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Yves de Kerdrel
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Le chaudron
par Yves de Kerdrel
Les incidents consécutifs à la mort du jeune Nahel intervenue à la suite d’un contrôle routier s’amplifient et se diffusent dans toute la France. Mais à la différence des évènements de Clichy-sous-Bois en 2005, il n’y a pas de concorde nationale. Puisque les insoumis jettent de l’huile sur le feu. Ce sont Emmanuel Macron et Gérald Darmanin qui gèrent la crise en temps réel. Quant à Élisabeth Borne, elle est désormais certaine d’être maintenue. Et le remaniement attendra.
Ce qui se passe depuis mardi est un cauchemar pour les pouvoirs publics. Bien sûr au départ il y a la mort dramatique d’un jeune de 17 ans que "rien ne peut justifier" comme l’a très bien dit Emmanuel Macron depuis Marseille pour essayer d’apaiser le climat. Mais la colère était manifestement trop forte à Nanterre et dans les villes avoisinantes. Si bien que les nuits suivantes, et malgré la fête de l’Aïd, on a assisté à un déchaînement de violences avec des bâtiments et des véhicules municipaux brûlés.
Dans la nuit de vendredi à samedi, ces évènements ont pris une autre tournure, avec l’éclosion de nouveaux foyers de colère et de violences ailleurs en France, à Marseille, bien sûr, à Lyon, autour de Lille, mais aussi à Dreux, Limoges et même à Podensac près de Bordeaux où personne ne s’attendait à cela. Comme l’a affirmé Alain Bauer, la géographie de ces incidents semble recouper celle du trafic de stupéfiants. Durant cette même nuit, des commerces ont été vandalisés au cœur de Paris, rue de Rivoli, ou à Marseille, rue de Paradis.
Les Insoumis jettent de l’huile sur le feu
À la différence des évènements de Clichy-sous-Bois en octobre 2005, les jeunes qui sortent de leurs quartiers communiquent désormais par les réseaux sociaux en temps réel et ont accès aux images des télévisions d’informations en continu. Le climat chaud, les soirées très longues, juste après le solstice d’été, et la fermeture de certaines écoles transformées en centres d’examen constituent des ingrédients supplémentaires pour favoriser la diffusion de ces émeutes urbaines.
Mais le plus grave, c’est surtout le soutien sinon verbal, du moins tacite apporté par Jean-Luc Mélenchon, et plusieurs députés insoumis - invités à parler et à s’exprimer très largement sur toutes les ondes – à tout ce mouvement. Alors qu’en 2005, tous les responsables politiques ont appelé au calme, cette fois non seulement ce n’est pas le cas, mais les jeunes qui organisent ces violences se sentent soutenus, voire portés, par certains politiques dans lesquels ils retrouvent un discours "anti-flic".
Le pire scénario pour les pouvoirs publics
Il y a quelques mois Netflix a mis dans son catalogue un film dénommé "Athena" qui n’a jamais été diffusé en salle, et qui décrit les conséquences d’une bavure policière sur une cité de banlieue qui devient très vite incontrôlable. Les acteurs de ce film ne sont pas connus. Il n’y a pas eu beaucoup de publicité. Mais ce film a été très regardé. Notamment dans les cités. Et il est recommandé à tous ceux qui ne l’ont pas encore vu de le faire. Ne serait-ce que pour la qualité du scénario et de la musique.
Nicolas Sarkozy disait souvent que pendant les cinq années de son mandat il a toujours redouté ce scénario qu’il avait vécu en tant que ministre de l’Intérieur lors des incidents de Clichy-sous-Bois qui ont fini sur l’esplanade des Invalides. Lors des premières discussions qu’Emmanuel Macron a eues avec Édouard Philippe en vue de sa nomination comme Premier Ministre, et dès avant le second tour de 2017, l’actuel chef de l’État avait évoqué devant son futur collaborateur le risque de ne pas pouvoir finir son mandat. En attendant il a décidé de surseoir à sa visite d’état de deux jours en Allemagne qui devait commencer dès ce soir.
Des Français face à face
Mais surtout ce qui revient aujourd’hui dans la tête de beaucoup, c’est la phrase de Gérard Collomb, premier Ministre de l’intérieur d’Emmanuel Macron, lorsqu’il a décidé de démissionner et qu’il a tenue lors de sa passation de pouvoir : "Un jour les Français ne seront plus côte à côte mais face-à-face". C’est peut-être ce qui commence à se produire lorsque l’on voit le nombre de voitures brûlées, appartenant à des Français qui les trouvent ainsi carbonisées le matin, avant d’aller rejoindre leur travail.
Dans tous ces quartiers il y a bien sûr une quasi-unanimité pour condamner la bavure policière qui a conduit à la mort d’un adolescent. Mais très vite après trois ou quatre nuits de violences, d’incendies ou de cassages on a commencé à voir apparaître chez certains habitants de ces cités de la colère un peu lasse contre cette destruction systématique. Rappelons tout de même qu’en 2005 les évènements ont duré trois semaines.
Gérald Darmanin au cœur de la crise
Ce n’est bien sûr pas dans une telle période que le remaniement auquel on réfléchissait à l’Élysée peut intervenir. Aujourd’hui l’exécutif fait bloc. Juste avant de passer un peu plus de 48 heures à Marseille, le Chef de l’État a affirmé sa confiance vis-à-vis d’Élisabeth Borne. Même si chacun sait bien que les relations entre eux restent détestables. Quant au remaniement visant à sortir un certain nombre de ministres faibles, il est également mis entre parenthèses.
En revanche s’il y en a un aujourd’hui qui joue sa carrière politique, c’est incontestablement Gérald Darmanin, au même titre que Nicolas Sarkozy en 2005. En tant que premier flic de France, il a passé toute la nuit de jeudi à vendredi au Poste de Commandement de la police. Le Chef de l’État est venu plusieurs fois Place Beauvau au sein du PC de crise pour des réunions interministérielles. Et les deux hommes se parlent sans cesse jour et nuit. La moindre faute, et toute nouvelle bavure policière pourraient être fatales au ministre de l’Intérieur.
Aurélien Rousseau en suspens
Il y a une autre personnalité dont les projets sont un peu bouleversés. C’est Aurélien Rousseau, l’actuel directeur de cabinet d’Élisabeth Borne. Il avait annoncé à l’Élysée son souhait de quitter son poste une fois la réforme des retraites votée. Alexis Köhler lui a demandé de rester jusqu’au début de l’été. Son départ était donc programmé pour ce week-end. Mais c’est lui qui animait les réunions de crise par vidéo avec tous les préfets de France. Et l’on voit mal comment ce conseiller d’état pourrait quitter le navire alors que la mer est si agitée. Il n’est attendu à la Caisse des Dépôts qu’à partir du 1er septembre prochain.
Quant au Secrétaire général de l’Élysée, il semble avoir retrouvé une certaine sérénité en dépit de l’annonce par les magistrats de la fin des investigations concernant ses éventuels conflits d’intérêts avec le groupe MSC auquel est liée son épouse. Tous les deux ont, en tout cas, passé un long moment cette semaine lors du cocktail de début d’été du cabinet d’avocats Bredin-Prat où se pressait le Tout-Paris du business, du droit et de la politique. Éric Dezeuze, son avocat, est associé de ce cabinet au sein de l’équipe contentieux
Trois grands rendez-vous cette semaine
La semaine qui s’ouvre, outre ces évènements, va être scandée par trois rencontres importantes. D’abord mardi et mercredi, le Paris Finance Forum, nouveau nom donné aux traditionnelles réunions d’été organisées par Paris Europlace. Avec comme fil directeur le financement de la transition écologique, mais aussi comment la finance peut jouer un rôle dans l’inclusion. À noter que le déjeuner de place du mercredi 5 juillet aura comme invité et "guest speaker", François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France.
Certains intervenants de ce Forum se retrouveront dès mercredi après-midi au siège de la Banque Postale pour la troisième édition des Dialogues de l’économie citoyenne que Philippe Heim a mis en place quelques mois après son arrivée à la tête de la filiale bancaire de la Poste. Avec cette année une très belle affiche et un débat prometteur entre Benoit Bazin, CEO de Saint-Gobain et Arnaud Montebourg sur la réindustrialisation. Par ailleurs la Banque Postale et Project Syndicate se sont associés pour remettre un prix à un livre consacré à ces questions sociétales. Prix qui sera remis à Aix-en-Provence samedi prochain. Car lors de cette troisième rencontre de la semaine, le thème directeur sera à nouveau l'économie au service du développement durable.
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