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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Recadrage
par Yves de Kerdrel

En apparence la tension est au paroxysme entre Emmanuel Macron et sa Première Ministre. Mais le recadrage de cette dernière après les propos qu’elle a tenus sur le Rassemblement National et le démenti apporté par le Chef de l’État ne sont que la face visible des intrigues qui se trament en coulisses au sujet de la succession d’Élisabeth Borne. Avec un Alexis Köhler qui ne veut entendre parler ni de Gérald Darmanin ni de Sébastien Lecornu.

04/06/2023 - 06:30 Temps Lecture 12 mn.

Alors que la première préoccupation du Chef de l’État devrait être de mobiliser son gouvernement sur la question des déficits publics, même si Standard & Poor’s a maintenu sa notation vendredi soir avec toutefois une perspective négative, il semble davantage préoccupé de continuer à saper le peu d’autorité qu’il reste à sa Première Ministre. Ce n’est pas par hasard si mardi dernier (car le Conseil des ministres était avancé d’une journée) l’AFP a publié une dépêche indiquant que le Président avait recadré Élisabeth Borne à la suite des propos qu’elle avait tenus dimanche sur Radio J en rappelant que le parti de Marine Le Pen est l’héritier de Philippe Pétain.

Bien sûr il ne s’agit pas là du témoignage d’une grande fulgurance intellectuelle et politique. Bien sûr de tels propos sont un peu datés et ressemblent plus à ce qu’un Jack Lang pouvait déclarer il y a quarante ans. Mais il n’y avait pas de quoi en faire toute une affaire politique. Or c’est justement ce que le Président de la République a choisi de faire en conscience en laissant publier cette dépêche. Que la Première Ministre ait été recadrée lors du face-à-face entre les deux têtes de l’exécutif qui précède chaque Conseil des ministres ou bien pendant la tenue de ce dernier importe peu. Il y a bien eu recadrage. Le Président de la République a simplement affirmé le lendemain, depuis la Slovaquie, que lorsqu’il a quelque chose à dire à sa Première Ministre, il le fait en privé.

 

Problèmes de comportement

 

Aussitôt après Élisabeth Borne est apparue toute ragaillardie affirmant qu’elle a la confiance pleine et entière du Président de la République. Tout cela ressemble tout de même à une vaste farce. Puisque d’un côté chacun sait qu’Emmanuel Macron, après avoir privé la locataire de Matignon de toutes ses prérogatives, la soutient comme la corde soutient le pendu. Par ailleurs la Première Ministre a pu voir, lors du vote de la motion de censure au début du Printemps qu’elle ne devait son maintien à Matignon qu’à neuf voix venues des Républicains.

De l’autre côté, le Chef de l’État rêve de remplacer celle qu’il n’a jamais vraiment choisie pour occuper le poste de Première Ministre. Mais il a bien intégré le fait qu’un changement de Premier Ministre ne permettrait en aucune manière de sortir de l'impasse politique dans laquelle il se trouve et qui empêche le gouvernement de légiférer faute de majorité au Parlement. Car une grande partie du problème tient à son propre comportement. Comme s’il n’avait toujours pas intégré que si – en droit – il garde le même pouvoir, dans les faits, il est profondément diminué par l’impossibilité de se représenter dans quatre ans.

 

Les couteaux s’affûtent en coulisses

 

Par ailleurs à l’Élysée, ses conseillers s’affrontent également. Avec d’une part ceux – notamment les fidèles de la première heure, excepté Alexis Köhler qui le pressent de remplacer Élisabeth Borne. Et d’autre part ceux comme Philippe Grangeon ou Richard Ferrand qui lui conseillent de la maintenir à son poste aussi longtemps que possible. Sans compter tous les ministres qui ont une bonne raison de prêcher pour le statu quo simplement afin d’empêcher un Sébastien Lecornu, un Gérald Darmanin ou un Gabriel Attal de devenir chef du gouvernement.

Une fois tout cela dit, le Président de la République se demande bien à quoi vont ressembler les prochains mois avec une Première Ministre qui ne peut présenter à l’Assemblée Nationale que des textes mineurs, et qui faute de charisme et de sens politique "n’imprime" toujours pas dans l’opinion. D’autant que plus le temps passe, plus les couteaux vont continuer à s’affûter dans les coulisses en vue de l’inéluctable remplacement d’Élisabeth Borne une fois qu’elle aura été "usée jusqu’à la corde", transformant la majorité présidentielle en une sorte de mauvaise représentation de Lorenzaccio, la fameuse pièce de théâtre d’Alfred de Musset.

 

La fin de la fronde anti-réforme des retraites

 

La semaine qui s’ouvre va être marquée par la fin du pétard mouillé du groupe LIOT et de son fameux agitateur, Charles Amédée de Courson, avec la proposition de loi visant à abroger la mesure d’âge de la réforme des retraites. La Présidente de l’Assemblée nationale a mis tout son poids dans la balance pour que ce texte ne puisse être débattu jeudi prochain, comme cela est prévu depuis plusieurs semaines. Si cette initiative parlementaire n’a heureusement aucune chance d’aboutir en raison d’un vote négatif au Sénat, il faut éviter qu’un vote positif et irresponsable au Palais Bourbon puisse laisser croire aux Français que la réforme des retraites obtenue si chèrement peut être balayée par une niche parlementaire.

Derrière la bataille qui a eu lieu ces derniers jours tant devant la Commission des finances à cause de l’article 40, que devant celle des Affaires sociales, il y a la question très importante du travail de sape que mène La France Insoumise. Si l’enjeu était de maintenir le vote sur un texte présenté par un groupe surtout composé de centristes, l’extrême gauche a trouvé là une occasion de mener un nouveau combat contre les institutions. Tout ce qui s’est passé depuis le mois de janvier dernier au Parlement montre en effet à quel point LFI effectue un travail de sape contre les piliers de la Cinquième république. Ce parti ne s’en d’ailleurs cache pas. C’est écrit dans son programme. Et cela risque de ressortir à nouveau au grand jour dans les prochains mois.

 

Une semaine mémorielle

 

Cette semaine Emmanuel Macron va se livrer à une séquence mémorielle importante avec demain la commémoration du millième anniversaire du Mont Saint-Michel. Avec un discours qui portera sur l’Histoire de la France – et non l’histoire de France – et notre héritage judéo-chrétien. Chaque mot, paraît-il, a été pesé, et relu plusieurs fois, tant notre Président de la République veut faire oublier les malheureux propos qu’il avait tenus en 2017 sur l’absence de "culture française".

Le lendemain il sera sur les plages du débarquement pour l’anniversaire du 6 juin 1944. Il y déambulera en compagnie de sa Première Ministre qui est aussi une élue du Calvados. Par ailleurs il a prévu de rendre un hommage particulier aux hommes du célèbre commando Kieffer, constitué uniquement de français – dont le propre oncle de Vincent Bolloré – qui ont été parachutés dans la nuit du 5 au 6 juin 1944 avec pour mission de prendre et de tenir le très stratégique pont de Ouistreham.

 

Mansuétude de S & P

 

Au chapitre économique le principal évènement de ces derniers jours, c’est l’annonce par l’agence de notation Standard & Poor’s du maintien à AA de la note de la dette française, toutefois assortie d’une perspective négative. Cela constitue une surprise pour tous ceux qui suivent de près l’évolution des comptes publics et surtout l’incapacité de l’état à réduire les dépenses de l’État et celles du modèle social.

Comme Fitch il y a un mois Standard & Poor’s met en exergue la situation politique française qui ajoute aux incertitudes "quant à la capacité du gouvernement à mettre en œuvre des politiques qui augmentent le potentiel de croissance économique et corrigent les déséquilibres budgétaires". Avant d’ajouter que "sans majorité parlementaire absolue, le gouvernement fait face à une forte opposition parlementaire et non parlementaire aux propositions de réforme, comme en témoignent les récentes manifestations et grèves généralisées contre la réforme des retraites." Cependant l’agence américaine fait crédit à la France de tenir la trajectoire des finances publiques à cinq ans qui a été récemment présentée.

 

La désinflation relance le débat monétaire

 

L’autre information importante à retenir c’est que l’inflation dans la zone euro a diminué bien plus que prévu au cours du mois de mai. Elle s’est établie à 6,1 % en mai contre 7 % en avril. Mais surtout l’inflation sous-jacente, qui exclut les prix volatils de l’alimentation et du carburant et qui a joué un rôle croissant dans les délibérations politiques de la BCE, est tombée à 5,3 % contre 5,6 %, bien en deçà des attentes qui se situaient à 5,5 %.

Tout cela a bien évidemment relancé le débat sur la pertinence d’une nouvelle hausse des taux. Il est prévu que la Banque Centrale Européenne relève ses taux directeurs de 25 points de base le 15 juin. Ensuite tout concorde pour une dernière hausse de 25 points de base, sans doute le 27 juillet. Les gouverneurs des banques centrales d’Allemagne, des Pays-Bas et d’Irlande, ont déjà indiqué qu’ils y tenaient fermement même si la désinflation se poursuit en juin. Mais la BCE devra aussi tenir compte des craintes de voir basculer la zone Euro dans la récession. Après avoir pris conscience de la vague inflationniste avec beaucoup de retard la BCE pourrait, cette fois, pécher par excès de prudence.

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