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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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La capitalisation, oubliée de la réforme
par Yves de Kerdrel

Alors que la réforme des retraites poursuit désormais son examen au Sénat, dans un contexte plus serein qu’à l’Assemblée nationale, le CAC 40 a établi un nouveau record historique sur fond de publications éblouissantes de bénéfices par les grands groupes cotés et d’un taux de rendement des OAT qui tutoie les 3 %. Une performance qui laisse perplexe de plus en plus d’experts.

19/02/2023 - 06:30 Temps Lecture 11 mn.

 

Il arrive que l’actualité s’entrechoque pour le pire et pour le meilleur. Pour le pire : on a pu le voir cette semaine lors des débats parlementaires sur les articles 1 et 2 du PLFSSR portant réforme des retraites. Une grande partie des amendements examinés visaient tous à rétablir l’ISF ou à taxer sous une forme ou sous une autre les grandes fortunes. Avec comme exposé des motifs que puisqu’il manquera 17 ou 18 milliards chaque année à l’horizon 2030, il suffit de faire prendre cette charge par les plus grandes fortunes…

Naturellement le gouvernement n’a pas cédé et n’a pas renoncé à six années de politique de l’offre et de politique fiscale favorable aux entreprises et aux créateurs d’entreprises. Il reste, que dans l’esprit d’une grande partie du pays, il est évident qu’il "faut prendre l’argent là où il est". Plutôt que de contraindre doucement les Français à travailler deux ans de plus. Ce qui n’est pas tant qu’une question de cotisations supplémentaires à générer pour atteindre l’équilibre qu’une volonté d’avoir en France une quantité d’heures travaillées plus importante de manière à créer plus de richesse nationale par habitant.

 

Le pays se détraque mais les entreprises font des merveilles

 

Les très bons résultats publiés cette semaine par un grand nombre de stars du CAC 40 – et il en sera de même la semaine prochaine – avaient donc de quoi réjouir les investisseurs de tout poil. Ils sont venus apporter de l’eau au moulin de tous ceux qui, à gauche de l’hémicycle réclament aussi une hausse des cotisations patronales Il est vrai que certains résultats ont été fulgurants. Et même quand ils étaient décevants, comme ce fût le cas avec EDF, en raison d’externalités que tout le monde a bien comprises, le titre n’a pas été sanctionné.

Plus l’État se détraque, plus le pays juridique (pour ne pas reprendre l’expression très connotée de pays légal) s’effondre pilier par pilier, plus les entreprises privées se portent bien et même très bien. Il n’y a pas de lien entre la disparition de notre école d’excellence, de notre santé que nous enviaient tant d’autres pays, de notre armée, toujours à court de munitions, de notre justice, pour laquelle le mot prison doit être banni, de nos services publics, incapables de délivrer un passeport en moins de… six mois ou de notre agriculture qui ne produit plus ce fameux or vert qui faisait notre fierté dans les années soixante-dix, puisque l’an passé la balance commerciale agricole a été déficitaire pour la première fois et les résultats du CAC 40. Il y a d’un côté une France qui est pilotée (au sens du pilotage de la performance) et de l’autre une France qui est à l’abandon ou en déshérence.

 

L’ambition contrariée d’Ernest-Antoine Seillière

 

J’écrivais plus haut que l’actualité économique peut s’entrechoquer pour le meilleur. Je faisais référence à une discussion que j’avais eue il y a un peu plus de vingt ans avec Ernest-Antoine Sellière, qui venait de prendre la présidence du Medef après le claquage de portes de Jean Gandois, dupé dans l’affaire des 35 heures, par son ancienne directrice générale déléguée chez Pechiney, Martine Aubry. Le patron de Wendel auquel je demandais quelle serait sa priorité me répondit : la retraite par capitalisation. Et comme il me voyait un peu étonné par ce thème, compte tenu de l’actualité des 35 heures, il a pris son ton le plus pédagogue pour m’expliquer :

"Voyez-vous, mon cher Yves, nous sommes au début d’une grande vague de mondialisation. Comme nous avons de très belles entreprises françaises, celles-ci vont en profiter fortement, qu’elles soient mondialisées ou installées en France sur une niche. Et en tant que français comme en tant que président du patronat français, je serai bien malheureux de voir que, chaque année, les bons résultats de nos entreprises profitent aux retraités de l’Ontario, aux enseignants californiens, aux fonctionnaires du Québec ou aux veuves écossaises, mais pas aux Français." Il a tout fait, mais la méfiance à l’égard de la bourse, le totem de la répartition écrit en lettres de sang par le Conseil National de la Résistance, et la crise financière de 2008 ont constitué des forces de rappel trop importantes.

 

La capitalisation existe et ça marche

 

Aujourd’hui non seulement ceux qui bénéficient d’une retraite par capitalisation, et qui pour la plupart se la sont constituée eux-mêmes, afin d’éviter de se voir abreuvés d’obligations d’état sous l’enveloppe pudique d’assurance-vie, ont un capital qui est au plus haut, à l’instar de l’indice CAC 40 et bénéficient de dividendes records, les entreprises françaises étant contraintes de s’aligner sur les standards internationaux de leurs secteurs. C’est ainsi que Christel Heydemann a formidablement bien passé son examen de passage en promettant plus de génération de cash et plus de dividendes.

On s’étonne que des personnalités comme Bernard Arnault, François Pinault, Vincent Bolloré, Xavier Niel et tant d’autres, affichent aujourd’hui des fortunes hors normes. Comme s’ils avaient bénéficié d’une martingale particulière. Leur martingale a consisté à croire dans leur propre entreprise et à distribuer des dividendes dont ils étaient les principaux bénéficiaires. Ils apportent, à tous ceux qui s’échinent à poser des rustines sur la retraite par répartition, la preuve que la capitalisation reste le meilleur de tous les systèmes.

 

Du sang froid pour les amateurs d’actions

 

Pour beaucoup d’observateurs, voir le CAC 40 battre un nouveau record historique alors que les coûts énergétiques repartent à la hausse, que les Russes préparent une large contre-offensive en Ukraine, que les banques centrales n’en ont sûrement pas fini avec les hausses de taux et que les facteurs d’incertitudes restent nombreux laisse pantois. Il est vrai que tout le monde s’attendait à une récession aux États-Unis cette année, une en Allemagne, une en zone Euro, voire une en France. Et finalement il est probable qu’aucune n’ait lieu. C’est ce dont le marché prend conscience aujourd’hui. Que le pire qu’il redoutait en décembre dernier ne se produira pas.

Il reste qu’acheter des actions aujourd’hui, donc au plus haut historique mérite une sacrée dose de confiance. Alors que l’approvisionnement en gaz de l’hiver prochain sera très compliqué, du fait de la Chine. Avec de nouveaux risques géopolitiques comme l’Iran qui touche bientôt au but de son arme nucléaire et avec l’incertitude qui pèse sur Taïwan. Si bien que Warren Buffett a vendu il y a quelques jours tous ses actifs dans l’ancienne île de Formose. D’autant que les relations sino-américaines ne sont pas au meilleur de leur forme.

 

Quelle inflation vise la BCE ?

 

Alors que nous sommes à mi-chemin entre deux hausses de taux décidées par la BCE François Villeroy de Galhau est revenu vendredi dernier, à l’occasion d’un déjeuner-débat organisé à l’initiative du Club des Banques et de la Finance et du Centre des Professions Financières sur le taux "terminal" de la Banque Centrale. Ce faisant, il a donné son sentiment quant au point haut que devrait atteindre le taux de la facilité de dépôt ainsi que la durée pendant laquelle il s’y maintiendrait.

Concernant le calendrier, il estime probable que le pic soit atteint d’ici l’été "qui juridiquement se termine en septembre", a-t-il rappelé. "Nous irons probablement au-delà de 3 %, mais il n’y aura ni automatisme à agir à chaque Conseil, ni impossibilité d’agir ensuite si des éléments nouveaux le justifiaient", a-t-il déclaré. Ensuite, le grand argentier souhaite observer un retournement de la trajectoire de l’inflation, non seulement sur l’inflation totale – nous en sommes sans doute proches –, mais surtout sur l’inflation sous-jacente hors notamment prix de l’énergie – décalée potentiellement de plusieurs mois. Alors que l’inflation sous-jacente s’est établie à 5,2 % sur un an en janvier, François Villeroy de Galhau a justifié son vif intérêt pour cette variable. "C’est cette inflation sous-jacente que la politique monétaire peut le mieux traiter, et qui informe le mieux sur la trajectoire de moyen terme de l’inflation totale", a-t-il avancé. Pour mémoire, la BCE vise une inflation totale de 2 % l’an à moyen terme. Une fois que les taux d’intérêt auront atteint leur niveau terminal, la question de les baisser ne se posera sûrement pas pour cette année, a prévenu François Villeroy de Galhau. "Le critère central me semblera ici être le retour à des perspectives d’inflation compatibles avec notre cible de 2 %, solidement et durablement", a-t-il conclu.

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