éditorial / Yves de Kerdrel
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Yves de Kerdrel
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Remaniement ?
par Yves de Kerdrel
Jamais les rumeurs d’un remaniement ministériel – Élisabeth Borne restant à son poste – n’ont été aussi intenses. Cela ne signifie pas pour autant qu’il se produira. Car le calendrier présidentiel est chargé cette semaine. Et les Français ont la tête ailleurs. Mais le maigre bilan « des cent jours » oblige le Président à reprendre l’initiative. Car, selon un sondage Odoxa-Le Figaro, 78 % de nos compatriotes estiment qu’Emmanuel Macron n’a pas atteint ses objectifs.
Contre mauvaise fortune, Emmanuel Macron faisait bonne figure vendredi à l’occasion du défilé militaire du 14 juillet. Une revue des troupes parfaitement réussie avec l’exposition de notre "Griffon" véhicule blindé polyvalent devenu le joyau de l’armée de terre, notamment dans le cadre d’un conflit de haute intensité. La présence de Narendra Modi, le Premier Ministre du pays le plus peuplé et le plus jeune au monde venu conclure l’achat de 26 Rafale marine et de trois sous-marins. Et une "grande muette" rarement aussi prolixe en compliments envers le Chef des Armées qui a réussi à faire adopter une loi de programmation militaire proposant des crédits en hausse de 40 % par rapport aux cinq années passées.
Malgré cela dans la grande tribune qui faisait face à l’Avenue des Champs-Élysées on pouvait voir les membres du gouvernement chuchoter entre eux ou consulter leurs téléphones portables de manière frénétique. Tant se sont faites intenses les rumeurs de remaniement gouvernemental ; chaque journal publiant ces derniers jours des listes de ministres sur le départ et d’autres sur le point d’élargir leur périmètre de compétence. La seule, vraiment sereine d’apparence, était Élisabeth Borne qui avait fait la veille le bilan des "cent jours" avec le Chef de l’État.
Sanction sévère des Cent jours
Un bilan plutôt maigrichon et jugé comme tel par les Français. Un sondage Odoxa-Blackbone publié par le Figaro le matin même du 14 juillet montre que 78 % des Français estiment qu’Emmanuel Macron n’a pas atteint ses objectifs et notamment qu’il n’a pas réussi à "apaiser" le Pays après les secousses provoquées par la nécessaire réforme des retraites. Par ailleurs 65 % de nos compatriotes estiment, dans ce même sondage, que le locataire de l’Élysée doit changer de Premier Ministre.
Cela ne semble pas être l’avis du Chef de l’État. Avant son déplacement à Marseille, il a clairement réaffirmé par voie de presse, sa confiance en Élisabeth Borne. Mais il a bien conscience que son gouvernement reste handicapé par des "maillons faibles" comme il le dit lui-même au téléphone à certains de ses interlocuteurs. D’un côté il entretient le suspense car il veut rester "le maître des horloges" comme il l’a fait en décommandant la traditionnelle interview télévisée du 14 juillet. D’un autre côté, lors du conseil des ministres qui s’est tenu jeudi dernier il a tenté de rassurer ses ministres en leur déclarant : "Je lis la presse comme vous, j’ai été à votre place et je sais que la période est désagréable mais je vous invite à ne pas trop donner d’importance à ce que vous lisez et à rester concentrés"
Agenda bien rempli pour Emmanuel Macron
Il est vrai que l’agenda du Président de la République est assez chargé pour les jours à venir. Demain après-midi il part à Bruxelles pour un conseil européen – où sera sûrement abordée la nomination très controversée de l’américaine Fiona Scott Mouton au poste de cheffe économiste à la direction générale de la concurrence de la Commission européenne alors qu’elle a auparavant travaillé au très sévère department of Justice américain – avant d’enchaîner, toujours en Belgique sur le sommet "Union européenne – Communauté d’États latino-américains et caraïbes". Emmanuel Macron y retrouvera le président brésilien Lula da Silva ou l’argentin Andrés Manuel Lopez Obrador.
Après un bref passage à Paris, Emmanuel Macron doit repartir jeudi soir en Nouvelle-Calédonie avant de passer, lors du chemin du retour par l’archipel de Wallis et Futuna, mais aussi par le Vanuatu et la Papouasie — Nouvelle-Guinée. Un déplacement stratégique tant pour "le Caillou" calédonien que pour notre influence dans la région indo-pacifique où la Chine tente de s’imposer comme la puissance militaire dominante. Certains ministres croient pourtant possible de caser dans les interstices de cet agenda un remaniement. Avec comme "timing" - selon leur boucle Telegram - une démission du gouvernement dès demain matin, et la nomination du nouveau gouvernement ce mardi soir, de manière à tenir le Conseil des Ministres comme prévu mercredi. D’autant qu’à cela il faut rajouter une allocution télévisée. Emmanuel Macron a affirmé qu’il parlerait dans les prochains jours". Ce qui peut être mardi ou mercredi soir. Voire à son retour du Pacifique. À l’Élysée on déclare seulement qu’il s’adressera aux Français avant la pause estivale.
Jeu de chaises musicales
Même si tout cela reste bien futile à nos yeux, les dernières spéculations sur le remaniement qui nous ont été communiquées par deux membres du gouvernement donnaient Pap Ndiaye partant – en dépit des propos affectueux qu’Emmanuel Macron a eus pour lui jeudi. Même sort pour Catherine Colonna, François Braun, Marlène Schiappa et Olivier Klein, l’invisible ministre de la Ville et du logement. Et éventuellement pour Bruno Le Maire, dont le dernier roman ne passe pas à l’Élysée.
Il semble que Gérald Darmanin a demandé le Quai d’Orsay, mais qu’il pourrait atterrir finalement à Bercy. Il serait remplacé à l’Intérieur par Richard Ferrand, que certains voient aussi à l’Éducation nationale. Ministère qui aurait été proposé à Édouard Philippe mais qui serait la destination de Gabriel Attal. Olivier Véran quitterait le porte-parolat pour le laisser à la députée Renaissance Maud Brégeon. Philippe Juvin, qui échange souvent avec Emmanuel Macron, reprendrait la Santé. Le député Guillaume Kasbarian irait au Logement et le député Jean-Marc Zulesi se retrouverait aux Transports. Édouard Philippe – qui est toujours en mode "bouderie" pourrait aller aux Affaires étrangères où il serait assisté du député Pieyre Alexandre Anglade aux Affaires européennes (il préside actuellement cette commission à l’Assemblée nationale). Mais la plus grande probabilité pour le Quai d'Orsay serait d'y voir arriver Bruno Le Maire qui connait bien cette prestigieuse maison.
Intérim au cabinet d’Élisabeth Borne
Toujours en matière de mercato, le nouveau directeur de cabinet d’Élisabeth Borne n’a toujours pas été nommé. Pourtant Aurélien Rousseau, qui a joué les prolongations en raison des émeutes urbaines, a quitté Matignon jeudi dernier ainsi qu’il l’avait annoncé mardi dernier lors de la réunion hebdomadaire des autres directeurs de cabinet du gouvernement. L’ancien patron de l’ARS Île-de-France durant la crise sanitaire part pour des vacances bien méritées. Mais il a fait savoir qu’il restait disponible pour d’éventuels "coups de chaud". Il va rejoindre la Caisse des Dépôts le 1er septembre à la fois comme directeur des politiques sociales et comme directeur général adjoint auprès d’Éric Lombard.
En attendant la nomination de son remplaçant auprès d’Élisabeth Borne, son intérim sera assuré par Étienne Champion le directeur adjoint de cabinet, qui envisage, pourtant, lui aussi, de partir. Il a été nommé recteur de Versailles à l'occasion du dernier Conseil des Ministres. Cet agrégé d’histoire et énarque a été directeur du cabinet de Marisol Touraine, alors ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes. Pour les quelques jours qui lui restent à faire, il ne changera pas de bureau et continuera d’occuper l’un des lieux les plus fameux de l’Hôtel de Matignon, puisqu’il est décoré d’une authentique statue de Rodin.
L’engagement du Gouverneur
Au chapitre économique l’actualité a été dominée par la question de la rémunération du livret A, qui aurait pu théoriquement être relevée à 4,1 % selon sa formule de calcul. Mais jeudi le Gouverneur de la Banque de France a conseillé à Bruno Le Maire de maintenir son taux à 3 %. En revanche ce taux sera maintenu pendant dix-huit mois, au lieu de six. Ce qui donne une bonne visibilité aux ménages français. Par ailleurs Bruno Le Maire a fait savoir que le taux du livret d’épargne populaire serait maintenu à 6 %, alors qu’il aurait dû baisser. Enfin, les plans épargne logement pourront être débloqués à n’importe quel moment pour financer des travaux de rénovation énergétique des bâtiments.
Quelques jours plus tôt, François Villeroy de Galhau avait incité à la prudence sur ce sujet dans la mesure où l’inflation a reculé depuis le début de l’année, puisqu’elle était à 6 % au mois de janvier et qu’en indice provisoire sur le mois de juin, elle est descendue à 4,5 %. Et selon notre grand argentier, elle devrait être à 2,5 % en moyenne l’an prochain. Mardi dernier, sur France Info il a déclaré : "Nous nous attendons à ce que l’inflation revienne à 2 % en 2025. C’est un engagement que je prends aujourd’hui".
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