éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
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Recroquevillé
par Yves de Kerdrel
Le Chef de l’État qui part ce soir à 16 000 kilomètres de l’Hexagone a obtenu que sa Première Ministre procède à un mini-remaniement qui se traduit par un repli de l’exécutif sur la Macronie historique. Deux personnalités en ressortent : Gabriel Attal à l’Éducation nationale et Aurélien Rousseau à la Santé. Mais Emmanuel Macron a indiqué que les deux priorités de la rentrée seront l’écologie et l’Immigration. Sans parler du très difficile Projet de loi de finances pour 2024.
C’est fait. Depuis le temps que du Café de Flore à celui de l’Esplanade, les politiques et les journalistes spéculaient sur un possible remaniement, celui-ci a eu lieu jeudi dernier. Non sans difficulté. Puisque l’annonce en a été différée à deux reprises. Et le communiqué officiel de l’Élysée est sorti très tardivement alors que plusieurs ministres avaient déjà commencé leurs cérémonies de passation de pouvoir.
A cette occasion de nouvelles tensions sont apparues entre Emmanuel Macron et Élisabeth Borne alors que cette dernière a été confirmée dans ses fonctions lundi dernier par voie d’indiscrétion de presse… On a connu mieux comme méthode pour donner de la légitimité à la personne qui dirige à la fois le gouvernement et ce que l’on appelle toujours "la majorité présidentielle" même s’il n’y a plus de majorité.
La Macronie revient en force
La marque de fabrique de ce nouvel attelage gouvernemental – dont on a bien compris qu’il a été redessiné à l’Élysée et non à Matignon – c’est le repli sur la Macronie historique. Avec deux personnalités mises en valeur. Le très brillant Gabriel Attal qui avait été secrétaire d’État à 28 ans et qui est devenu ministre de l’Éducation nationale à 34 ans. Et Aurélien Rousseau qui a quitté la direction du cabinet d’Élisabeth Borne le 13 juillet pour des vacances bien méritées avant de rejoindre la Caisse des Dépôts le 1er septembre prochain.
C’est Emmanuel Macron qui l’a appelé personnellement pour lui demander de prendre le portefeuille de la Santé en remplacement de François Braun. Un domaine qu’il connaît bien pour avoir été le patron de l’Autorité Régionale de Santé de l’île de France durant la crise sanitaire. Ce qui l’a conduit à faire un sérieux burn-out. Il est par ailleurs l’époux de Marguerite Cazeneuve, la numéro deux de l’Assurance-Maladie qui a rédigé toute la partie santé du programme présidentiel d’Emmanuel Macron. Elle-même est la fille de Jean-René Cazeneuve, le rapporteur général du Budget au sein de la Commission des finances de l’Assemblée et la sœur de Pierre Cazeneuve, le député Renaissance de Saint-Cloud.
Élisabeth Borne encore plus encerclée
Au total ce sont six députés qui abandonnent le Palais Bourbon à l’occasion de ce remaniement pour entrer au gouvernement. À commencer par Aurore Bergé la patronne du groupe Renaissance qui est devenue ministre des Solidarités. Elle pourrait être remplacée à son poste par Sylvain Maillard, ancien UDF puis UDI, et député du centre de Paris. Mais cela ne devrait pas donner lieu à des élections législatives partielles. Sauf si la Modem Geneviève Darrieussecq, qui a été exfiltrée – à sa demande – du ministère aux personnes handicapées, décide de retourner au Parlement.
Tout cela donne l’impression que la Première Ministre a perdu beaucoup de marge de manœuvre en étant désormais cornaquée par des très proches du Chef de l’État. À la manière de ce que François Mitterrand avait fait en nommant Michel Rocard à Matignon après la déroute des législatives de 1988. L’ex-Président de la République avait alors imposé comme poids lourds du gouvernement tous ses proches. Notamment Roland Dumas, Pierre Joxe, Paul Quilès, Michel Charasse ou Jean Poperen.
Quel bénéfice politique ?
La question est de savoir si ce réajustement ministériel va permettre à Emmanuel Macron de donner un nouveau ressort à son second mandat après le faux départ de juin juillet 2022. Certains ont cru déceler une apparence de "cohabitation" dans cette nouvelle configuration de l’exécutif. Mais c’est oublier que tous les pouvoirs sont concentrés à l’Élysée. Et que la nomination du très rigoureux Jean-Denis Combrexelle à la direction du cabinet de la Première Ministre va contribuer à marginaliser encore plus cette dernière.
Le "timing" de ce remaniement laisse aussi perplexe. En dehors du conseil des ministres de vendredi qui a surtout permis à Emmanuel Macron de prendre la parole, comme il l’avait promis, juste avant la pause estivale, il y aura un autre "faux" conseil des ministres ce mercredi 26 juillet à 8 heures (heure de Paris) avec le Président de la République en visioconférence depuis Nouméa, à 16 000 kilomètres de Paris. Pas vraiment l’occasion de faire du "team building". À l’Élysée on explique que ces nominations vont permettre aux nouveaux titulaires de maroquins de prendre possession des dossiers importants avant la rentrée. Mais le Chef de l’État a expliqué que ses deux priorités, après l’été, seront l’écologie et l’immigration. Deux thématiques peu affectées par le remaniement.
Un projet de budget sévère et sérieux
Le vrai sujet de la rentrée sera l’élaboration du Projet de loi de Finances de 2024 que l’on annonce comme très difficile. Ce qui expliquerait pourquoi Emmanuel Macron a insisté pour que Gabriel Attal – qu’il tient à protéger – quitte le ministère des Comptes publics afin d’être épargné par le chantier budgétaire. C’est donc Thomas Cazenave, ancien membre du cabinet d’Emmanuel Macron à Bercy, qui sera chargé de cette lourde tâche.
Il est question d’une baisse des dépenses de l’état en volume. Ce qui signifierait un effort très important compte tenu des effets induits par l’inflation. Cela montre enfin la volonté d’Emmanuel Macron à ce que les engagements pris à l’occasion de la trajectoire budgétaire soumise à Bruxelles, soient tenus. Comme l’a réclamé à maintes reprises, François Villeroy de Galhau, de manière à asseoir notre crédibilité. De surcroît notre notation est toujours sous surveillance et Standard & Poor’s doit de nouveau noter son opinion sur notre fiabilité à l’automne prochain.
Patrick Martin marque son territoire
Du côté du patronat, Patrick Martin a commencé à prendre ses marques. Il a composé une équipe très professionnelle. Il a choisi de faire son premier déplacement à Liffré, près Rennes où se trouve le groupe Le Duff, fleuron de l’industrie agroalimentaire française. Un choix bien précis puisque cette entreprise est a dû renoncer à construire une nouvelle usine sous la pression d’associations écologistes. Ce qui a conduit l’industriel breton à se replier au Portugal en achetant un site de la même taille que celui de Liffré.
Patrick Martin entend mettre l’accent, pendant son mandat, sur la capacité à faire de la croissance et à ne pas sombrer face aux discours malthusiens des écologistes de tout poil. En dehors de ce déplacement, le nouveau Président du Medef a pris contact avec ses homologues des patronats allemand, italien et espagnol. Car il entend également relancer un processus industriel et "business friendly" au niveau européen. Tout cela en mettant la dernière main au programme de la REF qui se tiendra à la fin du mois d’août en présence de plusieurs têtes d’affiche du nouveau gouvernement.
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