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Yves de Kerdrel
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Riposte précise
par Yves de Kerdrel
Après avoir temporisé, sous la pression américaine, Israël a commencé sa riposte sur la bande de Gaza, avec des chars et des troupes au sol, mais sans que cela ressemble à une attaque massive. Le déplacement d’Emmanuel Macron dans la région n’a pas apporté de résultat concret. Le chef de l’État a tenu un discours à double détente dont on ne sait s’il était destiné à ses hôtes ou à nos banlieues.
La semaine passée a été largement marquée par les affaires étrangères pour Emmanuel Macron qui est arrivé tôt mardi matin à Tel Aviv avant de rentrer en France dans la nuit de mercredi à jeudi en provenance du Caire. Le Chef de l’État a d’abord rencontré les familles d’otages français dans un salon de l’aéroport Ben Gourion avant d’enchaîner les rencontres avec le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou puis avec le Président Isaac Herzog.
C’est lors de la déclaration commune avec le premier qu’Emmanuel Macron a fait sursauter la plupart des diplomates du Quai d’Orsay et encore plus les chefs d’état-major de nos armées en évoquant la constitution d’une éventuelle coalition contre le Hamas, sur le modèle de la coalition contre Daech. Car le Président de la République fait hélas partie de ceux qui croient toujours que l’état islamique a été battu, alors qu’il est présent en Syrie, aux confins de l’Irak et dans le Sinaï.
Un projet de coalition vite abandonné
Après cette première surprise il est parti pour Ramallah en Cisjordanie où il a rencontré Mahmoud Abbas – également appelé Abou Mazen – le président de l’autorité palestinienne. Quoi de plus normal. Sauf lorsqu’il a dû assister devant les caméras de télévision à la lecture d’un texte où son interlocuteur qualifiait le Hamas de mouvement de résistance. Comme l’a fait quelques heures plus tard la Reine Rania de Jordanie sur CNN tout en niant certains des crimes commis le 7 octobre dernier dans les kibboutz.
Pendant ce temps Emmanuel Macron avait eu le temps de ranger dans son cartable son projet de coalition. D’autant que c’était une idée difficile à "vendre" au Roi Abdallah de Jordanie, dont les soldats faisaient partie de la coalition anti-Daech, mais qui ne voit pas l’utilité de faire de même pour raser Gaza. C’est à Amman que le "En Même Temps" macronien était le plus difficile à faire passer alors que, nous disposons depuis presque dix ans d’une base aérienne projetée en Jordanie. Restait ensuite à rendre visite au Maréchal Sissi au Caire. Afin de parler de convois humanitaires de médicaments et d’évoquer avec lui la crainte de voir Israël mener un raid de grande ampleur à Gaza. Entre-temps l’idée de coalition anti-Hamas, soufflée par Xavier Chatel, le conseiller aux affaires stratégiques de l’Élysée a été modifiée en une coalition de renseignement, à la manière des "five eyes" des cinq grands pays anglo-saxons. Par ailleurs de manière à montrer que son déplacement n’avait pas été vain, Emmanuel Macron a annoncé l’envoi du Tonnerre afin de servir de bâtiment hôpital au secours de la population civile de Gaza.
Des déclarations pour les banlieues
Comme toujours, lors de ses déplacements à l’étranger, le Président de la République a été très bavard. Sans doute trop. Et surtout les observateurs aguerris ont eu du mal à voir dans ses propos une cohérence avec ceux tenus jusqu’ici par François Mitterrand et Jacques Chirac et avec la traditionnelle voix française au Proche-Orient. De là à penser que certains des propos tenus par Emmanuel Macron étaient autant destinés aux responsables locaux qu’à nos banlieues il y a un pas que nous n’hésitons pas à franchir. Surtout lorsque l’on sait que la France est le pays d’Europe qui abrite à la fois la plus importante communauté musulmane et la plus importante communauté juive.
D’autant que depuis le 7 octobre, la principale hantise du Président de la République – à juste titre – est de voir notre pays se fracturer encore davantage à l’occasion d’une escalade de violence au Proche-Orient. Il reste que 24 heures après avoir demandé aux dirigeants israéliens de surseoir à une entrée militaire dans la bande Gaza, les chars et l’infanterie de Tsahal se sont enfin décidés à mener des incursions nocturnes et ciblées accompagnées de bombardements chirurgicaux sur certains tunnels du Hamas. Ce qui a permis d’abattre plusieurs groupes terroristes à l’origine de lancements de roquettes vers Tel-Aviv.
Une attaque terroriste préparée depuis deux ans
De sources militaires on commence à en savoir un peu plus sur la manière dont le Hamas a préparé, avec l’aide du Hezbollah, son attaque barbare du 7 octobre dernier. Si l’on sait désormais que deux réunions de coordination se sont tenues depuis la fin de l’été, dont une à Beyrouth à la fin septembre, il ressort aujourd’hui que cette opération meurtrière a nécessité au moins deux années de préparation de la part d’une toute petite cellule de membres du Hamas
Les renseignements partagés par Israël avec les responsables américains révèlent que cette cellule du Hamas est parvenue à cacher la planification de son opération terroriste grâce à des mesures de contre-espionnage à l’ancienne, telles que la tenue de réunions en présentiel et le maintien des communications filaires dans les tunnels qui ne pouvaient être écoutées par les Israéliens. Selon ces mêmes sources, la cellule du Hamas a attendu le tout dernier moment avant le lancement de l’attaque pour former un groupe plus important de combattants. Le Mossad avait eu connaissance d’entraînements de combattants à la surface de la bande Gaza quelques jours avant le 7 octobre. Mais sans que cela entraîne d’alerte particulière.
Stabilité des taux et ralentissement marqué
Au chapitre économique il faut retenir que la Banque centrale européenne a choisi jeudi de maintenir son taux directeur au niveau actuel, évoquant une inflation en recul. Le taux de dépôt est donc maintenu à 4 %, son plus haut niveau depuis la création de l’euro en 1999, après avoir été relevé à dix reprises depuis juillet 2022. Christine Lagarde, la présidente de la BCE, a déclaré à cette occasion que l’économie de la zone euro était faible. Mais elle a souligné que les pressions sur les prix restaient fortes et qu’elles pourraient être encore aggravées si le conflit au Proche-Orient entraîne une hausse des coûts de l’énergie.
La décision de maintenir les taux inchangés devrait renforcer les attentes selon lesquelles les plus grandes banques centrales du monde, y compris la Réserve fédérale, ont pratiquement fini de resserrer leur politique monétaire, mettant ainsi fin à une série sans précédent de hausses de taux simultanées. Les investisseurs parient déjà sur une baisse des taux de la BCE dès le mois de juin 2024 et sur deux baisses d’ici octobre prochain, un calendrier que certains responsables de la politique monétaire considèrent comme irréaliste.
Fébrilité des investisseurs
Il reste que depuis quelques semaines on observe, notamment en Europe, une grande fébrilité des investisseurs. Les mauvaises surprises ou les déceptions font l’objet de vifs décrochages à la Bourse. Cela a été le cas avec Alstom lorsque le groupe a annoncé un flux net de trésorerie fortement négatif au cours des six derniers mois. Répétition la semaine passée avec Worldline, Plastic Omnium et Sanofi dont les cours ont furieusement décroché sur des annonces déceptives. Il faut dire que les volumes de transactions sont étroits depuis quelques jours. Ce qui a tendance à amplifier les écarts.
Mais même du côté des belles valeurs du luxe, comme LVMH et Hermès, on assiste à de sérieux réajustements. Le groupe de Bernard Arnault a vu son titre corriger de 24 % en six mois. Celui d’Axel Dumas de 11 %. Quant à l’action Kering, elle a perdu un tiers de sa valeur sur cette même période. Ces mouvements de correction devraient se prolonger. Surtout si une escalade de violence a lieu au Proche-Orient. Dans ce cas, c’est l’ensemble de l’indice – toujours à un niveau bien trop élevé – qui devrait corriger, tout en voyant les investisseurs se reporter sur des titres de qualité ou de rendement comme TotalEnergies.
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