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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Ça ne sent pas très bon !
par Yves de Kerdrel

À compter de mardi, la France risque d’être en partie bloquée. Avions, trains, métros, bus, écoles, … Une frange de l’intersyndicale a même déclaré vouloir mettre « l’économie à genoux ». Le ton se durcit alors que la réforme des retraites est examinée par les sénateurs dans un climat plus apaisé. Tout cela ne sent pas très bon. D’autant plus que derrière ce train se cache un autre, celui du mécontentement des Français devant la forte hausse des prix alimentaires.

05/03/2023 - 06:30 Temps Lecture 11 mn.

C’est la semaine de tous les dangers qui s’ouvre demain. Les syndicats qui ont rarement fait preuve d’une telle organisation ont épargné les vacances d’hiver, permettant à ceux qui le voulaient de se rendre à la montagne et de profiter des remontées mécaniques – même si la neige était de plus en plus rare. Mais à compter de ce lundi 6 mars, la trêve est terminée et les hostilités de l’intersyndicale reprennent. Elles ont même déjà commencé à la veille du week-end dans le secteur de la production d’électricité.

Demain nous allons assister à la grève des raffineries, de manière que les stations-service n’aient pas de carburant à vendre ce mardi 7 mars. Puis tous les moyens de transport (avions pour environ 20 à 30 % des vols, trains, métros et bus) auxquels il faut ajouter les écoles, collèges et lycées et les grands services publics. Emmanuel Lépine de la CGT chimie a déclaré la semaine passée : "si la question c’est mettre à genoux l’économie française, la réponse est oui".

 

Inquiétudes de Matignon sur l’après 7 mars

 

Il y a clairement un changement de ton depuis quelques jours du côté des syndicats. Outre cette déclaration très agressive, on a vu plusieurs syndicats s’accorder sur le caractère reconductible des grèves à la SNCF et à la RATP. Avec donc comme but de bloquer la France, non pas seulement le 7 mars, comme c’était l’idée initialement, mais de manière durable. Toute la question est de savoir si le front syndical restera uni sur la longueur et sur cette idée du blocage de l’économie qui rappelle la grève de novembre et décembre 1995 avec la réforme Juppé.

Une chose est certaine, il y a de fortes chances pour que la journée du 7 mars soit effectivement un succès pour l’intersyndicale, tant sur la question du taux de grévistes que sur celle du nombre de manifestants. D’où l’inquiétude de Matignon sur les suites qui seront données à ce succès avec le risque d’un blocage durable du Pays. Selon les premières indications des renseignements territoriaux il pourrait y avoir près de 1,5 million de Français dans la rue en dépit d’une météo maussade.

 

Inquiétude à bas bruit sur la hausse des prix des produits alimentaires

 

Le problème qui se pose au gouvernement n’est plus seulement de gérer un mécontentement qui dure et qui ne faiblit pas contre la réforme des retraites, mais aussi de gérer une fronde à bas bruit et donc non organisée contre la hausse des prix des produits alimentaires et donc l’érosion du pouvoir d’achat. Car il y a l’inflation officielle qui devrait atteindre son pic en avril avant de baisser assez nettement ne serait-ce que grâce à l’effet de base, c’est-à-dire la comparaison avec les chiffres de mai ou juin 2022 qui étaient déjà élevés, et il y a le sujet des caddies. Or selon certains organismes les prix de certains produits de base ont augmenté de 15 % en 2022. Et selon les négociations qui se sont achevées la semaine dernière entre distributeurs et industriels cette même hausse devrait atteindre au moins 10 % cette année. Ce qui revient à une envolée des prix de 26,5 % en deux ans. Un chiffre difficilement compréhensible pour le commun des mortels.

Bien sûr du côté des salaires, les NAO montrent que les entreprises jouent le jeu du maintien du pouvoir d’achat par rapport à l’inflation officielle. Bien sûr on voit de plus en plus de distributions de primes liées à la publication des bons résultats des grandes entreprises. Bien sûr la prime de partage de la valeur (dite PPV ou prime Macron) est désormais systématisée dans des entreprises de toutes tailles. Mais cela ne suffit pas à combler l’écart avec la hausse des prix des produits alimentaires de base.

 

Bercy veut sortir des mesures anti-inflation

 

Désormais, les ministres sont davantage interrogés par les médias ou par les parlementaires sur cette question du pouvoir d’achat. Comme on l’a vu avec Bruno Le Maire lors de la séance des Questions au Gouvernement, mardi dernier. De fait, le gouvernement a redit ces derniers jours sa promesse de "prix cassés" pour lutter contre l’inflation, notamment dans le domaine des denrées alimentaires. Il a affirmé travailler avec la grande distribution et avec les industriels, pour qu’in fine, quand un Français va faire ses courses, il puisse acheter les produits dont il a besoin au quotidien à prix cassés.

Bruno Le Maire a déclaré, de son côté, que l’exécutif travaillait sur des mesures pour contenir l’inflation avant d’appeler les distributeurs à faire un effort sur leurs marges afin d’éviter la flambée des prix alimentaires. Depuis quelques semaines l’idée d’un panier anti-inflation est sur la table, mais le gouvernement ne semble toujours pas avoir clairement tranché en sa faveur. Bruno Le maire a promis des annonces d’ici le 15 mars de manière à faire retomber l’appréhension des Français (qui se constate par la hausse du taux d’épargne). Le locataire de Bercy souhaite que le dispositif de soutien, actuellement en discussions avec les distributeurs et les industriels, touche tous les Français. En dépit des nombreuses promesses d’en finir avec le "quoi qu’il en coûte". "Je ne suis pas favorable à un dispositif trop ciblé", a déclaré le ministre de l’Économie et des Finances lors d’un déplacement au Salon de l’agriculture, ce jeudi avant de rappeler que "Tout le monde est touché par l’inflation alimentaire", y compris les classes moyennes.

 

La BCE au pied du mur

 

Outre les politiques, c’est aussi la Banque Centrale Européenne qui est visée dans sa politique de lutte contre la hausse des prix. Il faut dire que l’inflation annuelle a atteint 8,5 % en zone euro lors du mois de février, d’après les données publiées par Eurostat. Une baisse de 0,1 point par rapport à janvier particulièrement anecdotique étant donné que l’inflation sous-jacente, elle, a encore grimpé pour s’établir à un niveau record. Cette composante de l’inflation purgée des prix de l’énergie, de l’alimentation, de l’alcool et du tabac, soit des éléments volatils ou administrés, qui donne des indications sur le niveau futur de l’inflation globale, a progressé de 5,6 % sur un an. Dans le détail, sur douze mois, les prix des biens industriels non énergétiques ont crû de 6,8 % tandis que ceux des services ont augmenté de 4,8 %.

Compte tenu de la persistance d’une inflation sous-jacente, d’une inflation des produits alimentaires élevée et de l’absence de signes d’affaiblissement d’un marché du travail tendu, il est peu probable que la BCE mette fin à son cycle de hausse des taux dans un avenir proche. S’il ne fait désormais plus grand doute que la Banque centrale européenne augmentera ses taux d’intérêt directeurs de 50 points de base à l’occasion de la réunion du Conseil des gouverneurs du 16 mars, (le taux de la facilité de dépôt atteindrait 3 %), les données d’inflation sous-jacente semblent conforter le signal de hausses supplémentaires au printemps. Le marché anticipe un taux de dépôt terminal à 3,90 %. Interrogé par Reuters il y a quelques jours, Philip Lane, chef économiste et membre du directoire de la BCE, avait indiqué que ce qui se passera après la réunion de mars sera dépendant de trois critères. "Le premier élément est constitué par nos projections d’inflation, et j’entends par là l’ensemble de la trajectoire, et pas seulement le point final. Le deuxième est le progrès par rapport à l’inflation sous-jacente, et le troisième est une évaluation de la puissance et de la rapidité du resserrement monétaire".

 

Vers une révision à la hausse de la croissance

 

Les premiers chiffres de février concernant l’inflation "appellent à la vigilance, et à la persévérance" dans l’action monétaire de la Banque centrale européenne, a estimé pour sa part le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, devant la commission des Finances de l’Assemblée nationale. En France, l’indice des prix harmonisés IPCH, qui permet les comparaisons avec les autres pays de la zone euro, s’est inscrit en hausse de 7,2 % sur un an, contre une progression de 7 % attendue par les économistes interrogés par Reuters. Selon les prévisions, de la Banque de France, l’inflation devrait atteindre son pic au cours de ce premier semestre et pourrait avoir diminué de moitié en fin d’année. Mais cela reste encore trop pour François Villeroy de Galhau.

Lors de cette même audition devant les parlementaires, le Gouverneur de la Banque de France a indiqué que l’institution qu’il dirige reverra légèrement à la hausse, le 20 mars prochain, sa prévision de croissance de l’économie française pour 2023 qui se situe jusqu’ici à + 0,3 %. "Nous prévoirons en France une croissance faiblement positive pour l’année 2023 a priori un peu supérieure au + 0,3 % prévu en décembre avant une reprise attendue en 2024", a déclaré François Villeroy de Galhau devant la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Avant d’indiquer que l’activité fait preuve d’une meilleure résistance que ce qui était anticipé. Et que le risque de récession qui planait sur nos économies peut aujourd’hui être écarté, sauf évènement mondial majeur.

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