Feuilleton de l'été / Ana Boata Daniele / Allianz Trade
Feuilleton de l'été
Ana Boata Daniele / Allianz Trade
Série d'été - ces jeunes talents qui construisent la France de demain /
Ana Boata Daniele, directrice de la recherche économique d'Allianz Trade
"L’apprentissage du français m’a fasciné étant petite, notamment au travers des comptines que notre institutrice nous a transmises". Un père professeur de mathématiques et une mère pharmacienne, une appétence pour la langue de Molière développée durant l’école primaire… Est-il vraiment surprenant qu’Ana Boata Daniele, née et élevée à Bucarest, ait fait le choix de se rendre dans le pays des Lumières pour étudier des disciplines hautement mathématisées que sont la finance et l’économie, puis mener sa carrière professionnelle ? Un passage à l’université d’Orléans dans le cadre d’un échange Erasmus pendant sa deuxième année de licence finira de la séduire.
En route vers l'Hexagone
C’est ainsi qu’après trois ans à l’Académie des études économiques de Bucarest, elle fait ses valises pour la France. D’abord à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne : "la crise des subprimes venait de commencer et Christian de Boissieu s’essayait à nous en expliquer les fondements ", se souvient Ana Boata Daniele, dans un entretien accordé à WanSquare. Puis, elle effectue son Master 2 à l’université Paris II Panthéon-Assas où elle va se spécialiser en finance de marché et d’entreprise. "A l’époque je ne m’imaginais pas faire le métier que je fais aujourd’hui, mais cela m’a donné les bases pour analyser l’économie réelle", fait-elle valoir.
Un stage chez Exane-BNP Paribas en tant qu’économiste apparaît alors comme le tournant. "Développer un point de vue et avoir un regard critique sont autant de choses qui m’ont plu", juge-t-elle. Un stage au cours duquel elle est sous le tutorat d’Amélie de Montchalin qu’elle aura l’opportunité de partiellement remplacer lorsque l’ex-ministre de la Transformation et de la Fonction publiques partira étudier à Harvard. "Après mon stage, j’ai été confrontée avec les problématiques afférentes à l’Europe centrale et du sud. J’y ai appris à travailler sous pression et à réfléchir très vite ", explique Ana Boata Daniele, dans un contexte où le Vieux continent était à l’époque aux prises, entre autres, avec la crise des dettes souveraines.
Fin 2012, renonçant à rejoindre Exane à Londres pour des raisons personnelles, elle se voit proposée par Ludovic Subran, alors chef économiste d’Euler Hermes, de le rejoindre.
Assurance-crédit
Au sein du leader mondial de l’assurance-crédit appartenant au groupe Allianz, Ana Boata Daniele développe de nouvelles compétences. "Evidemment, l’analyse se centrait davantage sur l’économie réelle : les entreprises et les problèmes d’impayés", explique-t-elle. Et c’est sans compter que le Royaume-Uni s’ajoute à l’éventail des pays qu’elle est en charge de suivre au moment où la question de sa sortie de l’Union européenne se pose.
"Pour être honnête, je ne pensais pas que le Brexit aurait lieu et me souviens encore de cette nuit [23 juin 2016, ndlr] où les alertes pleuvaient sur mon téléphone. Quelques heures plus tard, je devais faire une présentation des conséquences au comité de direction alors que de nombreuses inconnues subsistaient", indique-t-elle. Cette erreur d’analyse sur l’économie britannique ne l’empêchera pas d’être désignée meilleure prévisionniste pour la zone euro en 2018 par l’organisme de référence Consensus Economics.
Un an plus tard, à l’automne 2019, Euler Hermes la promeut : elle devient directrice de la recherche macroéconomique après avoir commencé à s’occuper également de la recherche thématique sur les PME. Là encore, la conjoncture est à l’aube de se dégrader de manière inédite avec le déclenchement de la pandémie et des multiples confinements. "Dès novembre 2019, mon économiste en charge de la Chine, qui avait de la famille à Wuhan, me disait qu’il était en train de se passer quelque chose d’anormal ", se remémore-t-elle.
Granularité
Cet évènement, considéré jusqu’alors comme un risque potentiel mais peu probable, provoque un bouleversement dans la manière dont l’équipe d’Euler Hermes réalise ses prévisions macroéconomiques : la granularité jouera un rôle clé. "Il fallait revenir encore plus à l’économie réelle en comprenant le poids de chaque secteur dans le Produit intérieur brut (PIB) et ce que sa fermeture provoquera au niveau de l’activité, de l’emploi, des défaillances d’entreprises, ... Auparavant, nous nous intéressions à la croissance côté demande, mais là, c’était l’offre qui était l’objet de notre attention ", avance-t-elle.
A la fin de l’été 2021, Ana Boata Daniele devient la directrice de la recherche économique d’Euler Hermes, qui deviendra Allianz Trade six mois plus tard, chapeautant ainsi également les quatre économistes sectoriels. "La crise de la Covid-19 m’aura permis de me dépasser : creuser, comprendre, anticiper ce qui va se passer. La journée de travail se termine quand tu as pu répondre à la question que tu te poses", s’explique-t-elle. Elle rend compte ainsi directement à Ludovic Subran, chef économiste du groupe Allianz, et à la directrice générale d’Allianz Trade Clarisse Kopff, qui sera ensuite remplacée par Aylin Somersan Coqui.
Roumaine et mariée à un franco-italien, celle qui est épanouie chez Allianz Trade et pour qui le fait d’être économiste est peu à peu devenu un "métier passion" se verrait bien servir l’Europe au sein de l’une de ses institutions. Elle s’est en ce sens lancée dans des "projets citoyens" tels que "l’Eco à venir", une association visant à promouvoir l’économie auprès des plus jeunes, à valoriser le débat et l’esprit critique et à fournir les clés de la réflexion économique à travers des outils simples et accessibles à tous.
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