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Yves de Kerdrel
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Le piège de Gaza
par Yves de Kerdrel
Demain le Sénat commence l’examen du projet de loi sur l’immigration. L’occasion pour la droite, majoritaire dans cette assemblée, de modifier en profondeur le texte, avec en ligne de mire le fameux article 3. L’occasion, surtout pour Gérald Darmanin de poursuivre son agitation médiatique. Pendant ce temps-là le ministre de l’Intérieur ne parvient pas à lutter contre la montée des actes antisémites en France et un niveau de tension jamais vu en France depuis les années Trente.
Il y a un mois Israël était attaqué par une organisation terroriste de la manière la plus barbare qu’il soit. Des personnes âgées ont été brûlées vives. Des femmes enceintes ont été éventrées. Des bébés ont été décapités. Pourquoi ? Simplement parce qu’ils étaient juifs. Ce niveau de barbarie – si tant est que l’on puisse faire une graduation dans ce domaine macabre – notre civilisation ne l’avait pas connu depuis la deuxième guerre mondiale et la Shoah.
Et quatre semaines plus tard, que voit-on ? Des juifs dont les habitations sont taguées et marquées de l’étoile de David en France comme pendant la dernière guerre. Ou des jeunes chantant dans le métro des obscénités antisémites en se disant fiers d’être nazis. Tout cela sous les rires de passagers anonymes. Une scène qui a malheureusement fait le tour des banlieues grâce à ce fleuve charriant les ordures du moment que sont les réseaux sociaux.
L’ONU de retour vers la SDN
Dans le renversement des valeurs ce n’est pas tout. On assiste au Nations Unies à un véritable "tollé" anti-Israël en raison de sa riposte légitime contre le Hamas qui l’a pourtant attaqué. Et tout cela en raison de bombardements pourtant ciblés (à 75 centimètres près) mais qui frappent des civils, que ce mouvement terroriste utilise comme boucliers humains. Un climat qui fait de plus en plus tomber l’organisation de New York sur la pente de la triste Société des Nations.
Plus les pays du "Sud Global" qui nourrissent ce tollé, soutenus bien sûr par la Russie et par la Chine, se dressent contre le droit d’Israël à se défendre. Plus les communautés musulmanes d’Europe, notamment en France, en Belgique ou au Danemark trouvent des raisons supplémentaires de se livrer à des manifestations pro palestiniennes où l’on crie "Allah Akbar" ou de ressortir des vieux slogans antisémites.
Le piège de l’opinion publique internationale
Que fait notre pays face à cette inexorable montée des tensions communautaires ? Rien hélas. Les politiques affirment et réaffirment le droit d’Israël de se défendre, mais aussi la nécessité de préparer un "après" dans lequel les Palestiniens pourraient avoir un "État". Emmanuel Macron a décidé d’envoyer un deuxième porte-hélicoptères, le Dixmude, pour croiser au large de la bande de Gaza, à côté du Tonnerre, et servir, le cas échéant d’hôpital de fortune. Alors que pas plus de quatre blessés pourront être accueillis sur chacun de ces deux bâtiments. Mais c’est une manière pour le Chef de l’État de montrer qu’il se soucie du sort des populations civiles. Même chose pour son projet de conférence humanitaire programmée jeudi prochain.
Mais même si Tsahal progresse vite dans son opération visant à éliminer le Hamas, son opération terrestre va maintenant donner lieu à des combats de rue au centre de Gaza City. Avec de nouvelles images de victimes civiles. Et accepter un cessez-le-feu serait une véritable défaite pour Israël tant que tous les chefs du Hamas n’ont pas été éliminés. Comme en 1973, Tel-Aviv n’a pas d’autre solution que d’aller jusqu’au bout, en faisant fi de l’opinion publique internationale.
Le Sénat veut modifier le projet de loi Darmanin
C’est dans ce climat tendu que Gérald Darmanin va présenter demain son projet de loi sur l’Immigration au Sénat. Ce sera le vingt-neuvième sur ce sujet depuis 1980. Et depuis 1996, le droit des étrangers en France a été réformé dix-huit fois. Toujours avec les mêmes objectifs (contrôler les flux, intégrer les personnes, accélérer les procédures…). Sous le mandat d’Emmanuel Macron il y a déjà eu en 2018 la loi Asile et immigration, dite "loi Collomb", puis une nouvelle série de mesures fin 2019 (avec notamment l’instauration pour les demandeurs d’asile d’un délai de carence de trois mois pour accéder à la protection universelle maladie).
Le ministre de l’Intérieur s’attend au dépôt de très nombreux amendements de la part de la droite, avec sans doute une volonté d’obstruction du débat. Le temps imparti pour ce débat à la Haute Assemblée est de deux semaines. Le gouvernement veut à tout prix que le débat puisse aller jusqu’à son terme. Mais si les amendements sont trop nombreux il ne s’interdit pas d’avoir recours à la procédure dite du "temps législatif programmé" qui permet de fixer en amont la durée de l’examen d’un texte, comme ce fut le cas sur le projet de loi sur les énergies renouvelables. Chaque groupe parlementaire a un temps de parole défini qui lui est attribué en fonction de son importance numérique et qu’il ne peut donc pas dépasser. Cela permet de finir l’examen du texte et d’organiser un vote. Le gouvernement plaide donc pour cette solution.
Un article 3 très discuté
La discussion va se focaliser sur l’article 3 qui permet la régularisation de travailleurs sans-papiers dans les métiers en tension. Au risque de provoquer des réactions chez certains de nos lecteurs, cette disposition nous semble légitime, morale et nécessaire. Surtout compte tenu d’une actualité récente qui a révélé qu’une centaine de sans-papiers travaillent actuellement sur les chantiers des jeux olympiques dans la capitale ou sa banlieue.
Une nouvelle initiative transpartisane allant de la gauche de l’hémicycle jusqu’au Modem devrait voir le jour pour venir au secours de cet article 3. Car aujourd’hui il semble bien que Gérald Darmanin et Élisabeth Borne sont tous les deux prêts à retirer cet article pour parvenir à faire voter ce texte avec les voix de la droite. Quant à Emmanuel Macron, il se tient en retrait sur ce sujet avec comme seule préoccupation de montrer que quoi qu’il arrive il peut construire une majorité de circonstance.
Net ralentissement de l’inflation
Au chapitre économique l’actualité a été dominée par la publication de nombreux chiffres marquant un refroidissement du climat en France. La croissance de l’économie française n’a été que de 0,1 % au troisième trimestre par rapport au trimestre précédent, pénalisée par la contraction du commerce extérieur et les variations de stocks qui ont effacé une bonne partie de l’accélération de la demande intérieure, selon une première estimation publiée mardi dernier par l’Insee. Ce chiffre marque un ralentissement sensible par rapport à la progression de 0,6 % (révisé de 0,5 %) du produit intérieur brut (PIB) de la France sur les trois mois précédents.
S’agissant de l’inflation, elle a nettement ralenti tombant à 4 % après 4,9 % le mois dernier, à la faveur d’une moindre hausse des prix de l’énergie, de l’alimentation et des produits manufacturés qui a compensé une légère accélération des prix des services. Cette tendance baissière, perceptible ailleurs en Europe, est appelée à se poursuivre, sauf si le conflit au Proche-Orient venait à déclencher un choc pétrolier. Une thèse reprise par Bruno Le Maire qui estime que toute extension du conflit amènera une flambée du prix des matières premières, une flambée des prix de l’énergie et par conséquent un impact sur la croissance européenne.
La confiance du Gouverneur
C’est dans ce contexte que François Villeroy de Galhau a déclaré que l’inflation a clairement dépassé son pic en France tandis que l’économie du pays reste résiliente, ce qui souligne, selon lui, l’efficacité de la politique monétaire. Et d’ajouter que "cet état de l’économie justifie pleinement l’arrêt de la séquence de hausses de taux décidée par le Conseil des gouverneurs" il y a dix jours. Le gouverneur de la Banque de France avait tenté selon nos informations d’empêcher le dernier resserrement de la politique monétaire adopté le 14 septembre, estimant que les données disponibles ne justifiaient pas une hausse des taux.
François Villeroy de Galhau a conclu son intervention par cette déclaration sans ambiguïté : "Notre politique monétaire doit désormais être guidée par la confiance et la patience : la confiance dans le fait que nous progressons fermement vers une baisse de l’inflation à 2 % d’ici 2025 ; la patience dans la stabilisation des taux d’intérêt à leur niveau actuel aussi longtemps que cela sera encore nécessaire".
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