WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Dislocation
par Yves de Kerdrel

En l’espace de quelques jours la ligne française au Proche-Orient est devenue illisible et Emmanuel Macron est persona non grata à Tel-Aviv. Une quinzaine d’ambassadeurs se rebiffent contre notre politique étrangère. Les rencontres de Saint-Denis ont fait pschitt. Et dernière préoccupation de l’Élysée est de faire voter la loi Darmanin avec l’aide des bancs les plus populistes de l’Assemblée.

19/11/2023 - 06:30 Temps Lecture 10 mn.

 

Qui peut dire aujourd’hui ce qu’il se passe dans la tête d’Emmanuel Macron ? Après avoir condamné sans ambiguïté l’attaque terroriste du Hamas le 7 octobre dernier, il a adressé, il y a huit jours à la BBC un message fustigeant la manière dont Tsahal tuait des civils "et des bébés". Comme si la riposte d’Israël n’avait plus rien de légitime. Alors que chaque avancée des soldats israéliens sous les hôpitaux de Gaza montre à quel point le Hamas a tout organisé pour qu’une offensive de Tsahal fasse le plus de morts civils et que l’opinion mondiale finisse par se retourner contre Tel-Aviv.

Cette incohérence dans les propos du Chef de l’État, l’absence de précaution d’usage et la manière dont ses déclarations ont choqué au Proche-Orient ont amené une dizaine d’ambassadeurs de France dans la Région, selon le Figaro, - mais en fait plus d’une quinzaine selon nos informations – à envoyer au Quai d’Orsay une note confidentielle, et bien peu diplomatique, alertant sur l’incohérence de la position française depuis quarante jours et rappelant les principes fondateurs de la politique arabe telle qu’elle est menée depuis plus d’un demi-siècle.

 

Rebuffade des ambassadeurs contre… Kohler

 

Mais il ne faut pas se tromper. Comme nous l’a décrypté un ambassadeur de France qui a lu cette missive, il ne s’agit pas d’un mouvement d’humeur de la part de grands serviteurs de l’état que l’on a privé il y a quelques mois de leur très prestigieux corps diplomatique. Il s’agit en revanche d’une double critique. D’une part contre la faiblesse de la cellule élyséenne dirigée par Emmanuel Bonne, qu’Emmanuel Macron a connu auprès de François Hollande et à Beyrouth, mais qui n’a pas la stature de son prédécesseur, Philippe Étienne, devenu par la suite ambassadeur à Washington, et maintenant professeur à Columbia.

D’autre part ce courrier inédit vise en creux le fait qu’Alexis Köhler a désormais la main sur une partie de la politique étrangère du pays. Ce qui n’est pas du tout l’apanage d’un Secrétaire général de l’Élysée. Or en dépit de toutes ses qualités, le "deuxième cerveau" d’Emmanuel Macron n’a ni la culture diplomatique nécessaire pour appréhender cette période si complexe, ni le recul indispensable.

 

La sécurité d’Israël passe bien par l’élimination du Hamas

 

Le problème c’est que cette illisibilité de la politique étrangère de la France lui fait perdre aussi du crédit sur le plan international et dans cette crise. Le lendemain du jour où Emmanuel Macron appelait à un cessez-le-feu immédiat, Joe Biden réfutait cette injonction. Surtout Olaf Scholz, en visite dans une synagogue à Berlin, répétait que la sécurité d’Israël passait par l’élimination totale du Hamas. Sous-entendu : quel qu’en soit le prix en termes de victimes civiles.

Il reste que Tsahal effectue un travail remarquable. Car en dépit de tout ce que les médias publics – largement propalestiniens – diffusent comme informations ou comme fake news, le principal hôpital de Gaza a été protégé par les soldats israéliens qui procèdent au nettoyage minutieux des souterrains localisés – volontairement par le Hamas – sous ce sanctuaire. Sans compter qu’il arrive aux soldats israéliens de trouver, cachés dans le lit de souffrance d’enfants palestiniens et à leur insu, des roquettes…

 

La loi Darmanin dans les mains des populistes de droite

 

À cette illisibilité de la politique étrangère française s’ajoute une grande confusion en matière de politique intérieure à travers le passage au parlement de la loi Darmanin sur l’immigration. Celle-ci a été dénaturée par la droite sénatoriale sans que cela ne pose le moindre souci au ministre de l’intérieur. Il n’empêche que les régularisations des sans-papiers qui ont un travail et un logement ont été réduites à la portion congrue.

Et s’agissant de la discussion de ce texte à l’Assemblée nationale, loin de trouver un arrangement avec les députés Renaissance, le locataire de la Place Beauvau cherche au contraire, à discuter avec Olivier Marleix, le patron du groupe LR tout en espérant obtenir l’abstention du Rassemblement National. Le texte originel qui était équilibré entre un volet intégration et un volet "expulsions" se retrouve désormais rédigé de manière à satisfaire la frange la plus populiste de la droite parlementaire.

 

L’inflation poursuit sa nette décrue

 

Au chapitre économique il faut noter que l’inflation en zone euro en octobre sur un an est ressortie conformément aux attentes et à la première estimation d’Eurostat. Sur un an, l’indice des prix à la consommation calculé aux normes européennes (IPCH) a ralenti à 2,9 %, comme indiqué dans l’estimation "flash", après une progression de 4,3 % en septembre. D’un mois sur l’autre, l’inflation dans les 20 pays ayant adopté la monnaie unique a décéléré à 0,1 %, contre une première estimation à 0,3 %. Le consensus Reuters prévoyait cependant + 0,1 %.

Hors énergie et produits alimentaires non transformés, l’inflation ressort en octobre à + 0,2 % en rythme mensuel et à + 5,0 % en rythme annuel ; des chiffres conformes aux estimations "flash". Une mesure plus étroite encore de l’évolution des prix, qui exclut également l’alcool et le tabac, montre que l’inflation est ressortie à + 0,2 % d’un mois sur l’autre et à + 4,2 % en glissement annuel, en ligne également avec les premières estimations.

 

Fragilité de la France selon Scope Ratings

 

Une intéressante étude de l’agence de notation Scope Ratings publié il y a deux jours montre que les finances publiques de la France, de la Belgique ou encore de l’Italie absorberaient difficilement une flambée des prix du pétrole. Les deux dernières décennies ont montré une corrélation étroite entre l’inflation dans la zone euro et les prix du pétrole et du gaz, indique l’agence dans cette note. Une extension du conflit au Proche-Orient pourrait avoir un impact négatif sur les notations de crédit de certains États de la zone euro si elle entraînait une hausse des prix des produits de base, conduisant à un nouveau resserrement de la politique monétaire pour maîtriser de nouvelles poussées d’inflation, et donc à une croissance plus faible.

Les pays dont la note est aujourd’hui assortie d’une perspective négative - Autriche, Belgique, France, Estonie et Slovaquie - semblent les plus exposés à un tel scénario, de même que les pays très endettés comme l’Italie, estime Scope. L’agence précise que ce scénario de "choc pétrolier" ne constitue pas son hypothèse de base, compte tenu des efforts diplomatiques déployés pour éviter une contagion de la guerre entre Israël et le Hamas, mais rappelle également les nombreux conflits et sources de tension dans la région, qu’il s’agisse des guerres civiles en Syrie, au Soudan, au Yémen et en Libye, ou du programme nucléaire iranien. Rappelons que le 1er décembre prochain Standard & Poor’s mettra à jour sa notation de la dette publique française.

 

L’avertissement de Christine Lagarde aux banquiers

 

Christine Lagarde, la Présidente de la banque Centrale Européenne a déclaré en fin de semaine dernière que les banques européennes pourraient subir des pertes importantes si elles devaient céder leurs obligations en contrepartie de liquidités. "Les avoirs des banques de l’Union Européenne en titres obligataires pourraient être réduits de manière significative s’ils devaient être vendus", a-t-elle déclaré lors de la conférence annuelle du Conseil européen du risque systémique.

De son côté, la Banque de France n’anticipe pas de dégradation sur le coût du risque des banques à court et moyen terme, ainsi que l’a déclaré vendredi son gouverneur François Villeroy de Galhau. "Nous n’anticipons pas de dégradation généralisée du coût du risque à court ou moyen terme, mais restons attentifs à la solvabilité des emprunteurs", a-t-il dit lors d’une conférence de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Lignes troubles

12/11/2023 - 06:30

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Le piège de Gaza

05/11/2023 - 06:30

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Espagne : un pays au bord de la crise de nerfs

18/11/2023 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Ukraine : sortir de l’enlisement

11/11/2023 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Hezbollah : Nasrallah cible, mais temporise

04/11/2023 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Gaza : le marteau ou la cocotte-minute

28/10/2023 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Guerre en Israël, guerre de l’opinion

21/10/2023 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Hamas : anatomie d’une organisation criminelle

14/10/2023 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Le F-35 : limite de la coopération européenne

07/10/2023 - 08:30