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Sanofi / Paul Hudson
Le (bon) choix stratégique incompris de Sanofi / Vendredi noir pour le laboratoire pharmaceutique
La pilule ne passe pas. Sanofi a fait bien plus que publier ses comptes du troisième trimestre vendredi. Inférieurs aux attentes, ces derniers ont été accompagnés d’un avertissement sur les résultats 2024 et de l’abandon de l’objectif d’une marge opérationnelle de 32 % pour 2025. Mais aussi d’une grande annonce stratégique, celle de la scission à venir de son activité de santé grand public, projet qui, pour le coup, serait plutôt créateur de valeur, et aurait pu et dû être bien accueilli dans un autre contexte. Dans le cas présent néanmoins, comme le remarquent à juste titre les analystes du cabinet Stifel, "le solde net des annonces semble négatif ". Pour preuve, la sanction boursière subie vendredi par Sanofi, dont l’action a plongé de 19 %, à 19,55 euros.
Si l’on s’en tient aux résultats du troisième trimestre, Sanofi a fait moins bien que prévu à tous les niveaux, mais dans des proportions limitées. "L’écart au niveau du chiffre d’affaires est très faible et se situe dans la marge d’erreur", poursuit Stifel. Le Dupixent, le médicament phare, a certes dépassé les attentes avec des ventes en hausse de près de 33 % à plus de 2,8 milliards d’euros. Mais les nouveaux produits ne montent pas tous en puissance à la même vitesse, entre le démarrage en trombe du Beyfortus (contre la bronchiolite) et le lancement plus calme de l’Altuviio (contre l’hémophilie). S’ajoutent à cela des ventes de vaccins contre la grippe en recul et des ventes de médicament sans ordonnances pénalisées par un effet de change plus négatif qu’anticipé. S’agissant du bénéfice par action (bpa) du troisième trimestre, le décalage par rapport aux attentes est un peu plus significatif, les 2,55 euros annoncés se situant 2,3 % en dessous du consensus. Mais pas de quoi remettre en cause cependant la prévision de Sanofi pour l’exercice en cours d’un hausse du bénéfice net par action "dans le milieu de la fourchette à un chiffre".
Pour l’essentiel, la déception porte donc sur les perspectives 2024 et 2025. Pour l’année prochaine, le groupe dirigé par Paul Hudson prévoit "une baisse dans le bas de la fourchette à un chiffre par rapport à 2023" de son bénéfice par action. Soit très loin de la hausse de 6 % environ anticipée par le consensus des analystes. La faute en partie à la hausse du d’imposition auquel le groupe est soumis, qui va passer de 19 % en 2023 à 21 % en 2024. Sans cela, le bénéfice par action resterait "à peu près stable", indique l’entreprise.
Un pipeline sous-évalué
Pour 2025, le fort rebond attendu du bpa, aidé par un nouveau programme d’économies de coûts pouvant aller jusqu’à 2 milliards d’euros sur deux ans, ne suffira pas à atteindre les 32 % de marge opérationnelle que le groupe s’était fixée comme objectif. La raison est double. Elle tient d’une part aux pressions sur les prix de son activité de médecine générale, mais aussi, et surtout, à la volonté du groupe de renforcer ses investissements dans son portefeuille de nouveaux produits. Un choix plutôt cohérent en réalité. C’est d’ailleurs ainsi qu’il faut comprendre la décision de rendre autonome l’activité de santé grand public (dont le célèbre Doliprane fait partie), probablement sous la forme d’une introduction en Bourse vers la fin 2024, afin de mieux se concentrer sur ses médicaments et vaccins innovants, où réside le plus grand potentiel de création de valeur.
Ce virage stratégique devrait ainsi s’avérer "de bon augure pour la croissance organique et les marges à long terme de Sanofi ", remarque le cabinet de recherche indépendant AlphaValue. En augmentant ses dépenses de R & D, Sanofi ne fera d’ailleurs que réduire l’écart qui le sépare des grands laboratoires suisses Roche ou Novartis. Sachant que d’ores et déjà, au-delà de la déception sur les prévisions de résultats de l’année prochaine, l’amélioration du "pipeline" du groupe est peut-être déjà sous-évaluée. De l’avis des analystes de Bank of America, elle n’est en effet clairement "pas suffisamment prise en compte", avec notamment plusieurs lancements d’études cliniques à des stades avancés anticipés au cours des prochains mois.
En Bourse, le plongeon du jour pourrait d’ailleurs n’être pas si dramatique à condition pour les investisseurs de faire preuve d’un peu de patience. Dans un passé pas si lointain, la chute (certes moindre) subie en août 2022 lors de l’annonce du litige relative au médicament anti-brûlures d’estomac Zantac aux États-Unis avait été rapidement effacée.
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