 % sur un an en janvier contre 6,7 % en décembre, selon une première estimation publiée mardi par l’Insee. L’inflation calculée aux normes françaises, ou IPC, est, elle, en hausse de 6 % sur un an en janvier, après +5,9 % en décembre.

Cette hausse des prix à la consommation en janvier s’explique notamment, par celle des prix alimentaires (+13,2 % sur un an). Les prix de l’énergie (+16,3 % sur un an) rebondissent par ailleurs avec une hausse du tarif du gaz et la fin des remises à la pompe. La plupart des économistes s’attendent à ce que l’inflation reprenne une tendance à la baisse une fois que ces augmentations des prix de l’énergie se seront calmées. Le ministre des Finances, Bruno Le Maire, a toujours déclaré qu’il s’attend à ce que l’inflation en France recule à partir de la mi-2023.

 

Les Banques centrales ne fléchissent pas

 

Enfin comme cela était attendu la plupart des grandes banques centrales ont toutes pratiqué un relèvement de leurs taux d’intérêt au cours de la semaine écoulée. La Fed a annoncé une nouvelle hausse de son taux d’intérêt, mais il s’agit de la plus faible (25 points de base) depuis la première qu’elle avait décidée il y a maintenant près d’un an. Le taux d’intérêt directeur se situe ainsi désormais dans une fourchette comprise entre 4,50 % et 4,75 %. Pour rappel, une hausse de 50 points de base en décembre avait succédé à quatre hausses de 75 points de base. Si la désinflation est bien en marche outre-Atlantique un point préoccupe la Fed. Le marché de l’emploi est toujours tendu et les signes de rééquilibrage entre offre et demande demeurent très progressifs. De fait, l’on compte encore près de deux offres d’emploi par chômeur, en conséquence de quoi, la croissance des salaires nominaux, en rythme annualisé, s’établit à près de 4 %.

Quant à la Banque Centrale européenne, elle a décidé, pour sa part, d’une nouvelle hausse de 50 points de base de ses taux d’intérêt directeurs. Avec cette manœuvre, la politique monétaire de la BCE fait son entrée dans un nouveau territoire ; de fait, le taux d’intérêt nominal neutre, celui qui n’a ni effet accommodant ni restrictif est estimé autour de 2 % au sein de la zone euro. Nous souhaitons assurer "un retour au plus tôt de l’inflation vers son objectif de 2 % à moyen terme", a affirmé Christine Lagarde, qui a averti que les taux seront maintenus en territoire suffisamment restrictif pour atteindre ce but. Le Conseil des gouverneurs s’est également projeté sur sa prochaine réunion du 16 mars en dévoilant son intention de relever les taux d’intérêt de 50 points de base supplémentaires.

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