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La biotech Abivax entre dans la dernière ligne droite pour son produit phare / Verdict dans un an
La dernière ligne droite est toujours la phase la plus coûteuse dans le développement d’un nouveau traitement. Nulle surprise donc à ce que les résultats d’Abivax s’enfoncent dans le rouge au fur et à mesure de l’avancée des études cliniques sur obefazimod, sa molécule phare développée dans le traitement des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI). La société de biotechnologie créée il y a plus de dix ans par le fonds d’investissement Truffle Capital du Dr Philippe Pouletty a enregistré une perte nette de 147,4 millions d’euros en 2023, contre un déficit de 60,7 millions d’euros en 2022.
Un écart qui découle pour une grande part de dépenses de recherche et développement plus que doublées à 103,2 millions d’euros. Logique, alors le programme pivot de phase 3, soit l’étude comparative d'efficacité menée sur une large population de patients et constituant la phase finale avant la demande de mise sur le marché, avait débuté son recrutement à l’automne 2022. Financer sa montée en puissance a d’ailleurs nécessité de multiples opérations sur le capital l’an dernier. Entre un financement en fonds propres de 130 millions d’euros, mené par la société d’investissement américaine TCGX, deux financements structurés pour un montant total maximum de 150 millions d’euros, dont l’un de 75 millions d’euros souscrit auprès de Kreos Capital et Claret European Growth Capital et l’autre après de Heights Capital Management. Et surtout l’introduction au Nasdaq grâce à laquelle Abivax a pu lever plus de 220 millions d’euros. Une véritable gageure alors que l’opération a été menée dans un environnement défavorable.
Besoins non satisfaits
Cette capacité à attirer les financements repose sur le potentiel d’obefazimod pour le traitement de la rectocolite hémorragique (ou RCH), sa première indication, après des résultats très convaincants d’une étude de phase IIb publiés il y a un an, mais également dans la maladie de Crohn (maladie cousine de la rectocolite hémorragique, les deux se caractérisant par une inflammation de la paroi du tube digestif) avec un recrutement de patients qui doit débuter au cours de ce premier trimestre 2024.
L’enjeu de santé publique, et donc aussi financier, est colossal. Les derniers chiffres font état de 10 millions de personnes souffrant de MICI (maladies inflammatoires chroniques de l'intestin) dans le monde, dont plus de 3 millions d'adultes aux seuls États-Unis, dont la prise en charge représente un coût pour le système de santé estimé entre 25 et 35 milliards de dollars par an. "Malgré l’approbation de six nouvelles thérapies ces six dernières années, le besoin pour de nouveaux traitements reste important dans la mesure où la batterie d’examens requise avant le démarrage de certains traitements est très contraignante, le profil de sécurité est souvent médiocre et l’efficacité à long terme marginale", observe le cabinet Oddo BHF.
C’est là que le profil d’obefazimo se détache visiblement du lot, grâce à une efficacité clinique pour l’instant probante, en particulier en tant que traitement de maintenance, donc semble-t-il efficace à long terme tout en étant bien toléré par les patients. Les publications dans les revues à comité de lecture "The Lancet Gastroenterology & Hepatology" et "Clinical and Translational Gastroenterology" ont ainsi souligné la capacité d’obefazimod à traiter des patients atteints de RCH modérée à sévère ainsi que son nouveau mécanisme d’action.
Activité M&A
Des caractéristiques plus qu’encourageantes et des besoins non satisfaits qui expliquent d’ailleurs pourquoi la récente approbation du traitement concurrent Velsipity de Pfizer pour la rectocolite hémorragique (RCH) ne représente pas spécialement une menace.
Ceci sachant que l’aire thérapeutique de gastro-entérologique constitue l’une des priorités des grandes pharmas qui n’hésitent pas à mettre le prix sur les traitements les plus prometteurs. A l’image du rachat l’an dernier pour 11 milliards de dollars de la biotech Prometheus par Merck & Co afin de s'emparer de son traitement expérimental de la colite ulcéreuse et de la maladie de Crohn. De même, le suisse Roche a conclu un accord pour acquérir l'américain Telavant et les droits pour un traitement gastroentérologique auprès de Roivant pour un prix de 7,1 milliards de dollars.
Avec plus de 500 millions d’euros levés en 2023, la société n’a en tout cas pas besoin du soutien d’un géant de la pharmacie. Elle est en théorie financée jusqu'à fin 2025 en dehors des deux dernières tranches du financement souscrit auprès de Kreos Capital et Claret European Growth Capital. Et "la visibilité financière pourrait être étendue jusqu'à la fin du premier trimestre 2026 en incluant ladite dette qui représenterait 65 millions d’euros", note Invest Securities. De quoi attendre relativement sereinement les résultats de la phase III qui seront dévoilés en deux parties, l'une au premier trimestre 2025 et la seconde au premier trimestre 2026.
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