éditorial / Yves de Kerdrel
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Yves de Kerdrel
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Point de bascule
par Yves de Kerdrel
Le climat international est toujours très tendu avec la fin de la pause dans la réplique d’Israël contre le Hamas. Le climat intérieur est à fleur de peau après les évènements de Crépol que le gouvernement a bien du mal à contenir et qui servent de carburant aux extrêmes. Quant au climat économique il est au refroidissement avec une nette baisse de l’inflation qui donne raison au resserrement de la politique monétaire, mais aussi à une contraction sans surprise de l’activité.
Emmanuel Macron vient de passer deux jours dans le Golfe. D’abord à Dubaï où il s’est rendu pour la COP 28. Mais davantage avec la volonté de rencontrer le président israélien, Isaac Herzog, le Président égyptien Al Sissi et le prince héritier de l’Arabie saoudite Mohammed Bin Salmane que de parler réduction de la production des énergies fossiles. Son but : essayer de corriger les faux pas de sa précédente tournée dans la Région avec sa proposition malvenue de "coalition internationale" contre le Hamas sur le modèle de la coalition contre Daesh.
Une idée qui a rafraîchi sérieusement nos relations avec l’Égypte et la Jordanie. Si bien que le Chef de l’État a été contraint de faire ensuite un virage à 180 degrés exhortant Israël à ne pas tuer de civils à Gaza. Une déclaration qui nous a naturellement brouillés avec Tel-Aviv. De retour de Dubaï, Emmanuel Macron s’est arrêté à Doha remercier les dirigeants du Qatar pour leurs interventions qui ont permis la libération de quatre otages franco israéliens. Il en reste quatre autres qui ont été l’objet de ces discussions au plus haut niveau.
Tension extrême dans la France rurale
En matière de politique intérieure, Emmanuel Macron cherche également le moyen de reprendre la main dans un climat très tendu à la suite du meurtre du jeune Thomas à Crépol et des manifestations de mouvements ultradroitiers. Selon le dernier baromètre du Figaro Magazine plus des deux tiers des Français ne font pas confiance au président de la République pour résoudre les problèmes de la France. C’est quatre points de plus qu’il y a un mois.
Après le 7 octobre, Emmanuel Macron craignait plus que tout que le conflit israélo-palestinien soit importé en France et provoque des troubles dans nos banlieues. Si l’on a pu constater hélas une très forte poussée des actes antisémites, le trouble actuel est lié à une simple rixe dans une fête de village, mais qui se transforme en un affrontement de la "France des petits blancs", si bien décrite par le sociologue Christophe Guilluy, contre la "France des quartiers". Avec une tension extrême qui se répercute dans tout le pays. Si bien que le très conservateur quotidien britannique The Telegraph a titré cette semaine : "La France pourrait être au bord de la guerre civile".
Un exécutif totalement démuni
Tout cela intervient au moment où la Commission des Lois examine le projet de loi de Gérard Darmanin sur l’immigration en détricotant patiemment toute la réécriture qu’en a faite la droite sénatoriale avec l’assentiment du ministre de l’Intérieur. Mais en dehors de déclarations tonitruantes et de postures exprimées soit par Éric Dupond-Moretti soit par Olivier Véran, personne n’a le sentiment que l’exécutif prend toute la mesure de la fracturation profonde du pays.
Il ne faut pas oublier que cette "France des petits blancs" qui a constitué l’épine dorsale du mouvement des gilets jaunes, que l’on a retrouvée dans les cortèges contre la réforme des retraites est également à bout financièrement. Plus de 17 % des salariés sont aujourd’hui des smicards et 57 % des Français ne parviennent pas à boucler les fins de mois. Il s’agit là de personnes qui ont un travail et qui n’arrivent plus à vivre de leur rémunération. Ce qui constitue davantage qu’un problème sociétal, un véritable sujet de civilisation.
Les nouveaux carburants du populisme
Si ce climat à fleur de peau se maintient jusqu’aux élections européennes il faut redouter un raz de marée populiste à la manière de ce qui vient de se dérouler aux Pays-Bas. Car si l’insécurité est un carburant du vote d’extrême-droite, il y en a deux autres que l’on voit monter en Allemagne comme dans toute la zone hanséatique. Le premier c’est la paralysie des institutions européennes dans un contexte de glaciation des relations franco-allemande. Le second résulte de toutes les mesures mises en place pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre.
La France rurale, comme la Bavière où l’extrême-droite allemande a vu son score doubler en trois ans, ne comprend plus rien aux injonctions contradictoires d’une Europe qui ne veut plus de véhicules thermiques, d’élevages de veaux et de chaudière à fioul, mais qui nécessite le dépôt de quatorze permis pour la mise en place de fermes solaires. Tous ces ressentiments peuvent aussi nourrir le vote d’une liste de chasseurs qui semble avoir la bienveillance de l’Élysée.
La désinflation est là
Pourtant sur le front économique, les nouvelles ne sont pas mauvaises. La hausse des prix à la consommation s’est établie à 3,4 % en novembre, contre 4 % en octobre. Ce ralentissement de l’inflation s’explique principalement par une baisse des prix de l’énergie. Mais le ralentissement est également visible dans d’autres catégories de dépenses. Les prix des produits alimentaires ont augmenté de 7,6 % sur un an en novembre, contre 7,8 % en octobre, ceux des produits manufacturés de 1,9 % contre 2,2 % et des services de 2,7 % contre 3,2 % le mois précédent. L’inflation, selon l’indice harmonisé, important pour la Banque centrale européenne, s’est établie à 3,8 %, contre 4,5 % en octobre.
S’agissant de la zone Euro, l’inflation a chuté bien plus que prévu, à 2,4 % en novembre, le rythme annuel le plus lent depuis juillet 2021. Tout cela donne du crédit aux engagements de la BCE visant à ramener l’inflation à 2 % au début 2025. Là encore, la baisse des prix de l’énergie et la moindre croissance des prix des produits alimentaires et des services ont été les principaux facteurs de ce recul de l’indice harmonisé des prix à la consommation. Les économistes interrogés par Reuters s’attendaient à un ralentissement plus modeste, à 2,7 %. La Banque Centrale Européenne se réunira le 14 décembre. Elle devrait se contenter de réajuster certaines prévisions. Selon L’OCDE, la BCE ne commencerait pas à réduire ses taux avant 2025 en raison de pressions persistantes sur les prix.
Refroidissement de toute l’économie
Par ailleurs on a appris en fin de semaine que l’activité économique française s’est contractée de 0,1 % au troisième trimestre par rapport aux trois mois précédents, pénalisée par des investissements et une consommation des ménages moins soutenus qu’estimé précédemment, a indiqué jeudi l’Insee. Cela signifie que si l’évolution du PIB se maintient en territoire négatif au quatrième trimestre, la France basculera en récession, définie comme deux trimestres consécutifs de baisse. Malgré ce passage à vide Bruno Le Maire a confirmé les prévisions de croissance de la France pour 2023 (1 %) et 2024 (1,4 %).
Tout cela montre que le refroidissement de l’économie organisé et voulu par les autorités monétaires a très bien fonctionné. Tout le reste est une question de dosage. C’est dans ce contexte que le locataire de Bercy a décidé de relancer le débat sur les allocations-chômage ou sur certaines prestations de manière que le Pays n’oublie pas son objectif de retour au plein-emploi. Au moment précis où l’on assiste, de nouveau, à des destructions d’emplois.
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