éditorial / Yves de Kerdrel
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Yves de Kerdrel
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Bulletin de notes
par Yves de Kerdrel
À Bercy comme à l’Élysée on redoute un abaissement de la note de la France par Standard & Poor’s vendredi prochain. Cela aurait pu être au même moment qu’un défaut de paiement sur la dette américaine aurait pu intervenir sans l’accord trouvé cette nuit entre Kevin McCarthy et Joe Biden. Pendant ce temps Emmanuel Macron cherche une nouvelle issue politique, car il est désormais conscient que le 14 juillet prochain, il ne pourra rien annoncer aux Français contrairement à l’engagement qu’il a pris.
Jules Romains, un auteur qui n’est hélas plus à la mode malgré ses prodigieux "Hommes de bonne volonté" - qui peuvent nous occuper pendant plusieurs mois - écrivait : "Le temps passe. Et chaque fois qu’il y a du temps qui passe, il y a quelque chose qui s’efface." C’est une phrase que médite sans doute Emmanuel Macron en ce week-end ensoleillé dans le Pavillon de la Lanterne en bordure du Parc de Versailles, que son épouse et lui-même affectionnent tout particulièrement.
Le temps est déjà largement passé depuis son allocution du 17 avril au cours de laquelle le Chef de l’État s’était donné cent jours pour renouer le contact avec les Français et pour annoncer des mesures décisives en matière d’école, de santé, de formation, de lutte contre l’immigration illégale, de transition énergétique et de réindustrialisation. Mais rien ne s’est effacé des promesses présidentielles. Or le Président de la République avait donné rendez-vous aux Français le 14 juillet prochain pour tirer le bilan de ces cent jours. Un bilan qu’il sait maigre. Ce qui renforce un peu plus les tensions entre l’Élysée et Matignon. Car Emmanuel Macron reproche à Élisabeth Borne – avec laquelle il ne s’entend toujours pas – de n’avoir rien fait depuis la promulgation de la réforme des retraites.
Le chœur des vierges insoumises
À un an des élections européennes, le Président de la République consulte donc beaucoup. Il a réuni des économistes, comme nous l’indiquions la semaine dernière. Il a organisé un déjeuner avec quelques philosophes – exercice qu’il apprécie vivement – et un autre avec des sociologues. Ce qui s’est traduit par sa déclaration lors du dernier conseil des ministres sur la "décivilisation", mot emprunté à un ouvrage de l’écrivain d’extrême-droite, Renaud Camus. Ce qui a provoqué des cris d’orfraie de la part du chœur des vierges insoumises.
Il consulte également beaucoup sur le plan politique. À travers des discussions toujours très fréquentes avec Gérard Larcher, le Président du Sénat. Mais aussi avec François Baroin. Et à l’Élysée il s’entretient très fréquemment avec Julien Denormandie qu’il aurait aimé nommer à la place d’Alexis Köhler. Mais ce dernier ne veut pas quitter son poste, tellement précieux. Et l’ancien ministre de l’Agriculture ne veut surtout pas devenir Secrétaire Général de l’Élysée.
Lecornu en piste pour Matignon
De ce que nous savons de ces discussions et des diverses consultations avec les uns et les autres, Emmanuel Macron est aujourd’hui bien décidé à "user" Élisabeth Borne "jusqu’à la corde". C’est-à-dire jusqu’à la fin de l’été. D’autant plus que les sondages le concernant commencent à remonter sous l’effet des bonnes nouvelles économiques que nous évoquions il y a une semaine. À la rentrée de septembre, il pourrait décider de l’ouverture d’une nouvelle séquence avec comme Premier Ministre, Sébastien Lecornu, aujourd’hui ministre des Armées.
Tout cela au grand dam de Gérald Darmanin qui a pourtant tout fait, à la fois pour savonner la planche d’Élisabeth Borne, et pour essayer de faire croire qu’il est l’homme de la situation et le seul à pouvoir recréer un lien avec les députés LR, dont tout Premier Ministre a besoin pour légiférer. Il semble bien que l’actuel ministre de l’Intérieur a compris qu’il était sorti du jeu. Ce qui explique qu’il a décidé de se rapprocher d’Édouard Philippe, l’ennemi numéro un de l’Élysée.
Questions sur une cohabitation
Emmanuel Macron apprécie beaucoup Sébastien Lecornu. C’est ce dernier qui lui avait organisé les grands débats en Province qui ont permis de mettre à fin à la crise des "gilets jaunes". Par ailleurs il est satisfait de la manière dont il gère actuellement la Loi de Programmation Militaire qui pourrait bien être la seule grande réalisation du gouvernement prête pour le 14 juillet prochain. Mais le Chef de l’État ne se fait pas d’illusion sur le principal problème qui affecte l’exécutif. C’est-à-dire que son impossibilité de se représenter en 2027 le prive d’une très grande marge de manœuvre.
La seule manière, pour lui, de s’en sortir est donc d’entrer en cohabitation, comme l’avait fait François Mitterrand en 1993. Ce qui lui a permis de partir de l’Élysée tout auréolé de la gloire de la victoire de Jacques Chirac sur Édouard Balladur, qui était son Premier ministre et qu’il détestait poliment. Emmanuel Macron a bien ce scénario en tête. Mais il n’a pas encore choisi, entre Gérard Larcher et François Baroin, qui sera la victime d’une future cohabitation. Car le maire de Troyes, qui avait renoncé à incarner le camp LR lors de la présidentielle de 2022, regarde avec envie l’échéance de 2027. D’autant plus que l’actrice Michèle Laroque – qui ne voulait pas entendre parler de politique – ne partagerait plus sa vie. Une telle période de cohabitation avec un Premier ministre de droite sociale lui permettrait de mettre Julien Denormandie en orbite pour la présidentielle de 2027 afin d’éviter un match entre Édouard Philippe et Marine Le Pen.
En attendant la note de S & P
C’est ce qu’on appelle "tirer des plans sur la comète". Expression chère aux marins, auxquels appartient l’auteur de ces lignes. Car si les navigateurs se dirigeaient en fonction des étoiles - avant que le GPS vienne ruiner cette science – ils avaient bien du mal à interpréter les signaux envoyés par les comètes. Si bien qu’à bord d’un même bateau chacun avait sa propre interprétation. Pour l’heure l’urgence s’appelle Standard & Poor’s. Car cette importante agence de notation va rendre son verdict sur l’état de la France – et donc la solidité de sa signature en tant que créancière – ce vendredi 2 juin. Après que l’agence Scope, de moindre notoriété, l’a fait il y a deux jours.
Juste avant cette échéance, le gouvernement a multiplié les preuves de sa bonne volonté, en matière de réduction des déficits publics. La fameuse baisse d’impôt de 2 milliards d’euros à destination des classes moyennes est renvoyée aux calendes grecques. Idem pour la baisse des impôts de production. Le patronat n’a pas pu obtenir de garantie sur la mise en œuvre de la seconde tranche dans la prochaine loi de finances. Même motif et même punition pour le projet d’allègement des droits de succession. Par ailleurs Matignon a demandé à tous les ministères de lui faire parvenir la manière dont ils entendent réduire de 1 % les crédits qui leur ont été accordés pour cette année. Pas d’inquiétude en revanche du côté des recettes fiscales, qui n’ont jamais été aussi élevées, notamment s’agissant de l’impôt sur les sociétés.
La grande frayeur américaine
De leur côté les États-Unis risquaient de se retrouver en défaut de paiement le lundi 5 juin. Mais fort heureusement le président américain Joe Biden et le speaker républicain du Congrès Kevin McCarthy ont conclu pendant la nuit un accord provisoire visant à suspendre le plafond de la dette du gouvernement fédéral. Même si aucune des deux parties n’a fait preuve de satisfaction avoir enfin trouvé un terrain d’entente. Les négociateurs ont convenu de plafonner les dépenses discrétionnaires hors défense aux niveaux de 2023 pendant un an et de les augmenter de 1 % en 2025.
Cet accord évitera un défaut très déstabilisant pour la dette américaine, mais aussi pour l’ensemble des marchés financiers. Les républicains qui contrôlent la Chambre des représentants ont fait pression pour de fortes réductions des dépenses et ont vivement critiqué l’accord dès que les premiers détails ont été rapportés. De leur côté, Joe Biden et les démocrates ont fait pression pour augmenter les impôts des riches et des entreprises afin de réduire la dette tout en augmentant les dépenses pour certains programmes sociaux. Les parlementaires américains ont désormais 72 heures pour prendre connaissance de cet accord. Cela permettra de vérifier si suffisamment de membres modérés le soutiennent. Ensuite, il devra passer au Sénat, où il lui faudra au moins neuf voix républicaines pour être validé.
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