éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
éditorial
Appréhension
par Yves de Kerdrel
La semaine passée a été marquée par l’horreur de l’attaque terroriste subie par Israël il y a huit jours. Ce qui s’est déroulé a montré à quel point l’occident, de manière générale, avait baissé la garde sur la question de l’antisémitisme d’une part et de l’islamisme d’autre part. C’est sans doute un radicalisé islamiste qui a assassiné vendredi un professeur de lettres à Arras, à trois jours de la commémoration de l’horrible attentat contre Samuel Paty.
Difficile d’éditorialiser dans des moments comme ceux que nous vivons depuis quelques jours. Difficile de prendre du recul et de la hauteur face à l’horreur des crimes commis par le Hamas lors de son attaque terroriste du 7 octobre – cinquante ans jour pour jour après le déclenchement de la guerre du Kippour. Difficile d’objectiver des faits lorsque nos amis juifs en tant que juifs ont subi des rafles ou des massacres aveugles dont les précédents nous ramènent aux scènes de la dernière guerre mondiale, et donc à la Shoah.
Deux conclusions peuvent déjà être tirées de ce qu’il s’est passé. D’abord nous avons tous, dans cette région d’abord, mais en Europe aussi, baissé la garde sur cet antisémitisme latent ici, violent plus loin ou exacerbé et qui veut la destruction d’Israël. Nous avons tous oublié que la charte du Hamas annonce vouloir rayer ce pays de la carte du monde et que les Iraniens le répètent à chaque fois qu’ils le peuvent. Ensuite, huit ans après la tuerie du Bataclan, les attentats contre Charlie Hebdo, ou le massacre de Nice, nous avons aussi cru la thèse de certains militaires expliquant que l’état islamique avait disparu. Les bombes n’arrivent, hélas, jamais à bout d’une idéologie. Et l’hydre de Daech réapparaît sous des formes diverses mais toujours horribles. Par exemple à Arras, vendredi, avec l’assassinat du professeur de lettres, Dominique Bernard, par un jeune radicalisé.
Riposte légitime
On attend désormais dans les jours, voire dans les heures qui viennent, la riposte légitime d’Israël contre le Hamas, à travers un raid sur la bande de Gaza. Celle-ci a déjà été largement bombardée au cours de la semaine passée sur des points vitaux avec en ligne de mire un certain nombre de cibles militaires palestiniennes cachées dans des mosquées. Tsahal a demandé à la population du nord de Gaza de quitter leurs habitations afin de rejoindre le Sud de la Bande. Ce qui laisse présager une large offensive militaire. Déjà des éléments d’élite et des forces spéciales sont entrés sur ce territoire dirigé par le Hamas afin de repérer les caches de certains otages.
On ignore bien sûr le niveau de "sévérité" de la riposte israélienne. Mais si Benyamin Netanyahou n’a pas brillé jusqu’à présent par sa finesse politique, il a tout de même réussi à former un cabinet de guerre avec ses adversaires politiques et notamment avec Benny Gantz, ancien général d’armée et ancien ministre de la Défense. Reste à savoir comment sera traitée la question des otages. Si jusqu’à présent Israël a toujours cherché à les sauver, il se dit que le gouvernement a déjà activé "la directive Hannibal" qui ne privilégie pas le sauvetage des militaires ou des civils enlevés. Rappelons tout de même que Yonatan Netanyahou, le frère du Premier Ministre israélien a été la seule victime tuée lors du raid d’Entebbe destiné à délivrer des otages dans un Airbus d’Air France reliant Paris à Tel-Aviv.
Détente du Dix ans américain
Jusqu’à présent l’attaque terroriste du 7 octobre n’a eu que d’impact sur les principaux paramètres économiques. Le prix du baril de pétrole a légèrement bondi lundi dernier avant de rebaisser les jours suivants. Les marchés boursiers n’étaient pas particulièrement bien orientés. Le 10 ans américain a connu une légère détente, dans la mesure où il a fait l’objet de nombreux achats, en tant que valeur refuge. L’once d’or est naturellement repartie à la hausse. Et à Paris l’action Thales a gagné 12 % sur la semaine.
Les économistes de Bloomberg Economics ont constitué trois scénarios pour les jours et les semaines à venir en fonction de l’importance de la riposte israélienne et des conséquences qu’elle aura au Proche-Orient, notamment dans le sud-Liban, voire dans toute la région si les milices du Hezbollah au Liban et en Syrie se joignent aux combats. Une escalade plus accentuée pourrait conduire Israël à un conflit direct avec l’Iran, fournisseur d’armes et d’argent du Hamas, ce dernier étant défini par les États-Unis et l’Union Européenne comme un groupe terroriste.
Un premier scénario comparable à la riposte de 2014
Le premier scénario prévoit une riposte comparable à celle de 2014, lorsque l’enlèvement et le meurtre de trois Israéliens par le Hamas ont déclenché une invasion terrestre de Gaza qui a fait plus de 2 000 morts. Les combats ne se sont pas étendus au-delà du territoire palestinien et leur impact sur les prix du pétrole et sur l’économie mondiale a été limité. L’une des hypothèses possibles du conflit actuel pourrait être une répétition de cette histoire, à laquelle s’ajouterait une application plus rigoureuse des sanctions américaines sur le pétrole iranien.
Or Téhéran a augmenté sa production pétrolière de 700 000 barils par jour cette année, les échanges de prisonniers et le dégel des actifs signalant un dégel des relations avec les États-Unis. Si ces barils disparaissent sous la pression américaine, Bloomberg Economics anticipe une augmentation des prix du pétrole de 3 à 4 dollars. L’impact sur l’économie mondiale dans ce scénario serait minime, surtout si l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis compensent la perte de barils iraniens en utilisant leurs capacités inutilisées.
L’hypothèse d’une mobilisation du Hezbollah
Le second scénario part de l’hypothèse que le conflit ne resterait pas contenu à la bande de Gaza. Dans ce cas, le Hezbollah qui a déjà échangé des tirs avec les forces israéliennes à la frontière libanaise et a déclaré avoir utilisé des missiles guidés pourrait être l’un des acteurs d’une escalade. Si le conflit s’étendait au Liban et à la Syrie, il se transformerait effectivement en une guerre par procuration entre l’Iran et Israël et le coût économique augmenterait. Lors du bref mais sanglant conflit entre Israël et le Hezbollah en 2006, le baril de pétrole avait bondi de 5 dollars. Les économistes estiment que dans les circonstances actuelles il pourrait augmenter de 10 %, à environ 94 dollars.
Les tensions pourraient également s’accentuer dans la région avec l’Égypte, le Liban et la Tunisie qui se trouvent dans une situation économique dramatique. La réponse d’Israël à l’attaque du Hamas pourrait déclencher des protestations comparables à ce que l’on a pu voir lors du Printemps arabe. Les experts s’attendent dans ce scénario à une hausse de huit points de l’indice Vix, qui mesure l’aversion au risque. Cela représenterait une baisse de 0,3 % de la croissance mondiale en 2024, avec un PIB ralentissant à 2,4 %. À l’exception de la crise du Covid de 2020 et de la crise mondiale de 2009, il s’agirait du taux de croissance le plus faible des 30 dernières années. D’autant que la hausse des prix du pétrole ajouterait environ 0,2 % à l’inflation mondiale, la maintenant proche de 6 % avec à la clé une pression sur les banques centrales.
Le spectre d’un conflit direct entre l’Iran et Israël
Le troisième scénario, que personne ne souhaite et qui est sans doute le moins probable est un conflit direct entre l’Iran et Israël. Il se trouve qu’Israël et les États-Unis ont envoyé des messages contradictoires concernant la complicité de l’Iran dans l’attaque du Hamas. Les responsables américains affirment avoir la preuve que les dirigeants iraniens ont été pris par surprise. Dans ce scénario, cela ajouterait encore plus de tensions entre les superpuissances : les États-Unis sont un proche allié d’Israël, tandis que la Chine et la Russie ont approfondi leurs liens avec l’Iran.
Environ un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole provient de la région du Golfe, ce qui entraînerait une montée en flèche des prix. Peut-être que le prix du pétrole brut ne quadruplerait pas, comme cela s’est produit en 1973 lorsque les États arabes ont imposé un embargo en représailles contre les États-Unis pour leur soutien à Israël. Mais si Israël et l’Iran se tirent mutuellement des missiles, les prix du pétrole pourraient augmenter à l’image de ce qui s’est produit après l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990. Avec à la clé une fermeture du détroit d’Ormuz par les Iraniens et un prix du baril qui pourrait atteindre 150 dollars. Mais comme l’aurait dit Paul Claudel : "le pire n’est pas toujours sûr."
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