éditorial / Yves de Kerdrel
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Yves de Kerdrel
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Remaniements
par Yves de Kerdrel
Cette fois-ci le Président de la République est bien décidé à changer de Premier Ministre. Un remaniement pourrait intervenir avant le 14 juillet. D’autant plus que les ponts sont coupés entre le Chef de l’État et Élisabeth Borne. Le directeur de cabinet de celle-ci est également sur le départ. Idem pour Patrick Strzoda, le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron qui souhaite prendre sa retraite.
Le fameux enfer de Matignon devrait bientôt prendre fin pour Élisabeth Borne. La Première Ministre, qui multiplie les déplacements dans toute la France, est donnée partante de son poste d’ici le 14 juillet selon de bonnes sources. Un premier créneau de départ a été identifié autour du 20 juin selon Politico en fonction de l’agenda du Président de la République. Et éventuellement un second créneau pourrait avoir lieu dans la première semaine de juillet.
À l’Élysée on ne dément plus les tensions de plus en plus fortes qui existent entre Emmanuel Macron et Élisabeth Borne. Quant aux ministres ils rapportent tous que l’ambiance en Conseil des Ministres est désormais très pesante. Reste maintenant au Chef de l’État à trancher trois questions essentielles avant d’effectuer un remaniement. 1) Qui comme Premier Ministre ? 2) Quand opérer un remaniement ? 3) Quel bénéfice politique en tirer ?
Deux créneaux pour un remaniement
S’agissant de la première question, c’est toujours Julien Denormandie qui tient la corde et qui semble confiant au point d’avoir lui-même démenti, il y a quelques jours, des informations qui le voyaient remplacer Alexis Köhler comme Secrétaire Général de l’Élysée. Cela n’empêche pas que d’autres noms continuent à circuler. Celui de Richard Ferrand par exemple. Hypothèse peu crédible pour un ancien député qui a été battu aux législatives il y a un an et qui risque de voir ressurgir de vieilles combines avec la Mutualité. Celui d’Emmanuel Faber, l’ancien patron de Danone aujourd’hui chargé d’établir les normes comptables extra-financières pour le compte de l’IFRS. Ou encore celui de Thierry Breton, dont le profil correspondrait bien aux nécessités du pays : apaisement, souveraineté et désendettement.
Concernant la deuxième question les habitués de l’Élysée ont identifié un premier créneau possible autour du 19 et du 20 juin. Au lendemain de la cérémonie au Mont Valérien où Emmanuel Macron sera entouré de Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, mais pas d’Élisabeth Borne. Le second créneau se situe entre le conseil européen des 29 et 30 juin et le sommet de l’Otan à Vilnius le 12 juillet. De manière que le nouveau locataire de Matignon soit déjà installé pour le traditionnel message aux armées à l’Hôtel de Brienne le 13 juillet et pour la cérémonie du 14 juillet. D’autant plus que le Président de la République a prévu d’intervenir à la télévision ce jour-là ainsi qu’il l’a annoncé le 17 avril dernier.
Quel bénéfice politique attendre de Julien Denormandie ?
Reste maintenant à savoir quel bénéfice politique il pourrait tirer d’un tel changement de Premier Ministre. Dans l’hypothèse la plus probable, celle de Julien Denormandie, il pourrait s’appuyer sur un fidèle de la première heure. Ce qui signifie que les relations seront fluides au sommet de l’état. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Le nouveau premier ministre serait de nouveau "un collaborateur" pour reprendre l’expression de Nicolas Sarkozy ; davantage qu’un chef de gouvernement. Par ailleurs son profil (plus à droite qu’Élisabeth Borne) correspondra mieux à la sociologie du pays et à celle de l’Assemblée nationale.
Il reste qu’étant une sorte de clone du Président, jamais élu comme lui, techno comme lui, jeune comme lui et sans grand sens politique, on a encore bien du mal à deviner quel bénéfice politique il apporterait au Chef de l’État. Sinon celui de bénéficier d’une situation plus confortable que la curieuse cohabitation qu’il vit depuis un an avec Élisabeth Borne. Une Première Ministre qu’il s’est fait imposer alors qu’il avait choisi la Rémoise et chiraquienne Catherine Vautrin.
Deux directeurs de cabinet sur le départ
Pour l’heure à Matignon, si Élisabeth Borne n’a pas encore commencé à faire ses cartons, son directeur de cabinet, le conseiller d’état Aurélien Rousseau, fait déjà les siens avec comme destination la Caisse des Dépôts ainsi que l’a révélé l’agence AEF. Il devrait prendre dès le début du mois de juillet les fonctions de directeur des politiques sociales en remplacement de Michel Yahiel et de directeur général adjoint aux côtés d’Éric lombard.
Par ailleurs à l’Élysée cela bouge également. Après avoir changé au début du mois de mai de chef d’état-major particulier, Emmanuel Macron s’est résolu à laisser partir en retraite Patrick Strzoda, 71 ans, qui est son directeur de cabinet depuis six ans. Admis à faire valoir ses droits à la retraite en juillet 2018, il était resté depuis en fonction, à la demande du Président de la République. Selon nos informations, c’est Patrice Faure, 56 ans, qui le remplacera au début du mois d’août. Cet ancien Haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie a, entre autres, organisé le référendum du 12 décembre 2021, soldé par un "non" à l’indépendance. Il est d’ailleurs question que le Chef de l’État se rende sur "le caillou" à la fin du mois de juillet. Mais à ce stade rien n’est confirmé.
Une éclaircie pour Emmanuel Macron
En attendant ces éventuels mouvements, le Président de la République peut se féliciter d’avoir effectivement réussi à tourner la page de la réforme des retraites avec la dernière manifestation de l’intersyndicale, mardi dernier et l’abandon par le groupe LIOT de sa proposition de loi qui devait être examinée jeudi dernier, mais qui avait été vidée de sa substance après le veto mis en place par la Présidente de l’Assemblée nationale au nom de l’article 40.
Les sondages continuent de montrer qu’Emmanuel Macron a reconstitué son socle politique. Ce qui est important. Car une partie de ses électeurs traditionnels – notamment les retraités – avaient marqué une certaine défiance en mars et avril derniers au moment de la tension sur la réforme des retraites. Mais il n’est toujours pas possible pour lui d’établir une passerelle avec la droite de gouvernement. Bien sûr la Loi de Programmation Militaire a pu être votée la semaine passée avec le soutien des Républicains. Mais sur l’immigration, Gérald Darmanin peine à trouver un terrain d’entente avec LR. Si bien qu’il n’y a plus aucun texte important à l’agenda du Palais Bourbon.
Une récession saine pour la Zone Euro
Au chapitre économique, le fait marquant de la semaine c’est l’indication donnée par Eurostat selon laquelle la zone euro est entrée en récession au premier trimestre. Le PIB des 20 pays ayant adopté la monnaie unique a baissé de 0,1 % sur la période allant de janvier à mars et a augmenté de 1 % sur un an selon l’agence de statistiques de l’Union européenne. Les économistes interrogés par Reuters tablaient sur une stagnation de l’économie et une croissance de 1,2 % sur un an.
Cette dégradation s’explique principalement par la contraction de l’économie en Allemagne au premier trimestre annoncée avec un recul de 0,5 % sur les trois mois précédents. Les chiffres du quatrième trimestre 2022 en zone euro ont également été révisés en légère baisse et montrent désormais une contraction de 0,1 % et non plus une stagnation. La zone euro et l’Allemagne sont donc en récession technique, une situation définie en effet par deux trimestres consécutifs de baisse du Produit intérieur brut. En revanche ce n’est pas le cas de la France qui reste en croissance.
Une cible de 400 points de base à fin septembre
Tout cela ne constitue pas une grande surprise. Si bien que jeudi prochain, la Banque centrale européenne devrait annoncer un relèvement de ses taux directeurs d’un quart de point. À ce moment-là nous serons à 350 points de base de plus qu’il y a un an. Et le 27 juillet prochain Christine Lagarde pourrait annoncer une nouvelle hausse des taux de 25 points de base. Pour le reste François Villeroy de Galhau a annoncé que le taux terminal serait atteint à la fin de l’été. La BCE pourrait donc arriver au niveau de 400 points de base avant la fin du mois de septembre.
Une chose est sûre : la désinflation est aujourd’hui incontestable. Du moins en ce qui concerne l’énergie, les matières premières, les prix industriels et notamment l’agroalimentaire. Reste la question des services qui représentent, en France, la moitié de l’indice des prix à la consommation. Christine Lagarde, a choisi de rester prudente en déclarant, la semaine passée qu’il n’y avait pas de "preuve tangible" qu’un pic ait été atteint sur l’inflation de base. Les banquiers centraux européens restent traumatisés d’avoir réagi tardivement à la flambée de l’inflation. Ils ne veulent donc pas ranger trop tôt l’épée au fourreau.
In Memoriam. Je ne peux conclure cette lettre dominicale sans rendre hommage à Denis Kessler qui s’est éteint vendredi matin à l’âge de 71 ans après avoir lutté avec un courage inouï contre une terrible maladie. Inutile, ici, de rappeler tout ce que Denis a apporté à l’économie, une science dont il maîtrisait tous les ressorts et toutes les nuances. Outre un universitaire exigeant et un patron de talent, Denis Kessler était un vrai libéral comme ce Pays en a tant besoin. Un libéral politique plaçant le débat avant toute chose et un libéral économique qui s’était illustré en lançant son projet de refondation sociale dont on mesure aujourd’hui toute la pertinence. Il était aussi un "homme de lumières" qui pouvait présider à la fois le Siècle et l’orchestre de Paris, qui parlait littérature et musique avec la même passion et qui passait ses week-ends à lire des publications académiques sur les risques dans le monde dont il voulait tout connaître. Enfin Denis Kessler avait une idée très profonde de l’amitié. Il était lié à Dominique Strauss-Kahn connu à l’Université, au regretté Érik Izraelewicz depuis leur passage à HEC ou à François Ewald, l’incontournable philosophe du risque. Comme beaucoup d’entre vous, avec cette disparition, c’est un ami fidèle que je perds. Et j’adresse à son épouse et ses enfants mes condoléances attristées. Y. de K.
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