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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Complications
par Yves de Kerdrel

En réunissant les leaders de tous les partis politiques représentés à l’Assemblée nationale, Emmanuel Macron a réussi un très beau coup. Mais cela ne suffira pas à calmer les inquiétudes des Français en cette rentrée, toujours marquée par l’inflation, par une nette baisse de confiance des ménages, par un moindre optimisme des entrepreneurs et par une situation internationale confuse.

03/09/2023 - 06:30 Temps Lecture 13 mn.

Le Président de la République ne cachait pas sa satisfaction jeudi à l’Élysée au lendemain de cette réunion marathon de tous les chefs des partis politiques représentés au Parlement, y compris Manuel Bompard pour les Insoumis et Jordan Bardella pour le Rassemblement National. Pendant plus de quatre heures Emmanuel Macron a partagé avec ses invités des informations confidentielles sur la guerre en Ukraine ou sur la situation au Niger et au Gabon, cartes à l’appui.

Après une première pause vers 19 h 30, il a commencé à aborder les sujets institutionnels. Pris à partie sur l’utilisation du 49-3, il a bien répété, devant la Première Ministre, qu’il continuerait de s’en servir autant que de besoin. S’agissant des demandes de référendum sur l’immigration exprimées par Éric Ciotti et Jordan Bardella, il ne s’est pas montré enthousiaste. Et ce n’est que vers 2 heures du matin après un dîner servi sous la forme de plateaux-repas, que le Chef de l’État a rebondi sur une proposition du communiste Fabien Roussel concernant la réunion d’une grande conférence sociale avec comme principal sujet les bas salaires.

 

Un paysage politique plus fracturé que jamais

 

Comme lors des grands débats qui ont suivi la crise des gilets jaunes, Emmanuel Macron a fait preuve de talent, d’intelligence et d’endurance avec cette réunion qui a donné le sentiment pendant quelques heures d’une union nationale. Il s’est engagé à écrire à tous les participants pour leur donner une sorte de compte rendu de l’ensemble des discussions. C’est lui-même qui va effectuer ce travail, puisqu’aucun assistant ne participait à cette rencontre. La lettre devrait être rendue publique en début de semaine avant un séminaire gouvernemental prévu mercredi. Et l’on attend désormais la concrétisation de cette "initiative politique d’ampleur" comme il l’avait qualifiée avec la convocation de la conférence sociale approuvée par l’ensemble des participants.

Il reste que ce plus petit commun dénominateur témoigne de la cassure de notre paysage politique. Qu’en l’espace de douze heures de discussion les chefs de partis politiques n’aient pas réussi à trouver un accord sur des sujets de grande ampleur comme la loi sur l’immigration, la refondation de notre système éducatif ou celle de nos services de santé en dit long sur l’incapacité à trouver des majorités ponctuelles à l’Assemblée nationale.

 

Le Président toujours en déni sur sa situation

 

Selon certains propos rapportés, Emmanuel Macron aurait évoqué son impossibilité constitutionnelle à faire un troisième mandat en la qualifiant de "funeste connerie". Mais il n’est pas certain que le Président de la République ait enfin pris acte de ses deux handicaps lourds qui sont d’une part le fait qu’il est déjà considéré comme étant en fin de mandat et d’autre part le fait que la majorité présidentielle… n’a pas de majorité au Palais Bourbon.

C’est cette double faiblesse qui permet à Gérald Darmanin de s’affranchir de toutes les convenances en faisant une rentrée politique tonitruante sur ses terres à Tourcoing après avoir tiré à boulets rouges sur la manière de gouverner d’Élisabeth Borne, sur l’hyper-présence de "technos" au gouvernement ou bien sur les maladresses de la réforme des retraites. Lors d’une rentrée politique équivalente, mais moins critique, Arnaud Montebourg avait été exécuté sur-le-champ par François Hollande, pourtant peu suspect d’autoritarisme. Tout cela en dit long sur la verticalité du pouvoir chère à Emmanuel Macron qui ne sert finalement pas à grand-chose, sauf à faire de la Première Ministre une sorte de directrice de cabinet. Dans un paysage politique que le Président de la République qualifie désormais de "liquide" après l’avoir longtemps jugé "gazeux".

 

Les Français sont très sombres

 

Il faut dire que si l’on en croit le sondage fleuve réalisé par Elabe et publié le jour même de cette fameuse rencontre de Saint-Denis, les Français ne sont pas vraiment optimistes à l’occasion de cette rentrée. Si 68 % d’entre eux estiment qu’ils vont bien à titre personnel, ils ont un regard beaucoup plus sombre sur la situation du pays : 79 % estiment qu’il ne va pas bien. Le sentiment que le pays ne va pas bien est largement majoritaire dans tous les pans de la société, y compris chez les électeurs d’Emmanuel Macron (62 %).

Les Français abordent cette rentrée avec un état d’esprit encore plus morose que l’année dernière. La lassitude (52 %), la nostalgie (43 %), la tristesse (38 %), la colère (38 %) et la peur (29 %) sont les qualificatifs les plus cités pour décrire l’état d’esprit en cette rentrée. Ils devancent nettement des mots positifs comme la confiance (23 %), la satisfaction (22 %) la sérénité (22 %). Parmi une liste de douze événements survenus pendant l’été, ceux qui ont le plus marqué les Français sont les émeutes urbaines à la suite de la mort de Nahel (52 %) devant le maintien de l’inflation à un haut niveau (44 %), l’augmentation de 10 % du tarif réglementé de l’électricité au 1er août 2023 (43 %) ou encore les violents incendies dans le monde (40 %).

 

L’énigme Édouard Philippe

 

S’agissant de l’avenir du pays, ce sondage nous explique que pour les Français le meilleur successeur d’Emmanuel Macron dans son camp politique serait Édouard Philippe (31 %) qui devance nettement Bruno Le Maire (16 %), Gérald Darmanin (12 %), Gabriel Attal (11 %), François Bayrou (6 %), Élisabeth Borne (5 %) et Jean Castex (5 %). À noter toutefois que 49 % des Français jugent qu’aucune de ces personnalités serait un bon successeur. Il ne s’agit pas là d’un sondage réellement significatif concernant une élection présidentielle. Toutefois le score élevé d’Édouard Philippe intrigue toujours de la part d’un homme politique qui reste plus un mystère que l’incarnation d’une volonté de redressement du Pays.

D’autant que si le maire du Havre a dîné la semaine passée à l’Élysée, il est toujours aussi peu apprécié par Emmanuel Macron qui cherche coûte que coûte à lui barrer la route de sa succession en 2027. D’où sa mansuétude à l’égard de Gérald Darmanin et de ses initiatives désordonnées. D’où les rumeurs sur sa volonté de voir Jean Castex, actuel président de la RATP, jouer un rôle majeur. D’où aussi le soin avec lequel il traite Gabriel Attal qui réalise, il est vrai, un parcours sans faute.

 

Une hausse des prix toujours soutenue

 

En attendant, le sujet de préoccupation majeur des Français, comme du gouvernement reste l’inflation. D’autant que contrairement à ce que Bruno Le Maire avait laissé envisager juste avant l’été, celle-ci s’est amplifiée en août, la baisse des prix dans le secteur alimentaire ayant été plus que compensée par la hausse des prix de l’énergie. Les prix à la consommation en France ont donc atteint un taux d’inflation sur 12 mois de 5,7 %, contre 5,1 % en juillet, selon l’Insee en données IPCH. Un sondage Reuters réalisé auprès de 18 économistes prévoyait en moyenne un taux d’inflation sur 12 mois de 5,4 %. En données classiques, les prix à la consommation en France auraient augmenté de 4,8 % sur un an en août 2023, après une hausse de 4,3 % le mois précédent.

Les prix des produits alimentaires ont augmenté de 11,1 % en août, contre +12,7 % en juillet tandis que les prix de l’énergie, en baisse de 3,7 % le mois dernier, ont augmenté de 6,8 %. Même si la baisse de l’inflation alimentaire constitue une bonne nouvelle pour le gouvernement, qui craint que les prix élevés des produits alimentaires ne sapent la fragile confiance des consommateurs, elle reste néanmoins près de deux fois supérieure au taux d’inflation global.

 

La BCE très attendue le 14 septembre

 

Même motif et même punition pour la zone Euro où l’inflation enregistrée dans les vingt pays utilisant la monnaie commune est restée inchangée à 5,3 % en août, défiant les attentes d’une baisse à 5,1 % en raison de la forte hausse des coûts de l’énergie au cours du mois, selon les données d’Eurostat publiées jeudi. Tout cela place la Banque Centrale Européenne dans une situation bien compliquée alors que la croissance est au point mort et que la confiance des entreprises et des ménages se détériore rapidement. De fait le débat s’intensifie sur la nécessité de resserrer davantage la politique monétaire.

C’est jeudi 14 septembre que la BCE fera sa rentrée avec une réunion décisive qui pourrait se traduire par une nouvelle (et dernière ?) hausse de taux. Même si le sentiment des opérateurs de marché est plutôt inverse. Puisque selon Reuters seulement 33 % d’entre eux attendent un nouveau resserrement contre 50 % il y a une semaine. Robert Holzmann, le président de la banque centrale autrichienne et l’un des conservateurs les plus virulents au sein du Conseil des gouverneurs, a déclaré qu’il était toujours en faveur d’une hausse, mais qu’il ne considérait pas les données sur l’inflation comme décisives. Fidèle à ses propos d’avant l’été François Villeroy de Galhau a affirmé, de son côté, que "nous sommes proches, ou très proches, du point haut de nos taux d’intérêt. Nous sommes cependant encore loin du moment où nous pourrions envisager de les baisser". Il a ajouté, s’agissant de la réunion du 14 septembre, "Nos options sont ouvertes, à ce Conseil comme aux suivants".

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