éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
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Éclipse
par Yves de Kerdrel
Les suites de l’immonde attaque terroriste du Hamas contre Israël et le choc provoqué par l’assassinat d’un professeur dans son lycée à Arras éclipsent toute l’actualité économique. À un moment où le climat des affaires dégringole et où la hausse des taux de rendement obligataire se poursuit aux États-Unis.
Depuis l’horrible attaque terroriste du 7 octobre dernier contre Israël, l’actualité, l’agenda et le temps de manière générale semblent suspendus. D’abord parce que l’Occident redécouvre une barbarie que l’on croyait rangée au magasin des atrocités de l’histoire. Ensuite parce que nous voyons, en France, en Belgique, en Grande-Bretagne, à quel point nos sociétés sont fragiles face à cette hydre islamiste, dont certains avaient trop rapidement annoncé la disparition. Enfin parce que nul ne sait les effets géopolitiques que va produire la riposte légitime d’Israël.
Emmanuel Macron, qui n’a jamais été à l’aise avec les tensions au Proche-Orient, tente par tous les moyens de s’adapter à une actualité particulièrement pesante. Après avoir annulé sa participation mercredi dernier aux 70 ans de L’Express où il devait débattre face à Francis Fukuyama (C’est Bruno Le Maire qui a été chargé de le remplacer), après avoir annulé son déplacement à Villers-Cotterêts pour assister à l’enterrement de Dominique Bernard, le professeur de lettres assassiné à Arras, Emmanuel Macron a reporté sa visite d’État en Suède qui était prévue demain et mardi prochain. Seul rendez-vous maintenu à son agenda cette semaine : Bruxelles, pour le Sommet européen jeudi et vendredi avec les 26 autres chefs d’États et de gouvernement. D’ici là, la possibilité que le président de la République se rende en Israël (sans doute mardi) ou en Égypte n’est pas écartée. Mais le chancelier allemand Olaf Scholz, le président américain Joe Biden et le premier ministre britannique Rishi Sunak l’ayant devancé, le Chef de l’État veut d’abord s’assurer de l’utilité de sa démarche.
La Conférence sociale a fait "pschitt"
De fait, la grande conférence sociale du 16 octobre 2023, présidée par Élisabeth Borne au Palais d’Iéna, n’a pas déchaîné les passions médiatiques. D’autant plus que sa récolte a été assez maigre. Officiellement elle a débouché sur la mise en place d’un Haut Conseil des rémunérations. La vocation de ce nouveau Comité Théodule est de dynamiser la progression des salaires en se concentrant sur la révision des classifications de branches, les temps partiels subis, les contrats courts ou encore l’égalité professionnelle femmes-hommes. Il devrait être composé de représentants des organisations patronales et syndicales, de membres de l’Insee et de la Dares et d’experts divers. C’est Olivier Dussopt qui est chargé de le mettre en œuvre dès le mois de décembre en précisant ses contours, sa composition et son fonctionnement.
Il a résulté de l’intervention d’Élisabeth Borne sur la question des rémunérations que, sans se substituer aux branches ou aux employeurs, l’État doit donner une impulsion, orienter, voire parfois sanctionner. Dans son viseur, notamment, la soixantaine de branches professionnelles continuant d’afficher des minima inférieurs au Smic, dont les laboratoires d’analyses médicales, les parcs de loisirs ou encore les pompes funèbres. La cheffe du gouvernement a demandé à ces branches de réévaluer leurs grilles salariales d’ici le 1er juin prochain. Par ailleurs, la Première Ministre a fait part de la volonté du gouvernement de refondre l’index de l’égalité professionnelle afin de lutter contre les inégalités salariales entre hommes et femmes. Enfin, dans le même sens, Élisabeth Borne a annoncé vouloir faire évoluer le congé parental vers une période d’interruption du travail mieux rémunérée et partagée de manière plus équitable entre les deux parents.
Un premier 49-3 sur le volet recettes du PLF
L’actualité politique a surtout été dominée par la discussion budgétaire. Avec une très grande créativité des députés puisqu’environ 5000 amendements ont été déposés. De manière à ne pas laisser prospérer certaines idées non supportées par le gouvernement, Élisabeth Borne a actionné le 49-3 sur le volet "recettes" du projet de loi de finances dès mercredi. Juste après que le Conseil des Ministres lui en a donné l’autorisation.
Sans surprise, les deux motions de censure déposées par La France Insoumise et le Rassemblement National ont été rejetées. À noter que le gouvernement a retenu dans le texte adopté quelque 300 amendements. L’un d’entre eux concerne les rachats d’actions avec pour but que les titres acquis puissent être distribués aux salariés sous forme d’abondement patronal dans le cadre de plans d’épargne entreprise. Un autre, déposé par le groupe Horizons, permet le déblocage de l’épargne salariale jusqu’à 10 000 euros. Une mesure prise dans le cadre du soutien au pouvoir d’achat.
Darmanin en hyperactivité
Pour l’heure le climat reste dominé par les questions de sécurité intérieure. Le Chef de l’État a tenu plusieurs conseils de défense à l’Élysée, en comité restreint, depuis l’attaque du 7 octobre. Les services de renseignement et plus particulièrement la DGSI sont très sollicités. Pascal Mailhos, le coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, est le principal interlocuteur d’Emmanuel Macron et d’Alexis Köhler sur tous ces sujets. Par ailleurs Emmanuel Macron échange beaucoup avec Laurent Nunez, le préfet de Police de Paris, en qui il a une totale confiance. C’est d’ailleurs ce dernier qui serait favori pour remplacer Bernard Émié à la tête de la DGSE. Toute la question est de savoir si cela interviendra avant ou après les Jeux Olympiques.
Gérald Darmanin a cherché, de manière un peu trop voyante, à exploiter la triste actualité pour pousser son projet de loi immigration. Par ailleurs il se passe une curieuse "course à l’échalote" médiatique entre le Ministre de l’intérieur et Gabriel Attal. Le premier ne veut pas laisser le ministre de l’Éducation incarner à lui seul la notion d’autorité – ce qu’il fait très bien – et déploie pour cela une hyperprésence médiatique qui pourrait se révéler contreproductive.
Le climat des affaires se dégrade
Au chapitre économique, il faut noter une étude récente de l’Insee montrant que le climat des affaires est en recul. Il est passé sous sa moyenne de longue période dans tous les secteurs d’activité. L’indicateur qui synthétise l’opinion des chefs d’entreprise tombe à 98 (-2 points par rapport à septembre), tandis que l’indicateur du climat de l’emploi se replie légèrement lui aussi, tout en restant au-dessus de sa moyenne de longue période.
Du côté des marchés, ce n’est pas vraiment l’enthousiasme, comme en témoigne le taux de rendement de l’OAT à dix ans qui est venu tutoyer les 3,60 %, un niveau jamais vu depuis 2011. L’escalade des tensions au Moyen-Orient et l’angoisse suscitée par les rendements obligataires élevés plongent les investisseurs dans une profonde aversion au risque qui profite au métal jaune avec une once d’or qui se rapproche de son plus haut niveau historique.
Des économistes prudents sur l’inflation
Le cycle de hausse des taux de la Banque centrale européenne est terminé, selon les 85 économistes interrogés par Reuters, mais, selon eux, il faudra attendre au moins juillet 2024 avant de commencer à l’assouplir. En septembre, la BCE a relevé ses taux directeurs de 25 points de base, portant le taux de dépôt à 4 % et le taux de refinancement à 4,50 %, mais a signalé que cette dixième hausse consécutive en 14 mois était probablement la dernière. Aucun des 85 économistes interrogés par Reuters du 12 au 19 octobre ne fait état d’une nouvelle hausse des taux, mais le moment de la première baisse reste très incertain.
La prévision médiane et l’opinion majoritaire de 58 % des économistes interrogés est que cela se produirait au troisième trimestre de l’année prochaine, ou plus tard, et que le taux de dépôt serait de 3,50 % d’ici fin septembre 2024. François Villeroy de Galhau, a réaffirmé la semaine dernière que la BCE devrait maintenir son taux directeur à son niveau actuel – le plus élevé depuis près de 25 ans – aussi longtemps que nécessaire. L’inflation dans la zone euro décroît lentement mais sûrement. Cependant à 4,3 % en septembre, elle est encore plus du double de l’objectif de 2 % de la BCE. Pour la majorité des économistes il faudra attendre au moins le troisième trimestre 2025 pour que l’inflation atteigne cet objectif.
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