éditorial / Yves de Kerdrel
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Yves de Kerdrel
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Le « CAC 40 bashing » change de nature
par Yves de Kerdrel
À un moment où la plupart des grandes entreprises françaises publient des résultats records concernant l’exercice 2022, les critiques portent désormais moins sur l’ampleur des bénéfices et celle des dividendes que sur l’origine des profits. Avec à la clé des leçons de morale de la part de diverses ONG qui multiplient les attaques contre plusieurs grands groupes en s’appuyant sur la loi concernant le devoir de vigilance. Une véritable boîte de pandore juridique.
C’est une pluie de records qui tombe sur le CAC 40 depuis un mois avec la publication de bénéfices plus élevés qu’ils ne l’ont jamais été. Le secteur du luxe a fourni des chiffres impressionnants avec notamment LVMH et Hermès. Celui de l’énergie a essayé d’être aussi discret que possible pour faire part de chiffres véritablement incroyables, chez TotalEnergies ou Engie. La banque également a battu des records avec BNP Paribas qui a dégagé un bénéfice de plus de 10 milliards d’euros. Enfin l’automobile a brillé de mille feux avec Renault qui est revenu à une situation plus confortable et surtout Stellantis qui a dégagé près de 17 milliards d’euros de profit deux ans seulement après sa création.
À part ceux de TotalEnergies qui ont valu à des activistes d’aller repeindre en rouge la façade du siège du groupe énergétique, ces résultats n’ont pas été vraiment critiqués, alors que le climat était pourtant favorable aux diatribes, compte tenu de la réforme des retraites, des tensions inflationnistes ou des pressions sur le pouvoir d’achat. Ce qui prouve que les entreprises françaises ont appris à mieux communiquer sur leurs profits. D’une part en ne se félicitant plus de battre des records. D’autre part en montrant autant leurs performances financières que leurs performances extra-financières avec tout l’apport au pays et à la communauté nationale de ces grandes entreprises, grâce à leurs bons chiffres.
Des bénéfices records finalement bien acceptés
Tout cela va bientôt toucher à sa fin. Puisque la semaine passée, selon un décompte provisoire réalisé par l’AFP, 33 entreprises sur 40 avaient déjà publié leurs comptes au titre de l’exercice 2022 avec un bénéfice net part du groupe cumulé supérieur à 140 milliards d’euros, contre 128 milliards d’euros il y a un an. Rappelons que l’an dernier, une fois publiés les comptes de toutes les entreprises du CAC 40, les profits totaux s’étaient élevés à 156 milliards d’euros. Le record sera donc bel et bien battu cette année en dépit de la perte historique d’EDF (près de 18 milliards d’euros) qui ne fait pas partie, toutefois, du panier de l’indice CAC 40.
Au moment où le patronat et les syndicats viennent de conclure un accord historique sur le partage de la valeur, que la Première Ministre s’est engagée à traduire dans un cadre législatif, on a vu se multiplier les distributions de primes exceptionnelles. Pas moins de 2 milliards d’euros pour Stellantis. Une prime de 4 000 euros pour chaque collaborateur d’Hermès. Idem chez LVMH avec un chèque de 1 500 euros à ses salariés les plus modestes. On en passe et bien d’autres.
La boîte de Pandore du devoir de vigilance
Les ONG anticapitalistes se trouvent du même coup gênées dans leur volonté de critiquer ces "superprofits". Leurs diatribes récentes contre les milliardaires étaient tellement excessives qu’elles ont fini par être insignifiantes. Ces militants qui font de la vraie politique en se cachant derrière des calicots d’organisations humanitaires n’ont pas compris que les salariés sont fiers de travailler dans des groupes qui réussissent. Et qui gagnent, car ils vont chercher en dehors de la France, la croissance qui manque tant à notre pays.
De fait, ils ont trouvé une nouvelle arme terrible qui s’appelle le devoir de vigilance et qui est encore une spécificité du droit français avant d’être bientôt transposée dans le droit européen. Il s’agit d’un sujet très large – la bonne affaire pour les ONG – qui donne corps à une responsabilité sociétale obligeant l’entreprise à passer d’une institution centrée sur elle-même, ses clients et ses fournisseurs à une organisation plus ouverte sur le monde et l’environnement. Le devoir de vigilance fixe une obligation de résultat aux entreprises sur l’existence et la mise en œuvre d’un plan de vérification des acteurs de sa chaîne de valeur. En termes juridiques il n’intervient pas ex-post, pour réprimer un comportement délictueux ou réparer un dommage, mais ex-ante.
Le mauvais procès fait à BNP Paribas
Les Amis de la Terre, Oxfam France et Notre affaire à tous, trois ONG de défense de l’environnement, ont assigné jeudi dernier en justice BNP Paribas, première banque européenne, au titre de sa "contribution significative" au réchauffement climatique, après l’avoir mise en demeure le 26 octobre dernier en lui reprochant d’avoir comme clientes des entreprises du secteur pétrolier et gazier. Comme lors de la mise en demeure, l’angle d’attaque des ONG devant le tribunal judiciaire de Paris porte sur un éventuel manquement à ce fameux "devoir de vigilance" – un motif déjà utilisé par exemple contre TotalEnergies ou Danone, mais pour la première fois contre une banque.
Depuis 2017, la loi française sur le devoir de vigilance impose aux grandes entreprises de prendre des mesures effectives pour prévenir les atteintes aux droits humains et à l’environnement sur l’ensemble de leur chaîne d’activité. Dans un communiqué transmis à l’AFP, BNP Paribas a dit "regretter" la "voie contentieuse plutôt que la voie du dialogue". La banque avait déjà fait part de son "désaccord" avec ces ONG, dans un courrier consulté par l’AFP le 26 janvier en réponse à la mise en demeure, qui appelait à une réponse dans les trois mois. Les entreprises "ne peuvent pas se substituer au législateur", estimait alors la banque, se disant "en profond désaccord" avec l’interprétation faite de la législation sur le devoir de vigilance. Notons que BNP Paribas a annoncé le 24 janvier de nouveaux engagements climatiques en voulant diviser par cinq ses financements au secteur de l’extraction et de la production de pétrole.
Mardi, c’est au tour de TotalEnergies
De la même manière que ce sont, initialement, des organisations écologistes qui ont porté le thème absurde et malthusien du "partage du travail" en se servant du Parlement européen, seule enceinte, où elles ont voix au chapitre, ces mêmes ONG tentent maintenant d’obtenir une forme de décroissance en s’attaquant à la production de crédit, qui est l’un des moteurs de l’activité économique.
Cinquante ans après l’apparition des premières thèses sur la décroissance, lors du Club de Rome, les activistes écologistes poursuivent donc leur combat idéologique contre la croissance économique en s’attaquant à ses trois facteurs principaux : l’énergie, le travail (qui comme l’énergie se mesure en joules) et le crédit qui finance la poursuite de projets participant à la croissance de la richesse nationale. Il faut malheureusement prendre très au sérieux cette guérilla juridique, très organisée, menée par des idéologues et qui s’attaque à nos champions. Ce mardi 28 février TotalEnergies connaîtra, de son côté, le jugement du Tribunal judiciaire de Paris concernant une plainte déposée par une ONG sur le fondement du devoir de vigilance à propos de son projet en Ouganda et en Tanzanie.
Embellie de début d’année en zone euro
À noter, au chapitre économique, que la zone Euro a vu son activité économique progresser, en février, à un rythme record depuis mai dernier, selon l’enquête menée par S & P Global auprès des directeurs d’achats. L’indice PMI Composite, qui regroupe le secteur des services et le secteur manufacturier, a atteint 52,3 points (après 50,6 points en janvier), soit bien au-delà du seuil de 50 points qui sépare une contraction d’une croissance de l’activité, ainsi que du consensus des conjoncturistes interrogés par Reuters qui s’attendaient à 50,6 points.
Cette bonne dynamique de la situation serait à la fois portée par une amélioration des performances du secteur des services et par un retour en territoire de croissance de la production manufacturière. Cette dernière a pu profiter de l’atténuation continue des tensions affectant les chaînes d’approvisionnement. Les délais de livraison des fournisseurs ont baissé pour la première fois depuis janvier 2020, et ce à un rythme inégalé depuis mai 2009. Plus largement, l’expansion économique européenne s’est appuyée sur un raffermissement de la demande et un renforcement de la confiance, rapporte l’enquête. Alors que la Banque centrale européenne prévoit une contraction de l’activité de 0,1 % du Produit intérieur brut par rapport au trimestre précédent entre janvier et mars, ces dernières données PMI semblent plutôt conformes avec une croissance de 0,3 %, d’après les économistes de S & P Global Market Intelligence et Capital Economics.
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