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Levées de fonds / biotech / Jeito Capital / Rafaèle Tordjman / Sanofi / Corteria

Levées de fonds
biotech / Jeito Capital / Rafaèle Tordjman / Sanofi / Corteria

Jeito Capital affiche ses ambitions dans les maladies cardiovasculaires / Le fonds co-dirige le deuxième tour de table de la biotech Corteria

Pour la première fois, le fonds biotechnologique de nouvelle génération Jeito Capital de Rafaèle Tordjman a décidé d’investir dans le traitement des maladies cardiovasculaires. Il co-dirige avec le fonds américain Orbimed la nouvelle levée de fonds de 65 millions d’euros, de Corteria, jeune biotech parisienne issue de la recherche cardiovasculaire de Sanofi, qui compte trois programmes en développement.
Le Dr Rafaèle Tordjman, dondatrice et présidente de Jeito Capital, et Philip Janiak, fondateur et président de Corteria Pharmaceuticals - DR
Le Dr Rafaèle Tordjman, dondatrice et présidente de Jeito Capital, et Philip Janiak, fondateur et président de Corteria Pharmaceuticals - DR

Un investissement inédit pour le fonds de capital-risque spécialisé dans l’innovation médicale, fondé et dirigé par Rafaèle Tordjman. Pour la première fois, alors qu’elle couvre déjà de nombreuses aires thérapeutiques, allant des maladies respiratoires sévères, aux thérapies pour les malades du cancer, en passant par les thérapies cellulaires pour les maladies auto-immunes ou les maladies oculaires, la société d'investissement indépendante dédiée aux biotechnologies a réalisé un investissement dans le domaine des maladies cardiovasculaires, celles-ci demeurant la première cause de décès dans le monde. Jeito Capital vient de co-diriger, aux côtés du fonds spécialisé américain Orbimed, le deuxième tour de table de la société Corteria Pharmaceuticals, d'un montant de 65 millions d’euros.

Spécialisée dans le développement de traitements de pointe destinés aux patients souffrant d’insuffisance cardiaque sévère et sans alternative thérapeutique, Corteria Pharmaceuticals a été fondée et est dirigée par Philip Janiak, ancien responsable de la recherche cardiovasculaire chez Sanofi, et par Marie-Laure Ozoux, anciennement cheffe de projet cardiovasculaire chez Sanofi. Une parenté avec la recherche du premier groupe pharmaceutique français qui ne doit rien au hasard. Au cours de la dernière décennie, les innovations dans le domaine du traitement des maladies cardio-vasculaires ont eu tendance à ralentir. Les programmes ont été arrêtés au sein de nombreuses sociétés pharmaceutiques, y compris parmi les plus grands groupes comme Roche, ou justement Sanofi, par choix purement stratégique malgré des approches thérapeutiques prometteuses.  

"L’une des raisons était liée à la difficulté de mener à terme le développement de nouveaux produits, avec des essais cliniques très longs nécessitant un nombre de patients très élevé afin de démontrer un effet sur la mortalité, sur la survie", explique à WanSquare Rafaèle Tordjman. Mais sous la pression des patients notamment, les agences réglementaires ont perçu l’urgence et ont proposé à partir de 2020 de changer les "guidelines" pour les essais cliniques, avec la possibilité d'en faire sur des indicateurs offrant une visibilité à plus court terme, qui répondent également aux standards de sécurité. "Le critère de jugement principal conditionnant la réussite d'un essai clinique n’étant plus la survie mais plutôt l’amélioration de la fonction cardiaque notamment, cela a tout changé", explique la dirigeante.

 

La bonne opportunité

 

Ce qui explique la relance de programmes observée sur les douze à dix-huit derniers mois, et le fait que les pharmas commencent à se réintéresser à cette aire thérapeutique qu’elles ont pu délaisser. Encore fallait-il trouver la société dans laquelle investir correspondant exactement aux critères de Jeito. Or, il se trouve justement qu’"avec Corteria, nous avons trouvé la bonne opportunité", se félicite Rafaèle Tordjman.

Parmi les critères d’investissements de Jeito, outre la taille du marché, la science, la propriété intellectuelle, la qualité du management et le bénéfice patient bien sûr, le fonds cherche en particulier des cibles dont les produits vont pouvoir être mis sur le marché de manière accélérée. Dans le domaine du médicament, du fait de la durée limitée de validité des brevets, le temps représente plus qu’ailleurs de l’argent, en investissant dans des sociétés valorisées sur un chiffre d’affaires projeté. "Plus vous allez plus vite au marché, plus vous gagnez des temps sur la vie du brevet avant que le produit ne devienne générique et vous apportez une alternative thérapeutique majeure pour les patients concernés", souligne la dirigeante.

Pour ce faire, il est souvent nécessaire de cibler des populations plus petites de patients très sévères, les autorités réglementaires permettant un accès plus rapide aux traitements innovants sur ces populations en manque d’options thérapeutiques. "Nous travaillons sur des sous-populations de patients bien définies, homogènes ou pour lesquelles nous savons que la probabilité de succès est importante puisque la cible, par son mécanisme, est engagée dans le processus pathologique", explique justement de son côté Philip Janiak.

La société mène actuellement trois programmes de recherche dont le premier devrait prochainement entrer en phase clinique. "Il est en passe de démarrer sa première phase 1 en début de l'année prochaine. Cela va durer un peu moins d'un an et l’on devrait pouvoir démarrer la phase 2 fin 2024 ou début 2025", indique le dirigeant. Décalé de neuf mois par rapport au premier, le deuxième programme devrait engager sa première phase clinique à la fin de 2024, tandis que le démarrage du troisième est prévu pour 2025. 

 

Des marchés éligibles de 24 milliards d'euros

 

Les deux premiers traitements potentiels, pris sous licence à Sanofi, agissent en tant qu’agonistes (c’est-à-dire produisant des effets identiques) d’un récepteur appelé CRF2 pour "corticotropin releasing factor 2", une approche à la pointe pour le traitement de certaines formes graves d’insuffisance cardiaque, dans laquelle Corteria est très avancée.

L’un vise à traiter l’aggravation de l'insuffisance cardiaque. "Il faut savoir que l'insuffisance cardiaque est une maladie au pronostic sombre avec un taux de mortalité comparable à celui du cancer du poumon, c'est à dire 50 % de mortalité à cinq ans", souligne Philip Janiak. Le second produit vise à traiter l'insuffisance cardiaque droite. Quant au troisième, issu de la propre recherche de Corteria, il s’agit d’un anticorps anti-vasopressine, une hormone impliquée dans de nombreuses complications de l’insuffisance cardiaque, notamment associées à une hyponatrémie, soit une baisse du taux de sodium dans le sang. 

En termes de marché, sur les 60 millions de personnes qui souffrent d’insuffisance cardiaque dans le monde, l’aggravation de l’insuffisance cardiaque et l'insuffisance cardiaque droite vont concerner chacune 2,5 millions de patients potentiels globalement aux Etats-Unis et en Europe de l’Ouest. "C’est un marché éligible de 10 milliards d’euros pour chacune des deux premières indications", indique le dirigeant. Tandis que l'insuffisance cardiaque aiguë avec hyponatrémie représente, quant à elle, une indication davantage de niche avec 500 000 patients et un marché éligible de 4 milliards d’’euros. 

Grâce aux 65 millions d’euros du nouveau tour de table, auquel, outre Jeito et Orbimed, tous les investisseurs du tour d’amorçage ont également participé (Kurma Partners, Fountain Healthcare Partners, V-Bio Ventures, Invivo Capital et Omnes Capital), Corteria bénéficie d’une visibilité financière "jusqu'à fin 2025 début 2026", estime Philip Janiak. "L’objectif avec ce financement est de réaliser les phases cliniques 1 et 2 du premier programme, et de financer la phase clinique 1 des deux autres", ajoute-t-il. 

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