éditorial / Yves de Kerdrel
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Yves de Kerdrel
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Faux Plat
par Yves de Kerdrel
Après la rentrée, après la polémique sur l’abaya, après la rencontre de Saint-Denis, le pays a renoué avec la médiocrité de la politique au jour le jour. Ni la visite du Roi Charles III, ni celle du Pape François à Marseille, ni nos victoires en rugby ne sont de nature à chasser la déprime qui affecte les Français. Et le Projet de Loi de Finances pour 2024 ne rompt pas avec le saupoudrage et les fausses économies. Si bien que la dette publique va encore se creuser massivement.
La semaine qui commence est comme les aime le Président de la République : marquée par des rencontres importantes pour lui et pour la France. D’abord mardi il déjeune à l’Élysée avec le leader des travaillistes britanniques, Keir Starmer, bien placé pour remporter l’an prochain les législatives outre-Manche. Ce mercredi, après le conseil des ministres il accueille le Roi Charles III et la reine consort Camilla pour une visite de trois jours qui commencera par une traditionnelle cérémonie à l’Arc de Triomphe suivie d’un entretien à l’Élysée avec à l’ordre du jour : la biodiversité, le climat, l’état des lieux de la relation bilatérale, l’intelligence artificielle ou encore les grandes questions internationales. Dans la soirée aura lieu l’incontournable dîner d’État au château de Versailles qui sera naturellement moqué par les "mélenchonistes".
Le lendemain Emmanuel Macron et son épouse emmèneront le couple royal visiter le chantier de la restauration de Notre-Dame avant de se rendre au Muséum national d’Histoire naturelle. Vendredi matin, juste avant de partir pour Bordeaux accompagné par le ministre des armées Sébastien Lecornu, le couple royal passera une dernière fois à l’Élysée saluer Emmanuel et Brigitte Macron. Et si Élisabeth Borne est chargée d’accueillir le Pape François vendredi après-midi à l’aéroport de Marignane, Emmanuel Macron se rendra samedi matin dans la cité phocéenne afin d’assister aux conclusions des rencontres méditerranéennes qui se tiendront au Palais du Pharo. C’est là aussi que les deux hommes auront un entretien en tête-à-tête. Avant la messe célébrée au stade Vélodrome à laquelle assisteront Emmanuel Macron et son épouse. Le chef de l’État et la Première dame clôtureront cette semaine à l’aéroport de Marseille où ils salueront le Pape avant son retour à Rome.
Planification écologique et peur du populisme
De son côté Élisabeth Borne réunira demain à Matignon l’ensemble des partis politiques pour leur présenter la feuille de route du gouvernement sur la planification écologique. Cette réunion aura lieu de 10 h 30 à 12 heures, et n’a rien à voir avec les entretiens bilatéraux que la Première ministre tient cette semaine avec les groupes parlementaires et les partis politiques. Il s’agit d’organiser un Conseil de planification écologique qui sera ensuite présidé par Emmanuel Macron.
Le but est de dresser la feuille de route qui vise à définir comment la France prévoit de réduire de 50 % d’ici 2030 ses émissions de gaz à effet de serre. Elle devait initialement être adoptée et dévoilée avant l’été, mais a été reportée à plusieurs reprises. On pourrait penser qu’après l’été marqué par des températures extrêmes, des incendies de forêts géants au Canada ou en Grèce, tout cela ne laissera place à aucune polémique. En fait comme l’a montré le discours d’Ursula von der Leyen mercredi dernier à Bruxelles, le "green deal" risque d’alimenter la montée des populismes.
Retour à la cuisine politicienne
Après l’initiative politique d’ampleur qui s’est traduite par la Rencontre de Saint-Denis, et alors que le Parlement ne reprendra ses travaux que dans une semaine, on a le sentiment que le Pays a déjà renoué avec l’habituelle cuisine politicienne. Avec deux enjeux principaux. D’abord le vote toujours très incertain du texte sur la trajectoire des finances publiques qui revient sur le devant de la scène faute de majorité au printemps dernier. Si les LR ne font pas preuve de davantage de souplesse, l’utilisation d’un 49-3 pourrait être nécessaire.
L’autre texte important est celui sur l’immigration qui ne peut être voté qu’avec l’appui de la droite de gouvernement. Mais celle-ci a fixé comme ligne rouge la non-régularisation des sans-papiers travaillant dans les métiers en tension. Or au sein de Renaissance et du Modem, on constate l’apparition de "frondeurs" dont Sacha Houlié, le Président de la Commission des Lois, signataire de la fameuse tribune dans Libération sur les mesures à prendre en faveur des travailleurs sans-papiers et des demandeurs du droit d’asile afin qu’ils puissent travailler dès leur arrivée sur le sol français sans attendre la fin d’un délai de carence de six mois.
Choc des postures sur l’immigration
Ce texte présenté par Gérald Darmanin, qui aurait déjà dû être soumis aux parlementaires il y a un an, va d’abord arriver au Sénat au tout début du mois de novembre, où Bruno Retailleau entend bien s’en saisir afin de le durcir. Ce n’est qu’au début de 2024 qu’il devrait arriver devant les députés avec à la clé une discussion qui risque d’être agitée. Surtout si le nombre de faits divers impliquant des "sans-papiers" se multiplie. Pourtant la régularisation de tous ceux qui travaillent et participent à la croissance du pays apparaît comme une question de bon sens. Sans pour autant créer de "pompe aspirante" pour l’immigration illégale.
Tout cela montre bien que la volonté du Président de la République de transcender les clivages traditionnels risque, encore une fois, de se heurter à un personnel politique qui utilise ses vieux réflexes et qui regarde les prochaines échéances électorales. À commencer par les élections européennes où il faut redouter une forte poussée du Rassemblement National que plusieurs sondages récents ont contribué, une fois encore, à dédiaboliser.
Le retour à la vertu budgétaire attendra
C’est dans dix jours que Bruno Le maire et Thomas Cazenave présenteront en Conseil des Ministres le projet de loi de finances pour 2024. Avant l’été il était question d’un budget marqué par la rigueur et la baisse des dépenses en volume. Selon les premières indications données il y a quelques jours lors d’un briefing presse par les deux principaux locataires de Bercy, il serait question de 16 milliards d’euros d’économies provenant pour 10 milliards d’euros de la fin du bouclier tarifaire sur le gaz et sur l’électricité, pour 4,5 milliards d’euros de la réduction des aides aux entreprises, pour 1 milliard d’euros de la réduction des aides à la politique de l’emploi au moment où le taux de chômage atteint un plus bas historique et de 700 millions d’euros de recettes d’une réforme de structure de la réforme de l’assurance-chômage. Cela s’ajoute à un gel des crédits de dépenses de 5 milliards d’euros.
Mais en contrepartie, Bruno Le Maire, a insisté sur sa volonté de conserver "la qualité du modèle social français". D’une part en revalorisant les prestations sociales et les minimas sociaux à hauteur de 4,5 milliards d’euros et les retraites pour 14,5 milliards d’euros. In fine le déficit public devrait donc s’établir cette année encore non loin de 130 milliards d’euros, avec une charge de la dette tutoyant la cinquantaine de milliards. C’est dire si la France est encore loin d’un retour à la vertu en matière de finances publiques. Pour mémoire, le dernier budget en excédent voté en France concernait l’année 1974 – il y a cinquante ans – qui a vu mourir Georges Pompidou.
La pertinence des boucliers budgétaires
Toutes les hypothèses budgétaires ont été construites, pour le moment, par Bercy sur la base d’une croissance légèrement révisée à la baisse à 1,4 %. La semaine dernière, dans ces mêmes colonnes, nous expliquions à quel point l’hypothèse précédente d’une croissance de 1,6 % nous paraissait farfelue. La récession en Allemagne, les difficultés en Chine et la persistance de taux d’intérêt élevés ont fini par ramener Bercy à davantage de prudence. On saura demain ce qu’en pense la Banque de France qui livrera ses prévisions de croissance et d’inflation jusqu’en 2025. Ce qui est sûr c'est que cette nouvelle hypothèse de 1,4 % de croissance n'est pas plus réaliste dans la mesure où l'Insee a déjà indiqué que l'acquis de croissance serait faible avec un rythme de progression du PIB de 0,1 à 0,2 % par trimestre. On ne peut raisonnablement pas s'attendre à une croissance supérieure comprise entre 0,8 et 1 % en 2024
Lors de son briefing, Bruno Le Maire s’est vanté que la France a moins souffert de l’inflation que la plupart des autres pays de la zone euro. Tout cela grâce aux différents boucliers budgétaires qui ont coûté des dizaines de milliards aux finances publiques. Il faut tout de même s’interroger sur la pertinence d’une politique qui vise à protéger les Français des chocs extérieurs en accroissant la dette et en reportant cet effort sur les générations futures. Depuis des siècles la France est soumise à l’inflation comme à la déflation. Mais la préservation du pouvoir d’achat se conduit d’abord par la hausse des rémunérations et un bon fonctionnement du marché du travail. Et il est regrettable que le patronat français traîne toujours des pieds sur la question des bas salaires. Dès lors qu’un tiers des Français ne dispose que de 100 euros le dix de chaque mois.
Le silence du Gouverneur
Comme cela était attendu par les marchés la Banque Centrale Européenne a annoncé jeudi un relèvement de 0,25 points de son taux directeur qui atteint désormais 4 %. Il s'agit de la dixième hausse de taux en l'espace de quatorze mois. Lors de chacune des hausses précédentes, François Villeroy de Galhau, prenait le temps, le lendemain, de faire la pédagogie et le "service après-vente" du wording de la Banque Centrale dans un média français grand public comme BFM Business, France Inter ou RTL. Curieusement cette fois-ci il s'en est abstenu. De là à penser que le Gouverneur de la Banque de France n'était pas en accord avec la position prise par le Conseil des Gouverneurs, il y a un pas que nous n'hésitons pas à franchir. D'autant que les données macro-économiques pouvaient justifier une pause dans cette hausse des taux d'intérêt d'une rapidité fulgurante. De la même manière, lors de sa prise de parole vendredi matin à Saint-Jacques de Compostelle, où il participait à l'Eurofin, François Villeroy de Galhau s'est abstenu de justifier la décision de la BCE.
Si Christine Lagarde a indiqué que la décision a été prise grâce à une majorité solide, le conseil des gouverneurs était, semble-t-il, assez divisé sur l'opportunité de cette hausse des taux. Ce qui l'a amené à indiquer que sur la base de son évaluation actuelle, il considère que "les taux d'intérêt de la BCE ont atteint des niveaux qui, maintenus pendant une durée suffisamment longue, apporteront une contribution substantielle au retour rapide de l'inflation vers l'objectif".
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