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éditorial / Yves de Kerdrel

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Yves de Kerdrel

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Importation du conflit
par Yves de Kerdrel

Dans un contexte marqué par l’attentat du week-end dernier, les députés commencent demain la discussion sur la loi immigration. Sauf si la motion de rejet préalable déposée par les écologistes est adoptée. Quoi qu’il en soit le sentiment d’insécurité a rarement été aussi élevé en France permettant au Rassemblement National de capitaliser comme jamais sur ces peurs et sur la fracturation du Pays.

10/12/2023 - 06:30 Temps Lecture 10 mn.

 

La grande peur d’Emmanuel Macron, depuis le 7 octobre, tient plus à une éventuelle importation du conflit israélo-palestinien en France qu’à la manière dont va évoluer sur le terrain cette crise. Toutes ses déclarations - sur place lorsqu’il s’est rendu dans la région - ou en France, ont été faites de manière que les banlieues françaises ne se transforment pas en annexes de la Cisjordanie.

Bien sûr cela n’a pas évité la forte augmentation des actes antisémites. Mais les universités françaises sont plus calmes que les universités américaines où le relativisme amène à faire renaître une véritable haine des juifs. D’autant plus qu’à la différence de la France, l’antisémitisme reste une opinion outre-Atlantique lorsqu’elle est chez nous un délit.

 

La question posée par l’attentat de Bir-Hakeim

 

Malgré tout, l’attentat qui s’est déroulé il y a une semaine au Pont de Bir-Hakeim, non loin du site de l’ex "Vel d’Hiv", est une conséquence directe de la riposte légitime d’Israël contre le Hamas. Il s’est déroulé au moment précis où Emmanuel Macron discutait "en off" avec quelques journalistes sur le tarmac de l’aéroport de Doha, au Qatar, après avoir dîné avec l’émir Cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani et juste avant de rentrer à Paris. Face à la presse, et alors que son aide de camp cherchait à capter son attention, le chef de l’État répondait alors ceci au sujet du risque d’importation du conflit israélo-palestinien sur notre sol : "Honnêtement, quand je regarde la France, la nature du débat public, y compris des manifestations publiques, et de la conflictualité qu’il peut y avoir, c’est bien inférieur à ce que l’on peut voir en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis".

Cette démonstration terminée, son aide de camp parvenait enfin à l’interrompre pour lui signifier que Gérald Darmanin cherchait à le joindre par téléphone. Le ministre de l’Intérieur appelait le Président pour le prévenir de l’attaque terroriste islamiste survenue quelques minutes plus tôt sur le pont de Bir-Hakeim. Une attaque commise par Armand Rajabpour-Miyandoab, fiché S pour islamisme radical, qui a agi pour "venger les musulmans", considérant la France comme "complice de ce que faisait Israël" à Gaza.

 

Le Rassemblement National veut un débat

 

C’est dans ce contexte effervescent que la loi Darmanin sur l’immigration arrive demain en séance plénière à l’Assemblée nationale après avoir été adoptée en Commission. Mais depuis quelques jours un suspense monte sur le fait qu’une motion de rejet préalable déposée par les écologistes pourrait être approuvée par la Nupes, Les Républicains et même le rassemblement national. Une manière de se faire peur et de faire en sorte que le maximum de parlementaires des partis présidentiels soient présents dans l’hémicycle ce lundi.

Car selon nos informations, Marine Le Pen est allée voir Éric Ciotti pour lui dire qu’il était hors de question pour les députés du Rassemblement National de voter une motion de rejet. Dans la mesure où elle souhaite que ses parlementaires débattent en séance des 2 500 amendements qui ont été déposés. Pour elle et son parti ce débat constitue en effet une tribune exceptionnelle afin de montrer les "trous dans la raquette" du dispositif actuel de contrôle et des nouvelles mesures comprises dans la loi Darmanin. Reste à savoir si tout le texte pourra être discuté avant les vacances parlementaires qui débutent le 22 décembre.

 

Bruno Le Maire sort du bois

 

Ensuite il faudra que le texte voté reparte au Sénat. Mais pour l’heure le ministre de l’Intérieur qui voulait à tout prix éviter un recours à l’article 49-3 a réussi à franchir tous les obstacles quitte à ce que son texte soit dénaturé. Notamment en ce qui concerne les régularisations de sans-papiers. À un moment où les révélations de travailleurs clandestins sur les chantiers des Jeux Olympiques se multiplient.

Face à l’activisme de Gérald Darmanin, Bruno Le Maire a décidé de sortir enfin du bois et d’intervenir sur tous les médias et sur tous les sujets. Il n’ignore pas qu’Emmanuel Macron parle à nouveau remaniement avec ses proches. Et qu’après avoir eu des relations tendues avec le Château au moment de la parution de son dernier roman – en pleine réforme des retraites – il a ses chances pour succéder à une Élisabeth Borne toujours cantonnée au rang de directrice de cabinet.

 

Anticipations de baisses des taux

 

La désinflation plus rapide et plus marquée que prévu en Europe a relancé de manière inévitable le débat sur la baisse des taux directeurs et son calendrier. La Banque centrale européenne devrait réduire ses taux d’intérêt dès le deuxième trimestre de l’année prochaine, selon une courte majorité d’économistes interrogés par Reuters, alors que l’économie européenne entre cet hiver dans une récession courte et superficielle.

Les 90 économistes sondés par Reuters ont tous estimé que le taux de dépôt sera maintenu à son niveau actuel de 4 % au cours de la prochaine décision de politique monétaire de la BCE, ce jeudi 14 décembre. À l’inverse des investisseurs, qui parient sur environ 150 points de base de baisses de taux à partir de mars 2024, l’enquête Reuters montre que les économistes favorisent des taux "plus élevés pendant plus longtemps". Environ 57 % des économistes prévoient au moins une baisse des taux avant la réunion de juillet. L’estimation médiane table sur une réduction de 25 points de base par trimestre à partir du deuxième trimestre 2024, nettement en dessous des attentes de marché.

 

Petite récession hivernale

 

Si les anticipations médianes des sondés se réalisent, la BCE commencerait à réduire ses taux avant la Réserve fédérale, qui devrait les maintenir à leur niveau actuel au moins jusqu’en juillet, selon un autre sondage Reuters. La réduction de 75 points de base des taux de la BCE prévue par les sondés est inférieure à la baisse de taux attendue de la Fed. Les pressions sur les prix dans la zone euro sont actuellement plus faibles qu’aux États-Unis, mais un assouplissement de la politique monétaire de la BCE avant celle de la Fed pourrait affaiblir l’euro et créer de l’inflation importée.

L’inflation devrait diminuer au cours des prochains trimestres mais rester supérieure à l’objectif de 2 % de la BCE au moins jusqu’en 2025. Les perspectives économiques sont par ailleurs peu encourageantes, l’économie de la zone euro s’étant contractée de 0,1 % au dernier trimestre et étant à risque de se contracter de nouveau au quatrième trimestre. Cette récession hivernale devrait être peu profonde, la prévision la plus pessimiste anticipant un recul de 0,3 % du PIB, et ne devrait pas détourner la BCE de son mandat de lutte contre l’inflation. L’économie devrait rebondir au premier trimestre 2024, progressant de 0,1 %, pour s’établir en moyenne à 0,6 % l’année prochaine et à 1,4 % en 2025.

 

Le Gouverneur tempère

 

Dans le même ordre d’idées, le Gouverneur de la Banque de France a choisi la Dépêche du Midi pour affirmer que la lutte contre l’inflation progresse plus rapidement que prévu et que la Banque centrale européenne n’aura, sauf choc, plus besoin de relever son taux directeur. "Nous sommes en bonne voie dans la lutte contre l’inflation même si nous ne sommes pas encore au terme", a expliqué François Villeroy de Galhau, notant que le ralentissement des prix de l’énergie, et celui des autres postes de consommation provoqué par le durcissement de la politique monétaire, était plus rapide qu’attendu.

Ce qui l’a amené à répéter que : "sauf choc, il n’y aura pas de nouvelle hausse de nos taux ; la question d’une baisse pourra se poser courant 2024, mais pas maintenant". Mardi dernier, Isabel Schnabel, membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a également déclaré qu’elle jugeait une nouvelle hausse de taux improbable.

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