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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Lignes troubles
par Yves de Kerdrel

Plus les actes antisémites augmentent dans le pays, plus le Chef de l’État évolue très rapidement dans une position désormais très éloignée de celle qu’il avait il y a un mois, jusqu’à demander expressément à Israël d’arrêter de « tuer des femmes et des enfants Gazaouis ». Cet « en même temps » compliqué en diplomatie n’est justifié que par la volonté d’éviter l’importation en France de ce conflit.

12/11/2023 - 06:30 Temps Lecture 12 mn.

C’est à 15 heures que débutera, sur l’esplanade des Invalides, la grande manifestation "contre l’antisémitisme et pour la République", initiée par Yaël Braun-Pivet, la Présidente de l’Assemblée nationale et par Gérard Larcher, celui du Sénat. Tous les deux ont averti Emmanuel Macron lundi dernier de ce projet. Ils ont signé en commun une tribune dans Le Figaro et sont allés ensemble sur le plateau du Journal du 20 heures de TF1. Bref toutes les conditions étaient réunies pour que cette démarche soit couronnée de succès.

Mais les polémiques, les invectives et surtout les postures ont gâché cette belle idée. Le fait que des élus, des adhérents ou des sympathisants du Rassemblement National participent à cette manifestation a donné de l’urticaire à des personnalités qui auraient dû faire passer en premier l’intérêt général, comme l’a très bien souligné Serge Klarsfeld lui-même. Bien évidemment par un tweet très ambigu, Jean-Luc Mélenchon s’est immédiatement démarqué de cette initiative, non pas à cause, de la présence du Rassemblement National, mais en qualifiant ce défilé de "soutien à la guerre" … Comme quoi l’outrance n’a pas de limite. Quant au Parti Socialiste, aux Verts et au Parti Communiste, ils ont appelé à manifester à condition qu’il y ait un cordon sanitaire avec le Rassemblement National. Heureusement, tôt ce matin, le Parisien a diffusé une belle lettre d'Emmanuel Macron en soutien à cette manifestation de manière à ce que les polémiques de la semaine ne nuisent pas à sa réussite.

 

Diffusion du film de Tsahal à l’Assemblée

 

Ces postures ridicules qui relaient très loin, voire effacent le sujet essentiel du combat contre l’antisémitisme, montrent à quel point nos politiques ont perdu tous leurs repères en bien peu de temps. En janvier 2015, François Hollande avait su réunir 4 millions de personnes dans les rues après l’attentat horrible contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher. Huit ans après, et alors que quarante Français sont morts dans l’attaque terroriste du 7 octobre, nos responsables politiques sont incapables de se retrouver sur l’essentiel. 

Il n’est même pas sûr que la diffusion, prévue cette semaine à l’Assemblée nationale, du film de 45 minutes retraçant les atrocités du Hamas avec des images insoutenables, permette de faire évoluer les consciences. Tant le soutien historique – et aveugle - d’une partie de la gauche à la cause palestinienne et donc sa condamnation de la riposte légitime d’Israël, vont continuer d’entretenir une confusion entre la résurgence de l’antisémitisme d’une part et l’appréciation de la situation à Gaza d’autre part.

 

Et si l’école rejouait son rôle contre l’antisémitisme ?

 

Que l’on permette à un vieux journaliste (quarante années de carte de presse) de regretter que l’éducation nationale ne joue plus son rôle aujourd’hui en matière de formation civique et de lutte contre l’antisémitisme. L’auteur de ces lignes a eu la chance de passer sept années sur les bancs du Collège Stanislas à Paris où chaque année nous allions en rangs par deux assister dans le grand auditorium de cette institution à la diffusion de "Nuit et Brouillard".

La présence à cette séance particulière du "ciné-club" était obligatoire. Y compris pour nos camarades libanais et iraniens qui avaient rejoint le Collège en 1978 après les évènements douloureux intervenus dans leur pays. Une discussion avec des déportés – à commencer par le directeur du collège torturé dans un camp - avait lieu juste après la diffusion du film. Et pour finir il y avait un devoir obligatoire, soit sous forme de contrôle des connaissances sur la Shoah, soit sous forme de dissertation morale. Pourquoi tout cela a-t-il été abandonné ? Pourquoi notre éducation nationale a renoncé à ce devoir de mémoire ? Pourquoi tant de laisser-aller sur l’essentiel. Bien sûr cela n’est en rien une solution miracle contre l’antisémitisme. Mais l’école a un rôle majeur à jouer à un moment où les consciences se forment. De surcroît à une époque où les jeunes ont sacrifié la lecture de la presse et des livres au profit de X (ex-Twitter) et de Tik Tok.

 

La farce du débat sur la loi Immigration

 

La discussion au Sénat sur la loi Darmanin pour mieux encadrer et réguler l’immigration a tourné à la farce. Puisque la droite et le centre ont réussi à détricoter le texte initial, en réécrivant des articles entiers du texte, votés à chaque fois sans l’opposition du ministre de l’Intérieur. Pire que cela, François Patriat, le patron du groupe Renaissance au Palais du Luxembourg a laissé entendre que ses sénateurs pourraient voter cette semaine le nouveau texte entièrement réécrit.

Toute la question de la régularisation des sans-papiers exerçant un travail dans les métiers en tension a donc été réécrite de manière qu’il n’y ait plus d’automaticité. Sur ce sujet qui est autant une question morale que régalienne, on s’étonne du silence assourdissant des organisations patronales. Il reste que le député Renaissance Sacha Houlié a prévenu que les députés allaient défaire tout ce que les sénateurs ont fait. La question sera alors de voir quelle sera l’attitude d’Olivier Marleix, le patron du groupe LR au Palais Bourbon, qui veut faire un concours d’intransigeance sur ce sujet avec Bruno Retailleau, son homologue du Sénat.

 

Changements dans le staff présidentiel

 

À l’Élysée, le départ de Pierre-André Imbert pour l’Ambassade de France en Australie oblige Emmanuel Macron et Alexis Kohler à revoir l’organigramme de la Présidence de la République. Le poste de Secrétaire Général adjoint qui a été occupé par François Pérol et Jean Castex sous Nicolas Sarkozy, puis par Emmanuel Macron lui-même et Boris Vallaud sous François Hollande va être scindé en deux.

Avec d’une part le retour à l’Élysée de Constance Bensussan, actuellement directrice de cabinet d’Aurore Bergé, mais qui avait été conseillère inclusion, égalité entre les femmes et les hommes et citoyenneté pendant le premier quinquennat. Et avec d’autre part la nomination d’Émilie Piette, actuellement directrice de la délégation interministérielle à l’encadrement supérieur de l’État. La première devrait s’occuper des questions liées au social, au travail ou encore à l’éducation. La seconde devrait prendre en charge les sujets économique et écologique.

 

Rencontre secrète au Qatar

 

Comme on pouvait s’y attendre, la conférence humanitaire voulue par Emmanuel Macron à propos de la situation à Gaza et qui s’est tenue à l’Élysée jeudi n’a pas débouché sur grand-chose. Aucun communiqué final n’a pu être rédigé compte tenu des divergences de vues des parties prenantes. Le Chef de l’État a appelé pour la première fois à un "cessez-le-feu" avant d’insister sur ce point lors d’une interview accordée à la BBC. Mais quelques heures plus tard Joe Biden expliquait qu’une telle trêve n’était pas envisageable.

Une solution pourrait toutefois se dessiner pour tout ou partie des otages. Une réunion secrète a eu lieu, il y a quelques heures au Qatar, en présence du très madré William Burns, patron de la CIA, de David Barnea, chef des services de renseignement israéliens du Mossad et du Premier ministre qatari Cheikh Mohammed Bin Abdulrahman al-Thani. Ce dernier est en contact étroit avec les responsables du bureau politique du Hamas. Juste après cette rencontre Israël a dit étudier la possibilité de faire une pause humanitaire de quatre heures par jour dans la bande de Gaza. On ne sait pas encore si ce geste suffira à permettre la libération des otages.

 

La Fed n’est pas près de faiblir

 

Au chapitre économique, le principal évènement de la semaine a été un discours du patron de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, invitant les investisseurs à la prudence sur le sujet de la maîtrise de l’inflation. Selon les propos qu’il a tenus à l’occasion d’un évènement organisé par le Fonds Monétaire International, la Fed est déterminée à augmenter encore davantage les taux d’intérêt afin de ramener l’inflation à 2 %. Le grand argentier américain a expliqué qu’il devait naviguer entre le risque d’être induit en erreur par quelques bons mois de données et celui de procéder à un resserrement excessif de la politique monétaire.

Ces quelques mots ont naturellement agité les marchés, déjà troublés par une attaque informatique touchant l’une des principales banques chinoises. Désormais les traders estiment à 25 % la probabilité d’une nouvelle hausse des taux d’ici janvier. Mais la majorité d’entre eux s’attendent toujours à ce que la Fed baisse ses taux à partir du mois de juin. Si le taux de rendement des obligations à dix ans a tressauté, il reste bien plus bas qu’il y a un mois. La publication au cours de la semaine à venir de l’indice des prix à la consommation d’octobre, sera importante pour la suite des évènements et notamment dans la perspective de la prochaine réunion de la Fed prévue les 12 et 13 décembre.

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