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Wendel prend un risque sur sa création de valeur en s’allégeant dans Bureau Veritas / La barre est haute
La rotation du portefeuille de Wendel est à l’œuvre. Après la vente en janvier de la filiale Constantia Flexibles pour 1,12 milliard d’euros, la cession annoncée jeudi de 9 % du capital de Bureau Veritas s’inscrit elle-aussi dans le cadre de la nouvelle politique active de gestion du portefeuille définie par Laurent Mignon à son arrivée à la tête de la société d’investissement l’année dernière. Et plus précisément détaillée en décembre.
Une stratégie visant à bâtir un modèle d’affaires dual avec la création de toutes pièces d’une activité de gestion d’actifs privés aux côtés de l’activité historique d’investissement sur capitaux permanents, et ce pour générer un retour aux actionnaires voulu attractif et récurrent. Pour mener de front le redéploiement du capital tout en réalisant d’autres acquisitions dans le domaine de la gestion alternative non cotée après celle d’IK Partners, des cessions sont donc nécessaires. Au besoin en cristallisant la plus-value de son actif le plus précieux, Bureau Veritas.
Le groupe, qui avait émis l’an dernier pour 750 millions d’euros d’obligations échangeables en actions du numéro deux mondial des services d’inspection, de certification et d’essais en laboratoire, franchit un nouveau cap avec cette nouvelle cession de titres qui va lui rapporter un produit total d’environ 1,1 milliard d’euros. Une vente dont le timing peut sembler plutôt opportun alors que le titre Bureau Veritas évolue proche de ses plus hauts historiques de 2021. Mais qui pose néanmoins question.
Pour Wendel, toucher à sa participation dans Bureau Veritas n’a rien d’anodin. Il s’agit de l’actif historique de son portefeuille, au capital duquel Wendel, alors dirigé par Ernest-Antoine Sellière, était entré en 1995, avant d’en prendre le contrôle en 2004. Et qui représente près de la moitié de l’actif net réévalué (ANR), les perspectives de Wendel étant donc pour moitié (dans son ANR) liées à celle de Bureau Veritas. Il est vrai qu'il s'agit d'une cession partielle. Wendel reste le premier actionnaire de Bureau Veritas avec environ 26,5% du capital et 41,2% des droits de vote et conserve quatre représentants au conseil d’administration.
Mais par comparaison, on peut noter que le Groupe Bruxelles Lambert, qui avait racheté en 2013 les 15% que détenait le fonds d’investissement italien Exor de la famille Agnelli dans le groupe suisse de certification SGS, le leader mondial, conserve lui précieusement sa participation qui a réprésenté 15% de son ANR l’an dernier.
Evidemment, l’opération rapporte une plus-value importante, d’environ 800 millions d’euros, celle-ci étant comptabilisée en capitaux propres. Mais s’il est facile de vendre, retrouver des investissements qui seront autant créateurs de valeurs que Bureau Veritas l’a été au cours des deux dernières décennies fait figure de gageure.
Il est bien sûr trop tôt pour juger de l’investissement réalisé en 2023 dans le groupe de conseil en ingénierie Scalian. Force est de constater néanmoins que certains paris passés de Wendel sont loin de répondre aux attentes, loin s'en faut, à l’image de celui dans l’opérateur de tours télécoms IHS Towers, introduit en 2021 à New York au prix de 21 dollars l’action, celle-ci valant moins de 4 dollars aujourd’hui. Tandis que le cours de Bourse du spécialiste des revêtements de sol Tarkett, au capital duquel Wendel était entré, en 2021 également, au prix de 20 euros, évolue sous les 10 euros.
Et ce, alors que Bureau Veritas, qui a récemment présenté sa nouvelle feuille de route, s’apprête de son côté à passer à la vitesse supérieure. En particulier avec l’entrée en vigueur de la directive européenne CRSD (pour Corporate Sustainability Reporting Directive), qui pourrait représenter en France un marché de 600 millions d’euros à l’horizon 2029 selon l’institut Xerfi, et qui ouvre de nouvelles perspectives très porteuses.
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