Macro-économie / Taux / Banque Mondiale
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Banque Mondiale
Cette croissance qui disparaît pour de bon / Le potentiel économique du globe ne ressortira pas indemne des dernières crises
"L’économie mondiale est peut-être en train de perdre une décennie." Indermit Gill, économiste en chef de la Banque mondiale et premier vice-président pour l’Économie du développement, alerte l’opinion sur la nouvelle "vitesse limite" de l’économie mondiale. Cet indicateur, qui est à comprendre comme "le taux de croissance maximal à long terme sans risque d’inflation", est censé selon La Banque mondiale "tomber à son niveau le plus bas depuis trois décennies d’ici 2030. "
Cette croissance potentielle est particulièrement sensible aux crises bancaires systémiques et aux récessions. Il est donc logique que la pandémie et la guerre en Ukraine aient durablement affecté son niveau, et ce "non seulement pour certains pays ou régions, comme cela s’est produit dans le passé, mais pour le monde entier." De fait elle était de 2,6 % entre 2011 et 2021 et a même connu une " chute brutale de près d’un tiers par rapport au taux de 3,5 % qui prévalait au cours de la première décennie de ce siècle."
Un pour tous et tous pour un
L’institution dirigée par David Malpass ne croit pas pour autant que la situation soit irrémédiablement compromise. Il est néanmoins essentiel d’agir vite et particulièrement en ce qui concerne les économies en développement, et ce "en grande partie à cause des faibles taux d’investissement : d’une moyenne annuelle de 6 % entre 2000 et 2010, ils (les taux de croissance moyenne potentielle) passeront à une moyenne de 5 % en 2011-21 et à 4 % pour le reste de la décennie."
Il faudrait donc sans tarder insuffler "une impulsion politique ambitieuse " tant "pour stimuler la productivité et l’offre de travail, accroître les investissements et les échanges, et exploiter le potentiel du secteur des services.". Retrouver une croissance potentielle plus importante pourrait ainsi passer par une réduction des coûts des échanges commerciaux : actuellement "les coûts du commerce, principalement associés au transport, à la logistique et aux réglementations, doublent actuellement le prix des biens échangés au niveau international."
Lever ces barrières douanières conjointement à une poursuite des investissements "judicieux et cohérents avec les principaux objectifs climatiques", serait à même d’accroître "la croissance potentielle de 0,3 point de pourcentage par an et renforcer à l’avenir la résilience aux catastrophes naturelles.", estime la Banque mondiale. Tout comme la poursuite de l’harmonisation des cadres monétaires, budgétaires et financiers à l’échelle internationale permettraient d’allouer le capital plus efficacement.
Nouveau moteur
Cependant ce ne sont pas uniquement les recettes du passé qui vont permettre de revenir à une croissance potentielle plus forte. Le président de la Banque mondiale l’a bien rappelé en martelant qu’il " faudra une combinaison exceptionnelle de politiques ciblées et une coopération internationale efficace pour relancer la croissance. "
Des solutions qui se trouvent principalement dans deux changements majeurs à apporter à nos sociétés ; la révolution du secteur des services et le défi gigantesque du marché du travail. Les exportations de services professionnels numériques seraient à même de générer " d’importants gains de productivité " et représentent déjà, à date de 2021, "plus de 50 % du total des exportations de services." De quoi légitimer une attention particulière, de la même façon qu'arriver à augmenter la participation au marché du travail va devenir crucial.
C’est près de " la moitié du ralentissement attendu de la croissance du PIB potentiel jusqu’en 2030 [qui] sera imputable à l’évolution démographique, notamment à la diminution de la population en âge de travailler et à la contraction de la main-d’œuvre à mesure que les sociétés vieillissent ". Ce qui fait dire aux équipes de David Malpass qu’assurer "une augmentation des taux de participation au marché du travail à la hauteur des meilleurs résultats des dix dernières années pourrait accroître les taux de croissance potentielle mondiaux de 0,2 point de pourcentage par an d’ici 2030."
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