Banques / Bpifrance / Accélérateurs / Capital entrepreneurial / Accompagnement non financier
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Bpifrance / Accélérateurs / Capital entrepreneurial / Accompagnement non financier
Les retombées financières de l’accompagnement (non financier) de Bpifrance / Le capital entrepreneurial est une des clés du succès
Le dixième anniversaire de Bpifrance semble être une occasion toute trouvée pour évaluer l’impact de ses missions sur l’économie française. En témoigne notamment le rapport de la Cour des comptes sur ses travaux d’investissement paru en juin, ou encore l’étude sénatoriale au sujet des fonds de garantie gérés par la banque publique d’investissement au mois de juillet. Au tour, cette fois, des activités extra-financières de l’institution dirigée par Nicolas Dufourcq d’avoir attiré l’attention d’un groupe de chercheurs. Et plus particulièrement celles qui concernent les accélérateurs.
En effet, les universitaires Fabrice Gilles (Université de Lille), Yannick L’Horty (Université Gustave Eiffel) et Ferhat Mihoubi (Université Paris-Est Créteil) se sont attelés à quantifier les effets d’un passage au sein de ces programmes d’accompagnement, sur les activités des entreprises sélectionnées.
Après une première évaluation portant sur les trois premiers programmes accélérateurs ciblés sur des PME, une deuxième qui a étendu le champ d’analyse à dix programmes de Bpifrance et une troisième sur les performances des entreprises accélérées dans le contexte de la crise sanitaire, les auteurs de l’article scientifique l’assurent : "Avec des jeux de données et des méthodologies différentes, ces trois études produisent des résultats convergents qui indiquent que les accélérateurs augmentent à la fois le chiffre d’affaires, l’investissement et l’emploi des entreprises accélérées".
Passer de PME à ETI
De fait, la première évaluation portait déjà des résultats encourageants. L’observation de trois promotions d’entreprises entrées dans les accélérateurs de petites et moyennes entreprises (PME) en 2015, 2016 et 2017 avait permis de constater, entre l’année précédant l’entrée en accélérateur et l’année suivant la sortie, une progression du chiffre d’affaires moyen de 22 % pour la première cohorte et de 50 % pour les deux suivantes. Sur les effectifs, mêmes conclusions. Ils se sont appréciés de 12 % pour le premier groupe et de respectivement 26 % et 36 % pour les autres.
En tout et pour tout, pour l’accélérateur PME, les chercheurs ont indiqué avoir trouvé un effet positif du programme sur la progression annuelle du volume d’affaires de l’ordre de dix points et de seize points sur la valeur ajoutée. Enfin, pour la première cohorte entrée en 2015 dans l’accélérateur, il aura été observé "un impact positif sur la probabilité de passer du statut de PME à celui d’entreprises de taille intermédiaire (ETI), qui s’accroît de plus de sept points", remarquent les auteurs.
Pour la seconde évaluation, l’enquête avait donc été élargie aux deux programmes nationaux sur les ETI et à quatre accélérateurs régionaux ainsi qu’à un programme sectoriel. Aux effets positifs sur le chiffre d’affaires ou la valeur ajoutée s’est aussi ajoutée une influence sur l’excédent brut d’exploitation. "Tout se passe effectivement comme si les entreprises accélérées avaient subi un choc positif de compétitivité", observe l’étude académique. Enfin, la troisième évaluation est à nouveau venue confirmer la capacité des accélérateurs à améliorer l’offre des entreprises sélectionnées, "leur permettant d’afficher des résultats plus favorables que ceux des entreprises non accélérées dans un contexte historiquement singulier comme celui de la crise sanitaire", soulignent Fabrice Gilles, Yannick L’Horty et Ferhat Mihoubi.
Les capitaux humains et sociaux forment un bon mélange
Et pourquoi donc ? Tout d’abord, s’ils ne comprennent pas de volet financier, les programmes de Bpifrance s’apparentent tout de même à un investissement. Mais, en capital humain, expliquent les auteurs, au travers des actions de formation et de l’accès à des activités de conseil. Et également en capital social, du fait de la mise en réseau des dirigeants, de l’accès à un bouquet de services et de leur participation à des évènements. Leur intensité et leur durée (d’une à deux années) permettent ainsi de produire un double effet de label et de transformation organisationnelle de l’entreprise.
Tous ces types d’interventions mis bout à bout reviennent en fait à enrichir le capital entrepreneurial des sociétés accélérées, l’un des leviers de l’efficacité de ce genre de programme. Il s’agit, finalement, de toutes les compétences et ressources utiles au décollage et à la croissance des entreprises : capacité des dirigeants à saisir les opportunités de développement, réputation de leur société afin d’attirer des talents, les investisseurs et les clients et accès à un réseau entrepreneurial.
Autant d’observations et de résultats qui suggèrent, pour les auteurs, qu’une action de formation et d’accompagnement des chefs d’entreprise et dénuée d’un aspect monétaire peut produire des effets importants. Et de conclure : "A notre connaissance et de façon plus générale, aucune étude sur les aides financières aux entreprises en France n’indique des effets d’un ordre de grandeur comparable à ceux que nous mettons en évidence avec les accélérateurs".
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