éditorial / Yves de Kerdrel
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Yves de Kerdrel
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Vacances studieuses
par Yves de Kerdrel
Après une semaine dans le Pacifique, Emmanuel Macron prend ses quartiers d’été au Fort de Brégançon avec les enfants et petits-enfants de son épouse. Tout en maintenant une liaison quotidienne avec Alexis Köhler et son chef d’état-major particulier. Avec un souci en moins : l’économie française reste en croissance, même si la consommation marque le pas.
Ce sont des vacances familiales qui attendent le Chef de l’État au Fort de Brégançon que le Général de Gaulle avait transformé en résidence estivale des Présidents de la République il y a 55 ans. Les trois enfants et les sept petits-enfants de Brigitte Macron devraient donc profiter de cette propriété à la fois rustique et magnifique par sa vue sur l’île de Porquerolles. Les vacances présidentielles devraient prendre fin autour du 21 ou du 22 août prochain. Puisque le conseil des Ministres de rentrée est d’ores et déjà fixé au 23 août.
Élisabeth Borne, pour sa part, devrait rejoindre le Midi où elle séjournera chez des amis avec au programme de la lecture et de la marche. Les ministres ont reçu pour consigne de rester mobilisables à tout moment et donc de ne pas s’éloigner à plus de deux heures de la capitale. Ce qui ne leur interdit pas de se rendre à l’étranger. Emmanuel Macron devrait recevoir sa Première Ministre à déjeuner au fort de Brégançon de manière à montrer que l’exécutif reste au travail. Mais le Chef de l’État restera surtout en liaison quotidienne avec Alexis Köhler, le secrétaire général de l’Élysée et avec le Général Fabien Mandon, son nouveau chef d’état-major particulier. Notamment à cause des événements qui se déroulent au Niger où sont présents une grande partie des soldats de l’ex-force Barkhane après avoir été chassés du Mali et du Burkina Faso.
L’amertume de Darmanin
Le nouveau gouvernement, conçu dans la douleur par Élisabeth Borne, a pris ses marques. Les directeurs de cabinet des nouveaux ministres ont été nommés ou reconduits avec – à chaque fois – l’aval, voire la désignation, de l’Élysée. Aurélien Rousseau qui a repris le portefeuille de la Santé a eu droit, d’emblée, à un procès d’intention sur un éventuel conflit d’intérêts en raison de la position qu’occupe son épouse comme numéro deux de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie. Heureusement la HATVP – qui a récupéré l’ex-commission de déontologie – a vite clos la polémique.
Une dizaine de jours après l’annonce du remaniement on sait que Catherine Colonna – qu’Élisabeth Borne voulait remplacer – a sauvé, in extremis, sa place au Quai d’Orsay de peu. Idem pour Éric Dupond-Moretti dont les recours déposés contre son renvoi devant la Cour de Justice de la République pour prise illégale d’intérêts ont été rejetés vendredi par la Cour de Cassation. Ce qui ouvre la voie à un procès devant la CJR pour le garde des Sceaux. Quant à Gérald Darmanin, qui a accompagné le Président de la République en Nouvelle-Calédonie avec Sébastien Lecornu, le Ministre des Armées, il n’a pas caché son amertume de rester cantonné au rôle de "premier flic de France". Un rôle pourtant sensible dans le climat actuel de fronde de certains policiers. Le ministre de l’Intérieur a donc décidé de s’émanciper en prévoyant de faire sa propre rentrée politique à la fin août à Tourcoing.
La quadrature du cercle budgétaire
S’il y a bien un ministre qui ne va pas beaucoup profiter de ses vacances, c’est Thomas Cazenave, le nouveau ministre des Comptes Publics et qu’Emmanuel Macron connaît depuis l’Inspection des finances. Il doit préparer avant la fin de l’été un projet de loi de finances pour 2024 avec des crédits accordés aux différentes missions de l’État - hors intérêts de la dette - en baisse de 4,8 milliards d’euros par rapport à 2023. Compte tenu d’une inflation, encore prévue à 2,6 % en 2024, la baisse des dépenses publiques devrait donc s’élever à 3,5 % en volume.
Une grosse partie de cet effort proviendra de la fin des boucliers tarifaires (électricité et gaz) destinés à protéger les particuliers et les entreprises. Ce qui représentera une économie de 14 milliards d’euros. À cela s’ajouteront 2,3 milliards d’euros liés à la fin du dispositif Pinel. La bonne surprise de Bercy c’est la bonne tenue de l’économie française puisque la croissance du produit intérieur brut a atteint 0,5 % au deuxième trimestre, bien plus que prévu, tirée par les exportations tandis que la consommation des ménages reste en berne. Cela assure des rentrées fiscales satisfaisantes.
Petit rebond des dépenses alimentaires
Cette première estimation de l’Insee est supérieure à sa prévision d’une croissance de 0,1 % de l’économie entre avril et juin, après une hausse de 0,1 % au premier trimestre, révisée en baisse de 0,1 point. Il semble que cette embellie soit due en partie au dynamisme de l’industrie manufacturière, du secteur des services marchands et de la production d’énergie, soutenue par la réouverture de centrales nucléaires.
À l’opposé, la consommation des ménages a fléchi de 0,4 % au deuxième trimestre, avec un repli marqué (– 2,7 %) dans l’alimentaire qui recule pour le sixième mois consécutif, toujours affecté par une inflation à deux chiffres. Dans une publication distincte, l’Insee a toutefois fait état d’un net rebond (2,5 %) de la consommation alimentaire sur le seul mois de juin. Les dépenses des ménages français en biens de consommation ont progressé de 0,9 % en juin sur un mois, tirées à la hausse par ce net rebond des achats de produits alimentaires après huit mois consécutifs de baisse.
Cassure territoriale
L’intervention télévisée d’Emmanuel Macron, lundi dernier, en direct de Nouméa n’a rien apporté de nouveau, notamment en ce qui concerne la réponse à donner aux émeutes urbaines qui ont marqué le Pays à la fin du mois de juin. Aujourd’hui la communication présidentielle semble focalisée sur deux évènements. D’abord la préparation des Jeux Olympiques de 2024 qui doivent faire de la France et notamment de Paris une vitrine incomparable. Ce qui a convaincu LVMH de rejoindre le clan des sponsors. Ensuite la réouverture de Notre-Dame de Paris programmée le 8 décembre 2024, même s’il est probable que le chantier ne sera pas complètement achevé. Emmanuel Macron tient personnellement à la réussite de ces deux défis, dont il espère en profiter pour apaiser le Pays, toujours à fleur de peau, et effacer ses clivages.
Mais l’accélération de mesures liées à la transition écologique risque de provoquer de nouvelles levées de boucliers. Bercy semble attaché à ce que le "fioul rouge" détaxé, qu’utilisent les agriculteurs, les artisans et les transporteurs, soit de nouveau taxé. Et cela à un moment où l’inflation et la hausse des taux d’intérêt étranglent la France des territoires. Il existe donc un risque important d’assister à une nouvelle cassure entre Paris – qui bénéficie de la manne des jeux olympiques – et la France des campagnes, délaissée, taxée et désabusée.
Le Niger en perdition
Sur le plan géopolitique que le Chef de l’État va continuer à suivre de près depuis sa résidence de Brégançon, il y a le sujet ukrainien avec une contre-offensive dont on parle depuis plus de trois mois et qui ressemble désormais à l’arlésienne. À moins qu’elle ait lieu et qu’elle se heurte à une armée russe plus tenace et finalement mieux outillée que ce qui nous a été dit. C’est ce que supposent un certain nombre de blogs américains rédigés par d’anciens militaires et responsables de la CIA.
L’autre sujet, c’est le coup d’état intervenu au Niger ces derniers jours. D’autant plus que ce pays, dirigé par une personnalité démocrate, était l’un des derniers points de repli des Occidentaux dans le Sahel après la décision d’Emmanuel Macron d’ordonner le retour de la force Barkhane. Quelque 1 500 soldats français - sans compter les forces spéciales - sont stationnés à Niamey et dans les environs. Idem pour 1 000 soldats américains. Outre la position stratégique de ce pays dans la bande sahélo-saharienne, il ne faut pas oublier qu’il est le quatrième producteur d’uranium au monde et l’un de nos principaux fournisseurs. Ce qui se passe à Niamey marque un échec flagrant de nos services de renseignement et des forces spéciales qui leur sont rattachées. Avec une bonne anticipation, nos commandos auraient pu restaurer le pouvoir du Président Bazoum. De fait nous voilà chassés de trois pays majeurs de cette région en attendant le résultat des élections à venir au Tchad.
P.-S. : Cette chronique dominicale prend, elle aussi, quelques jours de repos, à l’ombre des hêtres du plateau de Millevaches. Quant au fil de dépêches de WanSquare, il poursuit son décryptage de l’actualité économique sans relâche. Très bonnes vacances. Prenez soin de vous.
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